Bilan

Dieter Meier, artiste et businessman

Le Zurichois sort à la fois un nouvel album avec son groupe Yello, produit de la viande et du vin, et se lance dans le chocolat haut de gamme.
  • La fortune de la star de l’electro-pop est estimée entre 100 et 200 millions

    Crédits: Dominic Büttner
  • Ancien adepte de poker, le Zurichois se ressource «en dialoguant avec son swing».

    Crédits: Dominic Büttner
  • Dieter Meier pose sur ses terres en Argentine, où il pratique l’agriculture biologique.

    Crédits: Dr
  • Crédits: Dr

A 71 ans, l’homme d’affaires et star de l’electro-pop zurichoise Dieter Meier est sur tous les fronts: de la musique au cinéma, en passant par la production de vins, de bœuf argentin ou encore de chocolat.

«Si je devais me définir, ça serait en tant que producteur. J’aime explorer tous les domaines, rencontrer des personnes différentes et me mettre constamment
de nouveaux défis.» 

Quatre concerts exceptionnels

En termes d’actualité brûlante, le groupe de musique Yello, qu’il a fondé en 1979 avec Boris Blank, sort Toy, son treizième album. La chanteuse chinoise Fifi Rong ou l’Anglaise d’origine malawienne Malia font partie du casting. Pour la première fois, les deux compères se produiront «en live» lors de quatre concerts programmés dans une vieille fabrique de Berlin à la fin du mois d’octobre. Tout est déjà complet, bien sûr, pour le groupe aux 14  millions d’albums vendus qui a fait danser toute une génération des années 1970. Si le succès est au rendez-vous, Yello promet déjà une tournée internationale qui passera forcément par la Suisse. 

Ces quatre dates sont en effet exceptionnelles. Depuis son lancement, le duo mythique n’a fait qu’une seule représentation d’environ 25 minutes, il y a trente ans à New York. «Dans la foule, il n’y avait que des Afro-Américains et des latinos. Environ 5000 personnes nous regardaient silencieusement. Ils ne pouvaient pas croire que nous étions Suisses. A travers notre musique, ils imaginaient que nous étions des rappeurs noirs avant-gardistes de la côte ouest.» 

Celui qui a créé bien plus tard le groupe Out of Chaos (2013) dit pourtant avoir toujours rêvé de jouer devant son public. «Avec Yello, nous avons reçu énormément de demandes pour faire des tournées à travers le monde, mais Boris n’a jamais souhaité s’exposer.» Même la présence de nombreuses personnalités – dont Shirley Bassey – dans leurs albums ne l’a pas convaincu. Aujourd’hui, son complice, qu’il compare à un «peintre sonore», a enfin accepté de monter sur scène en présence de douze musiciens. «A Berlin, nous ne serons pas là uniquement pour appuyer sur un bouton et diffuser de la musique électronique.» 

Artiste éclectique

Il est donc cool, classe, et il a du talent, le Zurichois à la célèbre moustache et à l’éternel foulard en soie. Dandy, mais pas trop, Dieter Meier se dit dilettante. Charismatique, fantasque et quelque peu énigmatique, il aime entreprendre sans complexe, recherchant le succès tout en acceptant aussi les revers: «Tout ce que vous entreprenez est positif. Même si vous échouez, vous aurez toujours appris quelque chose.»

Toujours tiré à quatre épingles, l’homme apprécie les moments de zénitude. «Bouddhiste dans l’âme», c’est sur un terrain de golf, seul en fin de journée, qu’il se ressource «en dialoguant avec son swing». L’ancien adepte de poker ne s’adonne dorénavant plus qu’à ce sport dont il est fan depuis tout petit – il a même fait partie de l’équipe nationale suisse junior. «C’est la seule et unique discipline que les Occidentaux ont inventée qui me rend serein», confie le Zurichois. 

En dehors du golf, de la musique, du cinéma – il est en train de rédiger deux scripts pour des films qui pourraient voir le jour en 2017 – Dieter Meier expose ses images depuis mi-septembre à Berlin. L’artiste s’est transformé, durant plus de trente ans, en de multiples personnages imaginaires à qui il a inventé des biographies. Ses photos illustrées sont exposées jusqu’à fin octobre à la galerie Judin dans la capitale allemande. 

Dieter Meier n’en est pas à sa première exhibition: il fut même exposé lors de «La documenta» de 1972, l’une des plus importantes expositions d’art moderne et contemporain qui se tient tous les cinq ans à Cassel (D). «Je m’étais installé sur une plaque en métal et avais annoncé que je m’y rendrais de nouveau en mars 1994. Ce que j’ai fait. Il y avait une foule incroyable qui voulait voir ce type un peu fou qui revenait après plus de vingt-deux ans au même endroit. Même le maire de la ville avait fait le déplacement. J’étais très content d’avoir pu faire cette performance publique, d’être encore en vie et présent ce jour-là à Cassel.» 

