Bilan

Et si vous glissiez un iconoclaste dans votre équipe?

Certains profils, même s’ils n’ont aucune expérience dans votre secteur, peuvent apporter beaucoup à votre entreprise. Témoignages.

«Quoi? C’est lui qu’ils ont engagé? Quel drôle de choix!» Lorsqu’un recrutement paraît atypique, les remarques fusent. On se souvient de Nelly Wenger, ex-patronne d’Expo.02, nommée directrice générale de Nestlé Suisse. Un coup médiatique indéniable qui s’est soldé par un échec retentissant. On pense aussi à Phil Mundwiller, ancien journaliste, ex-responsable de la communication pour Solar Impulse, engagé en tant que vice-président corporate communication du groupe Kudelski en avril dernier. Un choix osé, mais dans lequel chacun peut trouver son compte. Pour Bilan, trois professionnels racontent de quelle manière ils vivent ou ont vécu un jour le fait d’être engagés notamment grâce à un profil décalé, voire même iconoclaste.

Pierre Imhof

(En photo ci-dessus)

De la photographie à l’urbanisme: un parcours en zigzag devenu un atout

Prendre les rênes du projet Métamorphose – élément fort du développement urbanistique de Lausanne – après avoir dirigé l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) pendant sept ans? Même pas peur… Ce n’est pas la première fois que Pierre Imhof saute allègrement d’un univers à l’autre. En résumé: l’homme a commencé par un apprentissage de photographe, pour devenir ensuite chauffeur de bus, puis secrétaire de l’Association transports et environnement, journaliste pour Domaine public, collaborateur personnel du conseiller d’Etat vaudois Philippe Biéler, et secrétaire général au Département des infrastructures du canton de Vaud avant de restructurer l’EVAM, anciennement Fareas.

«Le passage à la Fareas a été le changement le plus brutal. Mais le défi m’a motivé. Personne ne voulait de ce poste maudit!» Pour Pierre Imhof, le côté généraliste de son parcours est un atout indéniable, et ses employeurs en sont conscients. «Je rentre vite dans le concret, j’aime l’organisation, trouver des solutions. Cela me donne une indépendance d’action, de regard. Je n’ai pas été formaté.» Selon lui, le fait d’arriver en terre pour ainsi dire inconnue «rassure les gens avec qui on travaille. Ils savent que j’ai besoin d’eux. Cela permet de créer une équipe vite soudée, car la répartition des rôles est simple à faire. Je ne marche sur les plates-bandes de personne.»

Ivan Haralambof

De l’aviation à l’immobilier: apporter un regard différent

Directeur de l’antenne romande de Swiss International Air Lines jusqu’en juillet dernier, Ivan Haralambof était un pilier de la compagnie pour laquelle il a travaillé pendant vingt-sept ans; «9998 jours, exactement», précise-t-il en souriant. Depuis le 2 août, il est membre de la direction générale du groupe immobilier MK et directeur de la division vente. Pourquoi un tel virage? «Pouvoir se remettre en question est important, explique Ivan Haralambof. J’étais dans une zone de confort, et ça, c’est dangereux…» Lorsqu’un chasseur de têtes l’a contacté pour ce poste, il a pris deux jours pour réfléchir pleinement. «Ma décision est venue des tripes. J’ai pris beaucoup de monde à contre-pied! Mais si je voulais changer, il fallait que je fasse le virage à 180 degrés. Je ne connaissais rien à l’immobilier, c’est aussi ce qui m’a motivé!»

