Bilan

Entraves au commerce mondial: les PME suisses restent confiantes

Malgré l’explosion des mesures protectionnistes, les PME exportatrices suisses se déclarent encore positives quant à la tenue de leur activité. Le glissement de l’euro sous la barre des 1,10 franc replace le risque de change au cœur des préoccupations.

Crédits: Golay/Keystone

Des PME suisses toujours sereines quant à la bonne marche des affaires, le constat peut surprendre. D’autant plus quand, comme les 550 interrogées par Crédit Suisse, elles exportent sur un marché international marqué par la guerre commerciale sino-américaine, la perspective d’un brexit dur et la multiplication des actions protectionnistes.

La Global trade alert, qui recense les mesures affectant le commerce mondial, dépeint un libre échange battu en brèche de façon accélérée ces trois dernières années. Près de 1600 dispositions étatiques entraînant une distorsion du commerce ont été prises en 2018, un record, contre seulement 400 en faveur d’une libéralisation.

Exposition limitée aux marchés les plus protectionnistes

En dépit de cette dégradation, seules 29% des PME sondées considèrent les entraves au commerce mondial comme un défi important ou très important, 43% d’entre elles lui conférant une place faible à nulle. Une explication se trouve dans la relativement faible exposition de l’économie suisse aux marchés jugés par les intéressés comme les plus protectionnistes. Si 80% des PME suisses trouvent des débouchés en Allemagne et 60% en France, trois quarts d’entre elles n’identifient que peu ou pas d’obstacles à exporter vers ces partenaires majeurs.

A l’inverse, 65% de ces entreprises de moins de 250 salariés perçoivent des barrières vers la Russie ou le Brésil, mais à peine plus de 20% commercent avec ces puissances. La question américaine en revanche préoccupe. Près de la moitié des sondés exportent vers ce marché, sur lequel les barrières au commerce sont nettement soulignées. Conséquence logique, un accord de libre-échange entre la Suisse est les Etats-Unis est souhaité par près de 60% des chefs d'entreprises interrogés.

Inquiétude naissante dans l’industrie et le commerce de gros

Selon Michael Willimann, responsable PME pour la Suisse romande chez Credit Suisse, la confiance affichée réside également dans le positionnement des sociétés exportatrices suisses: «Ce que les PME ne peuvent plus produire en Suisse, elles le produisent déjà à l’étranger. Les exportations se concentrent désormais sur des niches à forte valeur ajoutée, moins affectées par l’évolution de la conjoncture mondiale et où l’innovation porte ses fruits.»

L’optimisme affiché se doit cependant d’être relativisé. La confiance des PME dans la «bonne marche des affaires», mesurée par le Centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ, montre une évolution négative des perspectives dans l’industrie et le commerce de gros. La branche des machines-outils en particulier reste susceptible de pâtir du ralentissement des économies allemande, un quart des exportations, et chinoise.

Cet été, Bobst tirait la sonnette d’alarme suite au fléchissement au premier semestre de ses résultats et de son carnet de commandes. Michael Willimann relativise la dégradation des perspectives et met en avant l’effort de compétitivité des PME suisses, qui donne aujourd’hui une marge de manœuvre: «Les entreprises observent et restent plutôt attentistes mais on ne peut pas parler de morosité, le niveau d’activité reste très élevé. Le fait que des investissements massifs aient été consentis pour mettre l’appareil de production à jour et rester compétitif, notamment après l’abandon du taux plancher, peut permettre aujourd’hui de différer certains investissements.»

Le franc fort, de retour au centre des préoccupations

Difficile pour autant d’imaginer les PME suisses se reposer sur leurs lauriers. Sondées par Crédit Suisse sur les principaux freins à l’exportations, elles placent en tête de leurs préoccupations le prix de leurs propres produits et services (70%) et le cours de change (69%) -deux facteurs intimement liés. Les droits de douanes n’arrivant qu’en cinquième position.

La baisse continue de de l’euro depuis un an, et son installation sous la barre des 1,10 francs -plus bas niveau depuis juillet 2017- coïncide avec le retournement de la confiance des PME industrielles suisses. Un constat qui s’inscrit dans une perspective longue puisque l’estimation des PME sur la bonne marche de leurs affaires avait déjà connu une dégradation suite au passage de l’euro de 1,5 à 1,2 francs de 2010 à 2012, puis de nouveau avec l’abandon du taux plancher en 2015, selon le Centre de recherches conjoncturelles de l'EPFZ.

Michael Willimann reconnaît l’importance accordée aux PME à la question de la compétitivité et l’inquiétude grandissante quand à un glissement possible vers la parité franc-euro: «1,10 franc pour un euro est le seuil communément reconnu comme supportable par les PME avec lesquelles nous travaillons. Elles espéraient pouvoir souffler un peu après les efforts effectués, mais vont devoir à nouveau s’adapter en cas de renforcement du franc. L’action de la Banque nationale suisse reste essentielle.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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