Bilan

En Valais, des étudiants aux commandes d’un bachelor

Un programme d’origine finlandaise invite des étudiants de la HES-SO à Sierre à construire un parcours académique sur mesure autour de projets réels. Intervenant sur demande, les enseignants se muent en coaches.

Chaque volée compte une quinzaine d’étudiants qui gèrent des projets entrepreneuriaux. Les enseignants interviennent sur demande.

Crédits: Dr
(Crédits: Dr)

On ne s’attendrait pas à voir ce type de programme prendre place au sein d’une institution aussi académique que la HES-SO, ni déboucher sur un bachelor en gestion d’entreprise. C’est pourtant la prouesse réalisée par le professeur Antoine Perruchoud qui, depuis la rentrée 2017, chapeaute la Team Academy de Sierre (VS), programme d’origine finlandaise qui a gagné une trentaine de pays depuis quinze ans. La quinzaine d’étudiants de chaque volée développent, gèrent des projets entrepreneuriaux et font intervenir des enseignants sur demande au fur et à mesure de l’année: «Il a fallu deux ans pour monter le dossier et convaincre les collègues, se souvient Antoine Perruchoud. C’est la version 23 qui a été acceptée.»

Parcours créés par les étudiants

Les étudiants commencent par poser les statuts d’une société au Registre du commerce. La coopérative Andromeda gère ainsi un portefeuille de projets définis par les étudiants, le tout donnant lieu à facturation, comme le détaille Antoine Perruchoud: «Parmi les divers projets, on trouve le «24 h client», un peu sur le modèle du startup week-end. On met l’intelligence collective au service d’une entreprise, pour une rémunération indicative de 1000 francs. Le client paie ensuite en fonction de ce qu’il estime en avoir retiré.» 70 000 francs ont été facturés au total.

La dimension théorique est toutefois loin d’être occultée, avec 50% du parcours de l’étudiant. Six lectures et trois articles réflexifs sont obligatoires chaque semestre et donnent lieu à restitution sous l’œil attentif du team coach qui évalue le rendu. En fonction des besoins du projet, des enseignants sont convoqués pour apporter un bagage théorique spécifique. Sur la base d’un «contrat d’apprentissage», une journée complète est consacrée chaque semestre à l’évaluation en 360 degrés, incluant autoévaluation et évaluation par les pairs et un jury: «Savoir évaluer fait justement partie des compétences visées, précise Antoine Perruchoud, au même titre que d’autres soft skills comme la créativité ou la capacité à apprendre, très recherchées par les entreprises.»

Remise en cause  de l’enseignement classique

Disruptif dans l’approche, le programme requiert des étudiants de sortir de leur zone de confort, ce qui n’a rien d’évident selon Jean-Christophe Loubier, professeur à la HES qui intervient également à la Team Academy: «Les étudiants prêts à franchir le pas sont une minorité. Ils ont réussi jusqu’alors dans le système classique, pourquoi changer?» L’enseignant, qui se définit avec humour comme «un méchant prof de maths», note une nécessaire remise en question pour des enseignants habitués à garder la mainmise sur le parcours académique: «Pédagogiquement, c’est intéressant. J’interviens sur la partie statistique, on m’a demandé un support pour une étude de marché. Or, l’enseignement des mathématiques en Europe est basé sur un parcours cumulatif, où une nouvelle connaissance nécessite la maîtrise des connaissances précédentes. C’est difficile, mais le résultat en termes d’implication de l’étudiant est une réussite extraordinaire. Ils sont proactifs, posent des questions, sont beaucoup plus attentifs, car ils voient l’application concrète.»

Preuve de la difficulté à rentrer à 20 ans dans une dimension entrepreneuriale, 4 élèves sur les 17 de la première volée ont quitté le programme. Pour les plus persévérants, Antoine Perruchoud reste confiant: «Bien sûr, le learning by doing et l’autogestion sont difficiles à cet âge, mais on constate que 40 à 60% d’étudiants qui finissent la Team Academy dans le monde créent leur propre emploi (indépendants, startups) en sortie d’étude, contre 3 à 5% pour les parcours classiques. Beaucoup d’entreprises nous disent aussi que c’est ce type de profil qu’elles recherchent.» 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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