Bilan

Employeur-employé: savoir se dire adieu

Choyer un salarié jusqu’à son dernier jour de travail est important afin de soigner l’image de l’entreprise à l’extérieur. Surtout s’il devient ensuite un client ou un partenaire.

Avant le pot de départ, se séparer en bons termes.

Crédits: Martin Barraud/Caiaimage/Getty images

Si les entreprises soignent généralement l’intégration de leurs nouveaux collaborateurs, rares sont celles qui intègrent le départ des salariés dans leurs processus internes. Pourtant, instaurer des mesures pour que la séparation se passe de manière sereine et constructive est primordial.

Le niveau de satisfaction d’un salarié sur le départ semble indifférer le management et la fonction RH. «Très souvent, le futur ex-employé est négligé, il devient transparent aux yeux de l’entreprise. Les relations se cantonnent à un aspect purement administratif et contractuel», analyse Marie-Claude Cazottes, auteure de Management de la marque employeur (Ed. Pearson). Cette indifférence peut cependant engendrer des conséquences désastreuses sur la marque employeur.

En effet, tel un client, un salarié déçu s’exprime dix fois plus sur les médias sociaux ou sur des sites tels que Glassdoor, le TripAdvisor des entreprises, qu’un enthousiaste. «De la même façon que les consommateurs dialoguent avec les marques, les candidats cherchent à entrer en contact avec des employés des entreprises qu’ils convoitent. La plupart des candidats lisent au minimum six avis de salariés avant de se forger leur opinion sur une organisation.»

Selon une enquête réalisée par le site d’annonces d’emplois RégionsJob auprès de 2526 personnes à la recherche d’un emploi, 50% des candidats à un emploi ont déclaré avoir renoncé à postuler auprès d’une entreprise après avoir lu des informations négatives à son sujet sur internet, quel que soit le supplément de salaire proposé.

Se quitter pour mieux se retrouver

A l’inverse, un collaborateur qui se sépare de son entreprise en bons termes peut se retrouver futur client ou partenaire de celle-ci. Certains envisagent même de revenir travailler chez leur ancien employeur. Ainsi, plus de 40% des salariés français se déclarent ouverts à l’idée de retourner travailler pour un ancien employeur qui a su les soutenir lors de leur départ vers de nouveaux challenges professionnels, assure Marie-Claude Cazottes. «L’Oréal réembauche 300 anciens collaborateurs par an dans le groupe. Le groupe de santé nord-américain DaVita a réembauché 1700 anciens employés en 2013, soit 15% de ses embauches.»

Ce phénomène, baptisé «boomerang hire» par le cabinet d’audit Ernst & Young, présente de nombreux avantages pour l’entreprise. D’une part, celle-ci connaît déjà les compétences de son ancien employé, certainement enrichies depuis leur dernière collaboration. D’autre part et dans la mesure où celui-ci maîtrise l’entreprise et ses processus, son intégration sera rapide et sans heurts. Enfin, sauf changement d’orientation et de culture d’entreprise, le risque qu’il quitte cette dernière une deuxième fois est faible.

Comment divorcer à l’amiable? Se séparer positivement passe nécessairement par la compréhension des raisons ayant poussé le salarié à quitter son poste et la mise en place d’actions constructives au titre de «l’exit management». Outre le traditionnel pot de départ, «un entretien de sortie, appelé «exit interview» dans les groupes anglo-saxons, est utile pour bien comprendre l’état d’esprit et prévenir tout risque d’insatisfaction, poursuit Marie-Claude Cazottes. De la même manière, un questionnaire de sortie avec propositions d’améliorations est intéressant car le collaborateur sur le départ n’a plus rien à perdre et va généralement parler sans se censurer.»

Pour Tim Leberecht, le salarié ne doit pas négliger la rupture «pour mieux rebondir». (Crédits: Bret Hartman/Ted)

Une communauté de talents externes

Certaines entreprises, désireuses de transformer tout risque de séparation en mauvais termes en une opportunité de communication positive («healthy out»), vont jusqu’à instituer des communautés d’anciens. C’est le cas de Mazars, acteur majeur de l’audit et du conseil, mais aussi de l’entreprise de télécommunication nord-américaine AT&T et de Procter & Gamble qui, dès 1974, a fondé le club d’anciens employés. Aujourd’hui appelé P&G Alumni France, celui-ci rassemble environ 600 membres. «Qu’ils soient retraités ou anciens salariés encore actifs, les membres continuent à contribuer par leur expérience et leur expertise au réseau de talents. Par leur pouvoir de recommandation, ces communautés constituent une aide précieuse de l’entreprise dans l’attraction des talents.»

Quid des salariés? Sans surprise, se séparer en bons termes est aussi à leur avantage. «Gardez à l’esprit que vous voudrez peut-être revenir dans la société à un moment donné, avertit l’expert en ressources humaines Bill Driscoll. Ne vous tirez pas une balle dans le pied en étant agressif ou émotif. Proposez un préavis suffisant. Donnez un feed-back constructif et insistez sur ce que vous avez apprécié concernant votre travail, ainsi que sur les pistes d’amélioration. Si vous agissez professionnellement, votre patron et vos collègues pourraient vous servir de personnes référentes pour votre carrière. Vous ne savez jamais quand vous pourriez les croiser à nouveau, ni à quelle occasion.»

Guy Kawasaki, auteur de Wise Guy (Ed. Diateino), ne dit pas autre chose. «Ne claquez pas la porte en réaction à des émotions comme la colère ou la déception. Planifiez votre sortie. Mettez en place l’opportunité suivante. Le timing et la manière de quitter un emploi sont aussi importants que le timing et le démarrage d’un nouveau job.»

Célébrer la fin

L’auteur et conférencier Tim Leberecht insiste enfin sur l’importance de célébrer la rupture. «Quitter un travail, c’est un peu comme divorcer. Personne ne s’y prépare à l’avance. On se focalise sur les aspects de productivité et on oublie de penser à la fin. Pourtant, c’est une étape importante qu’il faut célébrer pour mieux rebondir.» Il cite l’exemple de l’entreprise Atari. «En 1982, après un flop commercial, Atari a enfoui E.T. l’extraterrestre, l’un des plus grands échecs commerciaux de l’histoire du jeu vidéo, dans la décharge d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique. En ritualisant la rupture avec son produit, cette entreprise a pu en faire le deuil. De la même manière, lorsqu’un travail ne répond plus à nos attentes, il faut célébrer sa fin.»

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Amanda Castillo

Journaliste

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Amanda Castillo est journaliste freelance. Elle collabore régulièrement avec plusieurs médias dont Bilan et Le Temps. Ses sujets de prédilection: le management et le leadership.

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