Bien sûr, Ivan Haralambof s’est «demandé pourquoi MK ne choisissait pas quelqu’un du sérail». Anthony Collé, directeur du groupe, précise que «ce n’est pas un coup marketing. Il y avait volonté de s’entourer de quelqu’un qui avait les épaules larges. Dans notre métier, les sociétés sont souvent de petites structures familiales. Les gens auxquels je pensais avaient le même parcours que moi… J’ai ouvert la possibilité d’engager un manager ayant travaillé dans des sociétés qui ont traversé des crises. Un manager aguerri, qui partage mes valeurs.» Pour Ivan Haralambof, l’avantage principal lorsqu’on vient d’un univers différent réside dans le fait d’avoir «un regard neutre, de voir les choses sous un autre angle». Par contre, «en arrivant, vous êtes rattrapé par la réalité d’une nouvelle branche». Mais, pour Anthony Collé, ces lacunes de départ ne posent aucun problème. «Il va apprendre en coulisses. Cela aurait été plus facile pour moi, à court terme, de céder la direction des ventes à quelqu’un qui pratiquait déjà le métier. Mais d’ici à une année, j’aurai probablement avec Ivan cinq fois plus de potentiel et de projets qu’avec quelqu’un venant du courtage mais ne bénéficiant pas de l’expérience d’Ivan.»

Les réactions de l’entourage d’Ivan Haralambof? «Il y a ceux qui comprennent, qui disent que c’est génial, d’autres qui disent «quel courage», et une minorité qui dit «je t’attends au contour»… Lui n’a jamais eu l’ombre d’un doute, ni la boule au ventre, suivant avec confiance son cœur et ses tripes.

Michèle Durand-Vallade

Du chant lyrique à l’animation radio: un côté «décalé»

Les auditeurs de la Première connaissent bien la voix de Michèle Durand-Vallade, qui a lancé récemment L’agence, émission remplaçante de La soupe. Si son parcours radiophonique paraît tout ce qu’il y a de plus feutré, son arrivée en Suisse, tout d’abord sur les ondes de Couleur 3, fut plutôt détonnante. Chanteuse lyrique, diplômée en musicologie, elle débarque en Suisse dans les années 1980 et postule à la radio après avoir travaillé du côté du Sénat.

«Je me suis présentée à Couleur 3 avec une jupe plissée jusqu’aux genoux, un collier de perles et des petites manches ballon. Ils ont dû croire que c’était du quinzième degré, penser que j’étais très, très folle. Moi, j’étais en costume de travail, chic comme pour aller au Sénat. Ils se sont dit: «Celle-là, il va falloir lui faire sortir ce qu’elle a dans le bide.» J’ai senti qu’ils me percevaient comme décalée, mais je n’ai jamais eu le sentiment de ne pas être à ma place.»

 

«Un œil neuf est un avantage»

Questions à Mario Romano, directeur de cours en ressources humaines à Romandie Formation, et secrétaire patronal.

Dans le cadre de la formation RH, quels conseils donnez-vous sur l’engagement de profils atypiques? Dans la technique d’engagement, il faut bien sûr s’appuyer sur les outils à disposition, notamment ce qui concerne l’évaluation de la personne. Ensuite s’ajoutent les aspects de ressenti. On fait appel au flair, et ça, c’est intangible! Est-ce que je vois cette personne évoluer dans la fonction et le poste en question? Et évidemment, il faut être totalement transparent, aussi bien avec le candidat qu’avec l’entreprise. Le RH a une fonction de conseiller, et il doit partager ses doutes. On parle de stratégie, et si l’on se trompe sur l’engagement d’un collaborateur, le résultat peut être préjudiciable, comme pour Nestlé avec Nelly Wenger. Ensuite, pour redresser la barre, c’est du temps, et beaucoup d’argent.

Arrivé à un certain niveau hiérarchique, est-il moins risqué de sauter d’un monde à l’autre? Oui, c’est moins risqué. Tout dépend du niveau, effectivement. Lorsqu’on touche au domaine stratégique, un œil neuf est un avantage. Cela permet de se poser les questions du candide auxquelles d’autres n’auraient pas pensé. Les gens trop absorbés par la technique, parfois, n’ont plus la vue d’ensemble. Cela dit, il ne faut quand même pas que la personne débarque d’une autre planète.

Crédits photos: Françpois Wavre/Rezo, Olivier Evard

Camille Destraz

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