Bilan

Etudes supérieures: tous entrepreneurs!

Les écoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich sont reconnues comme de dynamiques usines à startups. Mais les universités romandes aussi se positionnent sur l’entrepreneuriat.

On compte un grand nombre de startup ou de spin-off issus de l’EPFL.

Crédits: Felix Imhof/UNIL

Avec leurs spin-off, leurs alumnis, leurs technologies développées dans leurs laboratoires, les écoles polytechniques fédérales de Lausanne (EPFL) et de Zurich (ETHZ) brillent dans la sphère d’innovation suisse. La preuve avec les financements octroyés par Innovaud. Le programme de soutien mis en place par le canton a accompagné 140 startups basées sur l’innovation technologique entre 2015 et 2018. «70 d’entre elles sont issues de l’académie (universités, EPFL et hautes écoles). Parmi ces 70 startups, 45 sont issues de l’EPFL, soit 64%, observe Edouard Treccani, directeur de programme de MassChallenge. J’ai le sentiment que les universitaires viennent plus tard sur cette scène, une fois qu’ils ont passé quelques années dans l’industrie.»

«Ce qui compte, c’est de créer un écosystème attractif»

«L’EPFL a eu la chance d’avoir Patrick Aebischer qui a lancé les partenariats public-privé, alors que l’université est davantage académique», explique Douglas Finazzi, responsable romand de l’Institut pour jeunes entreprises (IFJ). Ce paradigme tend à changer, avec des universités toujours plus tournées vers la pratique. Ainsi, un hub entrepreneuriat et innovation a été créé par l’Université de Lausanne qui renforce l’esprit d’entreprendre et les activités qui ont été depuis longtemps initiées par la faculté HEC et la faculté de Biologie et de médecine. Anne Headon est en charge de ce hub, elle qui a œuvré à soutenir l’entrepreneuriat à l’Université d’Oxford ces dernières années. «S’organiser au niveau institutionnel change la donne car cela permet l’interdisciplinarité», affirme-t-elle. Concrètement, il s’agit d’encourager les quelque 15 000 étudiants de l’UniL à lancer leurs projets.

De son côté, l’Université de Genève (UniGe) prône les partenariats public-privé (PPP). «Elle a initié ou rejoint des projets de natures très diverses: plateformes de recherche, chaires, formations et enseignements. L’intérêt d’un PPP ne réside pas seulement dans le financement mixte, mais dans l’apport de compétences complémentaires. Les PPP sont utiles pour accélérer le transfert et le partage des connaissances, pour améliorer l’employabilité des étudiants ou soutenir leur transition vers le marché du travail», affirme l’attachée de presse de l’université.

Consciente de la différence entre universités et écoles polytechniques, Anne Headon précise: «Notre point de départ est le plus souvent une problématique que nous pouvons solutionner avec ou sans technologie.» La professeure et docteure Emmanuelle Fauchart, titulaire de la chaire d’entrepreneuriat stratégique à l’Université de Fribourg, va dans le même sens: «L’EPFL et l’ETHZ ont pour tradition d’encourager le transfert de technologie à travers les partenariats, mais les universités pas du tout. C’est très récent que les universités se positionnent sur l’entrepreneuriat.» Elles sont désormais nombreuses à proposer des cours en création et gestion d’entreprise au niveau du bachelor et du master.

Quant à aller plus loin? «Pour nous, ce qui compte, c’est de créer un écosystème attractif pour stimuler et retenir nos étudiants entrepreneurs dans le canton. L’Uni est un acteur de cet écosystème», avertit Emmanuelle Fauchart. Si les alumnis ou spin-off sont souvent rattachés à leur école, ce n’est pas une fin en soi pour des universités qui sont satisfaites avec des retombées économiques sur le canton.

L’Université de Genève présente des chiffres concrets. «Pour 2019, nous attendons un total de quatre nouvelles spin-off (des sociétés indépendantes créées pour valoriser les découvertes issues des activités de recherche, ndlr). C’est un chiffre plus faible que celui de l’EPFL, mais cela est dû au domaine des sciences de la vie qui requière plus de moyens de départ qu’une spin-off dans le logiciel (application pour téléphones mobiles par exemple)», affirme une attachée de presse de l’UniGe. Celle-ci note que «contrairement aux deux EPFs, l’UniGe ne produit pas une statistique sur toutes les sociétés créées par des (anciens) étudiant(e)s, car c’est extrêmement difficile à identifier».

De plus, les hautes écoles spécialisées entrent aussi dans la danse, à l’image de la HES Valais. L’établissement s’est inspiré de la Finlande pour créer son Team Academy, formation destinée aux entrepreneurs qui disposent de coachs plutôt que de professeurs.

Anne Headon, directrice Projet entrepreneuriat et innovation à l’UniL. (Crédits: UniL)

Une question de moyens?

«Les missions sont différentes, observe Fabian Greub, secrétaire général de l’Université de Neuchâtel. Les écoles polytechniques fédérales ont une mission par rapport à l’innovation. Les universités travaillent par exemple sur de l’innovation sociale, plus difficile à mesurer.» D’où le fait que des étudiants dans ces branches soient moins représentés dans les différents concours de startups. «Les écoles polytechniques peuvent réellement développer leur technologie», précise Léa Firmin, CEO de Venture Foundation. Davantage que la mission, Fabian Greub souligne également la question des moyens. «Les écoles polytechniques, c’est plus de trois milliards et demi de francs et l’Université de Zurich - une des plus grandes - c’est 1,4 milliard.»

Toujours est-il que hautes écoles, écoles polytechniques comme universités mesurent l’importance du transfert de technologies. L’Association suisse des bureaux de transferts de technologies (SwiTT) a analysé les liens entre l’académie et le monde du travail. «Les grandes sociétés (plus de 250 employés) et les institutions publiques sont les partenaires externes les plus fréquents des universités. Dans le cas des instituts de recherche du domaine des ETH et des universités de sciences appliquées, la majorité des partenaires externes sont des petites et moyennes entreprises (250 employés ou moins) ainsi que les organisations publiques.»

Garciarebecca1
Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

Du même auteur:

A chaque série Netflix son arôme de cannabis
Twitch: comment devenir riche et célèbre grâce aux jeux vidéo

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."