Bilan

Fabian Ferrari, un trader venu brûler les planches à Paris

Après une carrière dans le management bancaire, le Genevois Fabian Ferrari a tout plaqué pour devenir comédien. Parcours d’un homme qui a décidé de changer de baskets à 43 ans.
Fabian Ferrari (à d.) joue en décembre dans une pièce de Fabrice Melquiot. Crédits: Niamoreplov

Fabian Ferrari savoure, et il aurait tort de se priver. «J’ai ce besoin de brûler les planches. J’ai du travail pour les douze prochains mois!» Ce «jeune comédien» de 47 ans était encore, il y a cinq ans, manager au sein de la Banque Julius Baer à Genève. Et avant ce grand saut, rien – à part un peu de théâtre à l’adolescence et l’amour du spectacle – ne laissait présager une reconversion si radicale.

Engagé un peu par hasard par Nomura à l’âge de 20 ans, il s’était depuis lors laissé porter par les rencontres professionnelles. Après une formation de courtier en bourse au Japon, Merill Lynch lui proposait un poste de trader en obligations à Londres, puis le CICR l’embauchait comme administrateur. Encore tout jeune, il partait alors à Nairobi, au Liberia et en ex-Yougoslavie.

De retour en catastrophe suite à l’assassinat d’un collègue, le secteur bancaire le rattrape en 1997. La Lloyds, puis Credit Suisse, où il est tout d’abord responsable de département à Bâle, puis à la tête d’un secteur clientèle privée à Genève. Un parcours quasiment sans embûches, au cours duquel on est toujours allé le chercher.

Et puis… Fabian Ferrari a un déclic, «lors d’un de ces nombreux séminaires où ton profil de personnalité est résumé dans un camembert. Et j’ai eu ce questionnement. Quel sens est-ce que tu donnes à ta vie? Es-tu vraiment dans les bonnes baskets? Parallèlement, j’ai rencontré Philippe (son compagnon, ndlr). On s’est raconté ce qu’on avait réussi à réaliser – ou pas – dans nos vies. Et là je lui ai dit: «J’aurais toujours voulu être comédien.» Il m’a répondu: «Pourquoi tu ne le fais pas?»

Piqué par l’envie, Fabian s’inscrit à un stage de théâtre au Cours Florent à Paris durant les vacances suivantes. Pour savoir s’il a «la capacité d’être comédien». De retour à Genève, il prend un cours de théâtre amateur. «Mais j’avais envie de plus. Deux heures par semaine ne suffisaient pas. Cela me permettait juste de toucher ma passion du bout des doigts.»

Lorsque, quelque temps plus tard, il accepte la responsabilité d’une équipe «plus petite» au sein de Julius Baer, Fabian Ferrari a déjà «envie de faire bouger sa vie». Sa passion du théâtre, mise «en sourdine» pendant toutes ces années, est bel et bien réveillée. Et il se sent prêt à enfiler une nouvelle paire de baskets. Il décide de passer des auditions pour suivre une vraie formation dans une école de théâtre. 

Mais en Suisse son profil de «banquier de 43 ans, inconnu du monde du théâtre», laisse les directeurs d’école de marbre… Il se tourne donc du côté de la capitale française, où l’Ecole Claude Mathieu l’accueille à bras ouverts. «En France, mon passé de banquier n’intéresse personne. Mais quand je dis ce que je faisais avant, on me regarde comme une poule qui a trouvé un couteau!»

«Je bosse deux fois plus»

Tout s’accélère. Il démissionne de la banque, provoquant des réactions tantôt surprises, tantôt envieuses, tantôt indifférentes. Virage à 180 degrés, réduction drastique du train de vie et changement de statut social. «Quand tu as des fonctions managériales, en fin d’année tu reçois des caisses de vin, des cartes de vœux par paquets.

L’année suivante, tu es comédien à Paris au fin fond du XVIIIe arrondissement et tu n’es plus rien!» explique Fabian Ferrari, amusé. L’homme a le regard encore plus pétillant en se remémorant sa première semaine de cours. «On faisait un exercice de contact, par terre, et on devait bouger comme des vers de terre. Là, je me suis dit: «Si mes collègues de la banque me voyaient!»

Aujourd’hui, il «bosse deux fois plus qu’à la banque», enchaîne les rôles. Et prépare actuellement la pièce Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit, de Fabrice Melquiot*, pour ensuite tourner avec un Seul en scène – sur des textes de Jean Yanne, Francis Blanche et Pierre Dac – en France et en Suisse. Son rêve ultime, maintenant que celui de devenir acteur est réalisé? «Rejoindre la Comédie-Française.» Et la banque n’est qu’un bien lointain souvenir… 

* Dès le 4 décembre au Théâtre Pixel à Paris, www.theatrepixel.com

Camille Destraz

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