Bilan

Ems, spas, hôtels: les mille et une vies du groupe BOAS

Anne et Bernard Russi rachètent en 1989 un ems à Ecublens. Devenue leader romand, leur entreprise se concentre désormais sur l’hôtellerie et le thermalisme.

  • Anne et Bernard Russi au début des années 90: le couple vient de se lancer dans le business des résidences médicalisées.

    Crédits: Boas
  • Domaine de la Gottaz à Morges, 35 appartements médicalisés acquis en 1990.

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  • BOAS multiplie les rachats, comme celui en 2006 de la Résidence Les Tourelles à Martigny.

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  • Datant de 1764, l'hôtel de luxe Le Petit Manoir, à Morges, a été inauguré en 2009 après avoir été entièrement rénové pour 3 millions de francs.

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  • Bernard Russi, PDG de BOAS, en compagnie de la Baronne Nadine de Rothschild.

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  • Le Centre thermal des Bains de Saillon (VS), repris en 2008, a bénéficié de travaux en 2010: nouveaux toboggans et Mayens du bien-être.

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  • Fleuron datant de la fin du XIXe siècle, le Grand Hôtel des Rasses dans le Jura passe dans le giron du groupe BOAS en 2011.

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  • L’Hôtel Nendaz 4-Vallées a été inauguré en 2013, avec un concert privé de Florent Pagny.

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  • Le centre Aquatis, ouvert à Lausanne en 2017, est devenu la 3e attraction la plus fréquentée de Suisse romande.

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  • Lancé en 2014, le Lake Geneva Hotel à Versoix est le premier hôtel genevois du groupe.

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Fondé en 1989, le groupe BOAS n’a cessé d’évoluer. Devenu aujourd’hui l’un des principaux opérateurs hôteliers indépendants de Suisse, il a également été à la tête du marché romand des établissements médico-sociaux (EMS), avant de les céder en 2016 au groupe Tertianum, vente liée à la nécessité de boucler le financement du complexe Aquatis. Retour sur une diversification bienvenue.

Premiers pas dans la mécanique

Celui qui allait fonder BOAS, Bernard Russi, n’a rien à voir avec le champion olympique de ski, Bernhard Russi, né deux ans et demi plus tôt à Andermatt. Comme il aime le dire: «Je suis parti de rien et j’ai appris à travailler sur le tas.»

Le Romand a vu le jour à Château-d’Œx (VD) dans une famille modeste, puisque son père est alors sous-chef de gare à Château-d’Œx, puis chef à Rossinière. Pour cadrer l’adolescent un peu turbulent qui ne se passionne pas pour l’école, son père lui déniche une place d’apprentissage de mécanicien dans un garage. Il se marie à 19 ans, avant d’être engagé comme chef d’atelier Peugeot à Moudon (VD). 

Révolté à la suite de la perte de son premier enfant, il quitte tout et s’engage à Bâle comme chauffeur routier. Puis, il finit par se poser et reprendre une station-service avec épicerie aux Verrières-de-Joux (F). Son deuxième fils, Christian, y naît en 1973. Plus tard, Bernard Russi achète un garage Mazda à Lausanne. Sa fille Véronique voit le jour en 1975. 

De la gendarmerie à la santé

En 1978, nouveau virage. Direction la gendarmerie vaudoise. «C’était un métier difficile, mais c’était également une très belle école de vie», déclare-t-il. Au bout de huit ans,  il quitte la fonction publique pour devenir directeur d’un hôpital demi-zone à Château-d’Œx, après avoir suivi une formation en santé publique. Puis, il développe un projet d’ouverture d’une maison pour jeunes délinquants, laquelle ne verra jamais le jour. 

Avec Anne, infirmière en psychiatrie qui deviendra sa femme, il décide de racheter un premier EMS, la Résidence Joli-Automne à Écublens (VD), en 1989. Courant 1990, on leur propose d’acquérir la résidence médicalisée Domaine de la Gottaz, (35 appartements) à Morges, qui traverse une période difficile. Puis, Bernard Russi se voit soumettre la reprise de la gestion de la résidence médicalisée Hôtel-Résidence Bristol et de l’EMS Résidence L’Eaudine à Montreux en 1992. 

«Boaz: en lui est la force»

Il faut patienter jusqu’en 1995 pour qu’une holding soit créée: Groupe BOAS. Pourquoi ce nom ? Bernard Russi, devenu pratiquant à la  suite de sa rencontre avec le pasteur évangélique Maurice Ray, s’inspire de la Bible: «Devant le temple de Salomon, se dressaient deux colonnes. Le nom de l’une était Jakin (ce qui signifie «Il établira, il affermira»), l’autre s’appelait «Boaz» (ce qui veut dire «En lui est la force»). Le couple fonde aussi la société Gottaz Traiteur, avec Patrick Pilet en qualité de chef de cuisine. 

