Bilan

Entrepreneur social, un label qui se mérite

Dans ce secteur très à la mode et en pleine croissance, il faut trier le bon grain de l’ivraie. Si les success stories ne manquent pas, seuls les vrais talents arrivent à survivre, surtout financièrement.

«Il n’y a pas de modèle», reconnaît Olivier Fruchaud, responsable d’Ashoka Suisse.

Crédits: David Huc

Les entrepreneurs sociaux? «Ils ne se contentent pas de donner un poisson ou d’enseigner comment pêcher. Ils ne sont satisfaits que quand ils ont révolutionné toute l’industrie de la pêche», avait remarqué Bill Drayton, pionnier de ce mouvement et fondateur d’Ashoka en 1980.

Depuis, le secteur a explosé. Ashoka, premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux, recense aujourd’hui plus de 3000 «fellows» dans 80 pays.

Mais comment mériter cette étiquette quelque peu galvaudée? Le secteur attire plein de jeunes entrepreneurs, qui «sautent dans le train parce que c’est cool et nous en sommes très contents», commente Katherine Milligan, directrice de la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social.

Mais cette reconnaissance n’est pas donnée à tout le monde: la Fondation Schwab reçoit beaucoup de candidatures qui ne remplissent pas les critères. «Quand un nouveau marché se construit, il faut, à un certain stade de maturité d’une société, séparer le bon grain de l’ivraie pour sélectionner celles qui survivront. Mais c’est tout à fait normal. Le secteur finira par trouver sa voie», pense notre interlocutrice.

Les critères de sélection varient en fonction des organisations. En voici quelques-uns: avoir une idée novatrice pour trouver une solution à une problématique sociale ou environnementale; être capable de mesurer son impact social ou environnemental; posséder un modèle reproductible et être durable d’un point de vue financier et organisationnel.

Des critères souvent difficiles à remplir. Comment, tout d’abord, mesurer l’impact social? Les outils développés par Ashoka ou l’association européenne de Venture Philanthropy restent difficilement applicables aux petites entreprises, remarque la Social Entrepreneurship Initiative and Foundation (SEIF) à Zurich. Celle-ci travaille donc actuellement à l’élaboration d’une méthodologie plus pratique. 

Changer les règles

Et comment concilier le but premier d’avoir un impact social avec le but secondaire d’être financièrement durable? Certains, comme Copper8 à Amsterdam, expérimentent avec des modèles de rémunération différents. Cette jeune société de conseil en projets durables dans la construction est convaincue que son travail ne devrait pas être défini par le nombre d’heures dédiées à un projet, mais par la valeur ajoutée créée.

Son tarif de consultation journalier de 1100  euros varie donc en fonction de cette valeur ajoutée. Or, celle-ci est parfois difficile à mesurer, concède Noor Huitema-Hellemans, cofondatrice. Pour ce faire, la société a développé sa propre méthode de mesure de l’impact socioenvironnemental de ses projets.

Katherine Milligan conseille de son côté un système de tarification différenciée, basé sur la capacité des clients à payer selon leurs revenus. Elle cite comme modèle la société indienne Aravind Eye Care System, fondée afin d’éliminer la cécité et la malvoyance.

La haute qualité des services de base, comme la chirurgie de cataracte, est la même pour tout le monde. La différence se trouve dans les options de recouvrement postopératoire, afin de minimiser les coûts.

«Il n’y a pas de modèle, il ne faut pas avoir d’idée préconçue», pense pour sa part Olivier Fruchaud, responsable d’Ashoka Suisse. Afin
de développer des solutions à grande échelle à des problèmes de plus en plus complexes, ce dernier incite le plus grand nombre à devenir un «acteur de changement».

Les success stories de l’entrepreneuriat social ne manquent pas, comme Euforia à Genève, qui incite les jeunes à s’engager, ou AirBnB à l’échelle internationale. Mais il est fort probable que seuls certains parviendront vraiment à révolutionner l’industrie de la pêche.

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