Bilan

Et si vous changiez de métier?

Que ce soit à la suite d’un licenciement ou pour satisfaire de nouvelles aspirations, la reconversion professionnelle est un signe d’ouverture d’esprit pour les recruteurs. Témoignages.

Marianne de Rossi est aujourd’hui pilote professionnelle après avoir travaillé dans une banque: «Mon licenciement a été une chance.»

Crédits: Lionel Flusin

Vous vous sentez frustré par le manque de sens de votre travail et avez envie de changement? Vous avez perdu votre emploi et vous ne souhaitez plus travailler dans le même secteur? Ou vous avez un rêve professionnel enfoui depuis longtemps sans avoir jamais osé sauter le pas? 

A l’ère du changement, alors que les envies des citoyens évoluent aussi vite que la technologie, faire carrière aujourd’hui dans une seule entreprise paraît presque suspect. Cela pourrait même démontrer un manque d’ouverture d’esprit et de capacité à saisir de nouveaux challenges. A l’inverse, faire le choix d’un changement de carrière est perçu comme un acte de courage. «Une reconversion professionnelle demande de sortir de sa zone de confort, il faut donc trouver une motivation suffisante pour la réaliser avec succès. Cela est d’autant plus vrai lorsque c’est un non-choix au départ», explique Marie-Marthe Joly, fondatrice de la plateforme de recrutement tungXten. Changer de profession nécessite, par ailleurs, d’acquérir de nouvelles compétences, de se former ou encore de faire des stages d’apprentissage, rappelle la professionnelle des RH.  

Du tourisme au yoga

Une reconversion réussie est ainsi la preuve de la capacité du candidat à s’adapter et à évoluer dans les périodes de transformation. C’est le cas notamment de Philippe Vignon qui a su rebondir à la suite de son départ en décembre 2017 de Genève Tourisme & Congrès après près de huit ans à sa direction générale. «Mon parcours professionnel a toujours fonctionné sur un rythme de huit à dix ans», explique celui qui a commencé sa carrière chez L’Oréal Suisse, avant d’occuper des fonctions dirigeantes chez easyJet et Edipresse Group. Depuis quelques mois, il a rejoint Ad Valoris, entreprise de conseil en planification stratégique et intelligence organisationnelle où il met en place le volet «développement du leadership». 

En parallèle, il dispense des cours de yoga dans des entreprises à travers la société Zen at Work. Une discipline qu’il pratique depuis plus de vingt ans tous les matins. «C’est une démarche d’introspection qui me permet d’évacuer le stress et de recentrer les priorités. C’est aussi un moyen d’être dans une posture juste, de ne pas projeter ses problèmes sur ses collaborateurs, ce que font encore trop de managers.» Au contraire, ce rendez-vous avec soi-même permettrait de laisser émerger des solutions et des stratégies applicables au quotidien.

 Philippe Vignon ne nie pas être passé par une période difficile après son départ forcé de Genève Tourisme. Le processus de deuil (choc, déni, rationalisation, colère, acceptation et gratitude) n’est, par ailleurs, pas encore complètement terminé. Il garde aussi une légère pointe d’amertume quant au manque de reconnaissance envers son travail au sein de la fondation: trois Travel Awards reçus, la réalisation d’un site internet très performant, une augmentation des retombées économiques grâce aux congrès. «Je l’ai un peu ressenti comme une injustice, même si la responsabilité est toujours partagée», commente celui qui assume avoir toujours choisi des postes exposés. Mais sa chance, dit-il, c’est d’avoir une grande force de résilience. «J’estime que chaque épreuve est une magnifique source d’apprentissage.» Cet échec lui a ainsi permis de prendre conscience de plusieurs choses comme de savoir ce qui l’animait vraiment. «J’aime m’identifier à des projets, transférer mon savoir pour faire grandir les gens et l’organisation, les sortir de leur zone de confort, tout en les soutenant et en leur permettant d’avancer vers leurs objectifs.» Même si ce nouveau challenge le satisfait pleinement, son rôle de manager lui manque parfois. «Le fait d’être dans une position de pouvoir, pouvoir qui permet d’avoir un impact fort pour transformer les choses.» 