En 1997, l’EMS Clos-Bercher, reconnu d’intérêt public et spécialisé en psychiatrie pour adultes, rejoint le portefeuille du groupe, qui s’élargit encore en 1999 avec l’acquisition de la société d’exploitation de l’EMS La Clé des Champs, à Corbeyrier (VD). Le couple entreprend de construire la Résidence Bel-Horizon, villa résidentielle privée à proximité de l’EMS Joli-Automne.  

En août 2003, le groupe rachète une petite blanchisserie industrielle de Morges, Blanchinet. Le directeur de BOAS justifie cette acquisition par le fait qu’il entend disposer de linges répondant aux normes européennes (moins de 12 Unités formant colonies par 25 cm2) pour son Hôtel Bristol et ses cinq EMS. 

Folle croissance externe

Alors que le groupe modifie sa raison sociale en BOAS-YAKHIN Holding, la population vaudoise est invitée à se prononcer en avril 2005 sur une loi réformant le secteur des EMS en chassant les sociétés à but lucratif du secteur subventionné. De quoi faire bondir Bernard Russi. Cette loi sera refusée par le peuple, mais la plupart des dispositions contestées sont revenues par la petite porte. Après plus de dix ans de gestion de l’Hôtel Bristol et de l’EMS L’Eaudine, le groupe devient propriétaire de l’immeuble abritant ces deux établissements à Montreux et achète, en 2006, la Résidence Les Tourelles à Martigny. 

La croissance externe ne ralentit pas. En 2007, le groupe fait l’acquisition de l’Hostellerie Le Petit Manoir à Morges et celle de l’EMS Résidence Le Byron à Villeneuve (VD). Ce n’est rien, comparativement à ce qui va suivre. 

Plongée dans le thermalisme

Le 31 janvier 2008, le Centre thermal des Bains de Saillon (VS) est cédé au vaudois BOAS. Cela concerne un complexe de quatre piscines, un centre de bien-être, un fitness et un restaurant, soit 150 employés. La vente ne concerne alors pas le volet immobilier, soit un hôtel 4 étoiles de 71 chambres, exploité par le groupe ZG. Devenu un des leaders en Suisse romande dans l’hébergement médico-social et hôtelier, BOAS-YAKHIN emploie alors plus de 500 personnes. 

«Notre objectif est de donner aux Bains une dimension supplémentaire, avec un nouveau concept et une attraction inédite», déclare Bernard Russi. Le groupe souhaite aussi construire un second hôtel, un 4* plus et six restaurants supplémentaires. L’opération est menée avec l’appui du fonds Living Plus de Credit Suisse qui a acheté les murs. 

En novembre, sa Résidence Le Pacific, à Etoy, ouvre ses portes. Il s’agit du premier EMS privé nouvellement construit depuis dix ans en Suisse romande. À la même époque, le groupe BOAS reprend quatre EMS: Les Marronniers à Martigny, Le Manoir à Gampelen (BE), La Fontaine à Court (BE) et La Couronne à Sonceboz (BE). Bernard Russi reprend également la présidence de la Fondation Espace qui gère trois établissements à Couvet (NE) et Bevaix (NE).

Les premières «brasses» d’Aquatis

Après les Bains de Saillon, Bernard Russi se jette définitivement à l’eau. La pose de la première brique du parking-relais de Vennes intervient en avril 2009 en présence d’Olivier Français, municipal lausannois chargé des travaux. C’est sur cet édifice de trois étages que va se dresser le futur Aquatis, baptisé encore AquaEcopôle, avec ses aquariums destinés à la faune et à la flore d’eau douce. On parle d’un coût global de 130 millions, répartis entre partenaires publics et privés (dont BOAS, épaulé par l’entreprise générale Grisoni-Zaugg, pour 52 millions). Cette somme comprend à la fois le futur aquarium (sans l’équipement), le parking, mais aussi un hôtel 3*supérieur de 143 chambres. Les promoteurs de ce musée de l’eau tablent sur une fréquentation de l’ordre de 340 000 visiteurs par an. 

BOAS rachète au printemps 2009 l’Hôtel Twannberg (près de Bienne) qui compte 24 pavillons familiaux de quatre lits, 18 chambres doubles et une salle de séminaire. Mais, faute de rentabilité, il finira par fermer en 2016. 

Puis, en juin 2009, Bernard Russi inaugure un petit hôtel de luxe, Le Petit Manoir, à Morges. Ce bâtiment datant de 1764 a été entièrement rénové pour 3 millions de francs. 

Premier signe du changement d’actionnaires des Bains de Saillon, de nouveaux toboggans sont installés en 2010, de même que les Mayens du bien-être pour un coût total de 3,5 millions. Il s’agit d’un parcours hammam-sauna, via cinq chalets, accessible depuis les bassins extérieurs. 

La même année, la Fondation Espace inaugure l’EMS La Résidence Le Littoral à Bevaix, lequel reprend les résidents des EMS Le Chalet et La Chotte, contraints d’être «démobilisés».  En septembre, le groupe organise l’inauguration du Domaine & Résidence du Bourg à Aigle. 