En Suisse, il est représenté par la galerie zurichoise Grieder Contemporary qui envisage une prochaine exposition en 2017. Dieter Meier a même séduit Lady Gaga: il nous raconte, en riant, qu’à l’occasion d’un dîner de charité où il était assis à côté de la star américaine, celle-ci a acheté l’une de ses œuvres lors de la vente aux enchères, sans savoir qui était l’artiste. 

Un homme d’affaires épicurien

L’homme n’est pas qu’un artiste fantasque et un musicien de pop-electro, il est également un homme d’affaires avisé dont la fortune est estimée aujourd’hui entre 100 et 200 millions par le magazine Bilan. En 2014, il a revendu ses parts de la marque Ulysse Nardin au géant du luxe Kering. Il est actionnaire de plusieurs sociétés comme Orell Füssli – dont l’un des principaux actionnaires est la Banque nationale suisse – et la holding du chemin de fer Brigue-Zermatt. 

Depuis vingt ans, Dieter Meier est aussi propriétaire de 30 000 ha dans la pampa argentine où il produit de la viande de bœuf de qualité, du vin – malbec, cabernet sauvignon et cabernet franc – ainsi que du miel, le tout en agriculture biologique. Depuis quelques années, il s’est lancé dans la culture de noix, noisettes et noix de pécan, dans son domaine en Patagonie où coule le Rio Negro, un fleuve aussi grand que le Nil. Les lieux sont déserts mais irrigués grâce au fleuve, ce qui permet aux plantations de ne pas être attaquées par les bactéries. Idéal encore une fois pour travailler les cultures dans le respect de la nature, sans pesticides. 

L’épicurien détient également des vignes à Ibiza, à 500 m au-dessus de la mer. «J’apprécie les vins authentiques, qui ont du caractère, provenant de toutes les régions du monde», souligne l’amateur de crus. La plupart de ses produits provenant d’Argentine – vin et bœuf – sont distribués dans de nombreux commerces, dont la Coop en Suisse, et au sein de ses propres enseignes à travers le monde. Il est effectivement à la tête de plusieurs restaurants: un à Buenos Aires, un autre à Francfort, deux à Berlin et quatre autres à Zurich, dont un établissement gastronomique. Tous proposent à la carte de la viande et des vins provenant de son ranch argentin, baptisé Ojo de Agua et situé à Mendoza, à quatre heures de route de Buenos Aires.

Et depuis peu, le serial-entrepreneur s’est aussi lancé dans la fabrication de chocolat en développant une nouvelle méthode d’extraction à froid du cacao. «Normalement, les grains de cacao subissent un traitement thermique durant lequel 90% des arômes s’en vont, puis sont remplacés par des parfums artificiels. Mon procédé a été développé par des experts en arômes dans un institut en Allemagne. Nous sommes les premiers à utiliser cette méthode qui donnera un goût et une saveur exceptionnels au chocolat.» Ces douceurs seront disponibles sous la marque «Oro di cacao» dans les commerces suisses à partir du mois de février 2017. Une grande compagnie helvétique l’aurait déjà contacté avec insistance pour connaître le secret de fabrication de ces friandises. 

Par ailleurs, très attaché à la culture biologique et au respect de la nature, le producteur qui détient également une petite plantation de café en République dominicaine, envisage de collaborer avec des coopératives d’Amérique centrale afin de leur apprendre à traiter les plantes de la façon la plus naturelle possible, limitant au maximum les agents toxiques.

L’habit rend heureux

Sur le plan privé, Dieter Meier est le père de quatre enfants, trois filles et un garçon. Tous ont la fibre artistique, l’une de ses filles travaillant par exemple dans le cinéma à Hollywood. Son épouse Monique possède les boutiques de mode enSoie présentes à Zurich, Los Angeles et Calcutta d’où provient une partie de sa collection de foulards. 

Dieter Meier, qui aime prendre soin de lui sans se considérer comme un vrai esthète, avoue avoir un toc: «J’ai besoin de me sentir bien dans mes vêtements. Cela va dépendre de mon humeur. Parfois, quand je quitte la maison, je réalise que je porte les mauvais vêtements, donc je suis obligé de rentrer pour me changer. Je peux prendre plus d’une heure à choisir le bon costume, la bonne chemise ou les bonnes chaussures pour me sentir heureux ce jour-là. Quelquefois, je suis tellement perdu que je préfère ne pas sortir de chez moi et rester au lit. Et puis, quand je voyage dans des endroits où je n’ai pas mes affaires, je m’assure toujours de prendre dans mon bagage à main une combinaison d’effets qui pourront me rendre heureux dans toutes les circonstances de la journée. C’est l’art du packaging zen», conclut l’artiste.  

Chantal Mathez

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."