Venues de la com, Charlotte Renard et Chiara Roques ont lancé ensemble un restaurant. (Crédits: Lionel Flusin)

De l’horlogerie à la restauration

Si Philippe Vignon ne se voyait pas monter sa propre boîte, préférant la sécurité d’une structure, ce n’est pas le cas de Charlotte Renard et de son associée Chiara Roques. Elles se sont mises à leur compte après un début de carrière dans la communication et le marketing dans le secteur horloger. C’est à la suite de leur congé maternité que les deux Genevoises lancent le restaurant elua, spécialisé dans les Poke Bowls, ces plats venus d’Hawaï à base de riz et de poisson cru. «Nous voulions faire quelque chose pour nous, explique Charlotte Renard. Notre expérience dans le marketing nous a permis de développer notre marque, notre identité visuelle, notre packaging. Cela nous a aussi permis de savoir quel genre de management nous voulions appliquer.» Fort du succès de la première enseigne, les deux associées sont à la recherche de nouvelles arcades pour ouvrir d’autres elua. 

Yelena Chabanian a, elle aussi, travaillé plus de dix ans dans la vente de prestigieuses marques horlogères. Avant cela, elle était enseignante. «Toutes mes expériences professionnelles m’ont beaucoup enrichie. Passionnée depuis toujours par la cuisine, elle s’est lancée dans l’ouverture d’un salon de thé à Crans-Montana spécialisé dans les pâtisseries russes et autres douceurs européennes. «J’ai toujours adoré recevoir, partager des moments de convivialité, d’échanges avec mes hôtes. Je n’ai jamais regretté d’avoir quitté mes anciens postes. Chaque expérience professionnelle était enrichissante, mais ensuite le chapitre était terminé. Etre indépendante reste cependant plus difficile que d’être employé, mais j’assume complètement.» 

Ex-rédacteur en chef, Grégoire Nappey trouve que son rythme de vie est plus serein. (Crédits: Dr)

D’employé à indépendant

Ancien rédacteur en chef du Matin (détenu par Tamedia, éditeur de Bilan), Grégoire Nappey a décidé de quitter le quotidien à la suite de l’arrêt de sa version papier en juillet 2018. «Après vingt ans de journalisme, je me suis demandé ce que j’allais faire», raconte celui qui ne souhaitait pas forcément retourner dans le monde de la presse, un secteur bouché où les opportunités sont trop rares. «L’émotion était telle durant plusieurs mois que je n’ai pas vraiment réfléchi à la suite.» C’est à partir de septembre qu’il décide de changer de voie. «Je me suis dit, c’est le moment de faire autre chose pour ces vingt prochaines années.» Petit à petit, l’idée de l’indépendance devient évidente, même si cela n’avait jamais été un projet de vie. «Un rédacteur en chef cumule de nombreuses compétences, notamment en journalisme, en management, en comptabilité, en RH ou encore en finance. Nous avons surtout une capacité d’analyse immédiate et pragmatique car nous sommes capables de trouver une réponse quotidienne à une page blanche.» Son activité future de conseil jonglera ainsi sur toutes ces compétences. 

Pour l’heure, il travaille à 75% auprès de l’Association vaudoise de promotion des métiers de la terre Prométerre. Cette expérience lui permet de mettre en pratique ses connaissances en communication politique en pleine période d’initiative pour une Suisse libre de pesticides. Le reste du temps est consacré à d’autres mandats. Même si aujourd’hui il est heureux et serein, cela n’enlève en rien le choc et la violence vécus par toute l’équipe du Matin lorsque l’éditeur a tiré la prise. «Vu ce que d’autres vivent, j’ai beaucoup de chance. Actuellement, je suis très bien dans mes bottes, mon rythme de vie est plus serein et en harmonie avec ma vie de famille. Mon sentiment sur l’avenir est très positif.» 