Inauguré avec Florent Pagny

L’année 2011 est marquée par l’acquisition, le 1er novembre, du Grand Hôtel des Rasses dans le Jura, fleuron datant de la fin du XIXe siècle qui compte une quarantaine de chambres. 2012 sera celle de l’Hôtel de la Poste à Sierre et d’un home médicalisé à Fontainemelon (NE). 

Autre événement majeur: l’inauguration de l’Hôtel Nendaz 4-Vallées le 7 décembre 2013, dont le mandat de gestion a été confié à BOAS, avec un concert privé de Florent Pagny. Il s’agit de l’unique hôtel 4*supérieur de Nendaz. Les activités hôtellerie ne cessent de se développer avec les ouvertures en 2014 de deux hôtels: le Discovery à Crissier (où est désormais installé le siège administratif de BOAS) et le Lake Geneva Hotel à Versoix (103 chambres), premier hôtel du groupe sur Genève. 

Mais le 23 mars 2015, Anne Russi, pilier incontournable du groupe, décède. Néanmoins, le président de BOAS ne baisse pas les bras. Trois mois plus tard, l’Aquatis Hotel est inauguré. 

Enfin, le 1er décembre 2015, un accord de reprise est passé entre la ville d’Yverdon-les-Bains et BOAS: alors que les murs et les installations du Grand Hôtel & Centre thermal d’Yverdon-les-Bains sont rachetés par Credit Suisse Real Estate Fund LivingPlus, la gestion du site est confiée au groupe. Cela concerne environ 200 employés.

Conséquence de ce développement fulgurant, une réflexion globale a été menée qui a débouché sur la décision de céder les activités liées aux personnes âgées «pour renforcer la structure financière et assurer la pérennité». C’est Tertianum, propriété du groupe Swiss Prime Site, qui reprend ces activités avec effet au 1er trimestre 2016. La même année, après trois ans de travaux, le nouvel  hôtel quatre étoiles des Bains de Saillon ouvre ses portes avec six restaurants à thème. Le coût total de 40 millions de francs est à nouveau financé par Credit Suisse, pour le compte de son fonds Real Estate LivingPlus. La fréquentation des Bains a augmenté depuis sa reprise en 2008, passant de 330 000 à 495 000 visiteurs par année. 

En juillet 2017, Swiss Prime Site annonce l’acquisition de la dernière résidence pour seniors encore dans le portefeuille du groupe BOAS, la résidence Gottaz Senior. «Le système de la santé est devenu tellement étatique, terriblement codifié qu’il n’y a plus aucune liberté de gestion», justifie Bernard Russi. 

Reconnaissance

Quelques mois plus tard, le 21 octobre très précisément, se déroule l’inauguration du plus grand aquarium d’eau douce et terrarium d’Europe. Sa scénographie a été confiée à des professionnels de renommée internationale. Au final, Bernard Russi a pris à sa charge la totalité de l’exploitation de l’hôtel et de l’aquarium, ce qui n’était pas prévu initialement. Cela étant, le bilan est extrêmement positif avec 379 000 entrées réalisées entre le 21 octobre 2017 et le 21 octobre 2018.  Cela en fait la 3e attraction la plus fréquentée de Suisse romande, après le château de Chillon et l’usine Cailler à Broc (FR). 

Autre bonne nouvelle pour BOAS: le Grand Hôtel des Rasses a été sacré Hôtel historique de l’année 2019 par le Conseil international des monuments et des sites, un satellite de l’Unesco. A noter que cet hôtel a également reçu le label Swiss Historic Hotels. Enfin, BOAS a repris l’exploitation de l’hôtel-restaurant Au fil de l’Eau à Clarens et lui a redonné son nom d’origine, L’Ermitage. 

Parmi les chantiers en cours, citons la prochaine ouverture du nouvel hôtel Atrium Airport à Meyrin. Il comptera environ 170 chambres avec 10 salles de séminaires, dont 3 qui pourront être fusionnées pour accueillir jusqu’à 600 personnes. Le groupe, devenu l’un des principaux opérateurs hôteliers indépendants de Suisse, comptera alors près d’un millier de chambres!  


(Crédits:  Valdemar Verissimo, Boas)

Trois projets à suivre

Outre la prochaine ouverture de son second hôtel sur Genève, le groupe BOAS met en service le 22 juin le restaurant La Vaudaire à Lausanne, situé à deux pas du nouveau siège du CIO. Ce projet devisé à 3,2 millions de francs aura permis d’agrandir le restaurant d'origine, doté désormais de 246 places. Par ailleurs, le groupe a dévoilé son projet à 32 millions de francs pour le Grand Hôtel et le Centre thermal d’Yverdon-les-Bains. D’une durée de trois ans, les travaux prévoient notamment d’homogénéiser et d’épurer l’architecture du centre et de relier ce dernier au Grand Hôtel grâce à un nouvel espace de plus de 900 m² réunissant un hall d’accueil, un restaurant ainsi qu’une boutique et un café. De nouvelles installations feront leur apparition, comme un fitness de 700 m² et un espace de soins et beauté de 350 m². 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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