De la banque à l’aviation

Marianne de Rossi a aussi sauté le pas. Son changement de carrière a été accéléré par la crise financière mondiale de 2008 qui a secoué le secteur de la banque. «Aujourd’hui, je réalise que mon licenciement a été une chance.
Cela m’a permis de faire de l’une de mes passions un nouveau métier.» Durant cette période de transition, Marianne de Rossi commence des cours de pilotage. «J’aimais voler, mais je voulais faire un simple brevet à l’aéroclub du coin.» La Genevoise a cependant tendance à aller loin dans ce qu’elle entreprend. En effet, à la même période, elle obtient la ceinture noire de ju-jitsu, fait beaucoup d’alpinisme et de tennis. «C’est quand mon instructeur m’a parlé d’aviation, qu’il venait de devenir pilote professionnel à l’âge de 43 ans, que je me suis dit: «Et pourquoi pas moi?» Marianne a alors 41 ans et décide de partir, la fleur au fusil, faire une immersion totale aux Etats-Unis durant l’été 2010 pour obtenir son brevet de pilote professionnel. Elle vole et étudie toute la journée durant trois mois avant d’obtenir le sésame américain de pilote commercial. De retour en Suisse, elle suit des cours à Lausanne et obtient le brevet européen de pilote de ligne pour être actuellement pilote commercial.

 En parallèle, la Genevoise a ouvert en 2014 la société de jets privés Aile Air Aviation. Et pour garder un pied dans le service, elle a monté un family office. «Je fais tout. J’aime tout gérer. Et puis j’ai besoin de tout comprendre pour faire au mieux mon métier.» Ses vingt années passées dans la gestion de fortune lui ont offert la capacité d’administrer une société et de comprendre les chiffres. «Ainsi, je vais toujours essayer de trouver les meilleurs vols aux meilleurs prix pour mes clients.» Aujourd’hui, elle gagne beaucoup moins qu’avant, mais affirme jouir de beaucoup plus de liberté et surtout se sentir plus sereine. «Et puis, quand tu dis que tu es pilote, les gens ont l’effet «whaou»…Ce qui est un peu moins le cas quand tu es gérant de fortune.» Elle conclut: «Il n’y a pas d’âge pour changer de carrière. Le pire, ce serait de regretter de n’avoir jamais tenté l’aventure.» 

Philippe Vignon, ancien CEO,  donne désormais des cours de yoga. (Crédits: Dr)

Un hackathon à Genève

Recrutement Dans le cadre de la semaine d’Open Geneva, un hackathon de recrutement est organisé les 19 et 20 mars au Centre universitaire informatique de Batelle. Cet événement est destiné à la fois aux entreprises qui ont besoin de recruter, aux demandeurs d’emplois ou aux étudiants à la recherche de stages et d’expériences. Et évidemment à ceux qui souhaitent changer de carrière. 

Renseignements: https://tungxten.com/


(Crédits: Dr)

Conseils pour se reconvertir

Marie-Marthe Joly, fondatrice de la plateforme de recrutement tungXten, liste ses recommandations pour changer de métier:

 • Faire le vide dans sa tête (en méditant, faisant du yoga, du sport, etc.) pour créer de bonnes conditions préalables.

 • Travailler, avec un coach si nécessaire, à faire émerger une motivation profonde (indispensable pour aller au bout de son projet).

 • Identifier un besoin sur le marché de l’emploi correspondant à cette motivation profonde (y compris en interne pour ceux qui sont en emploi).

 • Identifier les points de valeur ajoutée du nouveau métier et se demander si on peut faire la différence dans ce métier.

 • Identifier les domaines liés au métier et voir si on s’y sentirait à l’aise.

 • Etablir une matrice de conjonctions et se reposer la question si on veut toujours faire le basculement et à quel point (rapport coûts/bénéfices personnels).

 • Etudier quels sont les coûts (formation et autres) et délais éventuels (est-on indemnisé(e) pendant cette période?) et s’ils sont réalistes dans la situation présente.

 • Etablir et exécuter un plan de communication accompagnant la reconversion afin de mettre en avant sa valeur ajoutée.

 • Avoir un parcours moins classique n’est pas forcément un handicap, mais peut, au contraire, contribuer à offrir une diversité bienvenue au sein de certaines entreprises. En général, les candidats aux parcours atypiques devraient être recrutés en dehors des processus RH trop standardisés. Il vaut mieux stratégiquement cibler les managers recruteurs mieux à même d’évaluer le potentiel du candidat et son adéquation avec l’équipe en place. 

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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