Bilan

Diamants: de l’opacité à la transparence

La fin d’un quasi-monopole et le processus de Kimberley ont rendu le marché des diamants plus traçable et éthique. Prochain défi: les joyaux artificiels.


Crédits: Stefan Wermuth/Reuters

Le marché du diamant a bien évolué depuis trente ans, même si le secteur régit toujours ses propres règles internes, valables au niveau international. L’an 2000 a toutefois marqué un tournant pour cette industrie. 

Premièrement, De Beers qui détenait alors le monopole du marché (85%) a été contraint d’abandonner son rôle de cartel et de régulateur. La holding a dû laisser la concurrence de nouvelles sociétés minières entrer sur le marché. Le cartel, incarné alors par la Central Selling Organisation qui appartient au géant sud-africain, est ainsi rebaptisé Diamond Trading Company. A partir de là, les relations avec les «sightholders»,
les diamantaires privilégiés de De Beers, qui reposaient depuis toujours sur un «gentlemen’s agreement» (de Beers leur imposait des lots de diamants à des prix fixes non négociables), vont être formalisées et accompagnées d’un code de conduite. Ainsi, le busines model des diamantaires va radicalement changer. 

L’arrivée d’internet, puis des réseaux sociaux, bouleversera aussi  la donne avec la possibilité de connaître ce qui se vend partout dans le monde, et à quel prix. De nombreuses réglementations verront aussi le jour. En 2003, par exemple, la Suisse et de nombreux autres pays interdiront l’importation, l’exportation, l’entrée et la sortie en entrepôt douanier de diamants bruts qui n’auront pas de certificat infalsifiable. Ainsi, ce commerce ne sera autorisé qu’avec des Etats participant au système de certification, appelé «Processus de Kimberley» et adopté à Interlaken en 2002. L’objectif étant d’empêcher l’accès des diamants dits de «conflits» aux marchés légaux. 

Un marché sous tension

Trente ans après l’article de Bilan sur le cartel du diamant (lire l’encadré), le marché se porte plutôt bien, malgré une légère baisse de la production en 2018 par rapport à 2017 (2,5% en volume et 1% en valeur). Trois acteurs principaux – De Beers, Alrosa et Rio Tinto – représentent aujourd’hui 70% de la production mondiale qui équivaut à 147 millions de carats et 15,7 milliards de dollars de ventes de brut. 

De Beers connaît toutefois un ralentissement de ses ventes de diamants bruts depuis une année et demie, en raison notamment de la baisse de la demande dans le secteur manufacturier en Inde. Son bénéfice a ainsi baissé de 25% en 2018. «Alors qu’il y a peu, il était impossible de refuser la marchandise de De Beers sous peine d’être radié du négoce de diamant brut, des sociétés commencent à éconduire le conglomérat», explique Elke Berr, experte en pierres précieuses et fondatrice de Berr & Partners. De Beers a ainsi été contraint de réduire le montant minimum d’achat imposé alors à ses sightholders de 15 à 8 millions de francs. 

Cependant, même avec plus de flexibilité, le marché reste tendu, estime l’experte. Les prix élevés des diamants bruts engendrent en effet des  rendements très bas pour les sightholders, les tailleurs et les grossistes en diamants. «La mauvaise gestion des stocks de bruts et le ralentissement de la demande ont une grande part à jouer dans la baisse des prix car ce marché est uniquement régi par la loi de l’offre et de la demande», explique Elke Berr. 

Le marché est aujourd’hui plus ouvert et plus abondant, avec la découverte de nouvelles mines dans des pays producteurs comme en Afrique, mais aussi dans de nouveaux pays comme en Australie et au Canada, par exemple. «Les diamants sont devenus moins rares, exception faite pour les diamants de couleur et les diamants de grande taille qui ont gardé une très grande valeur», explique Elke Berr. Le président mondial du département de haute joaillerie de Sotheby’s, David Bennett, confirme: «Au cours des trente dernières années de ma carrière, le marché des diamants exceptionnels et notamment de couleur a connu un essor évident.» Les diamants plus traditionnels sont quant à eux confrontés au contexte économique mondial. La fermeture de la Chine, la guerre commerciale entre cette dernière et les Etats-Unis et les tensions macroéconomiques et politiques générales ont un impact direct sur ce marché. 

Volonté de traçabilité

Ce qui a aussi énormément évolué depuis 1989, c’est la volonté du marché d’avoir une traçabilité de ses pierres précieuses. Le commerce illicite a ainsi beaucoup diminué dans le monde grâce au processus de Kimberley. Les contrôles internes et les certifications (GIA, HRD) sont devenus la norme avec des clients devenus de plus en plus exigeants. De Beers a été l’un des premiers acteurs à miser sur l’éducation, l’authenticité, la traçabilité dans ce secteur. Le groupe a même investi dans la technologie blockchain en 2018 avec la plateforme Tracr afin de pouvoir tracer les gemmes de la mine au client final. En Suisse, c’est l’entreprise Gübelin, associée à la société minière Fura Gems, qui a lancé la Provenance Platform Blockchain en février 2019. Cette technologie de traçabilité assure la promotion de la transparence dans cette industrie.

Les diamants de laboratoire

Aujourd’hui, le nouveau challenge de ce marché est l’arrivée en force des diamants de synthèse, indifférenciables à l’œil nu des diamants naturels.  Le conglomérat De Beers s’y est mis l’an dernier en lançant des collections de pierres colorées de synthèse à 800 euros le carat, soit cinq fois moins cher que les pierres naturelles. Produits en quelques semaines seulement dans un laboratoire alors qu’un diamant naturel est âgé d’un à trois milliards d’années, les diamants artificiels représentent 5% des ventes totales. 

A mesure que la technologie va se développer, leurs prix baisseront encore, préviennent les experts. Outre le fait que les prix pourraient s’effondrer, l’autre risque vient des mêlées mélangeant diamants naturels et diamants synthétiques. Et certains vendeurs n’indiquent pas toujours que leurs diamants sont de laboratoire, explique Elke Berr. Mais l’experte estime qu’en règle générale, les fraudes peuvent être facilement décelées du fait des prix fixes. «Des prix trop bas signifient d’office qu’il s’agit d’une fraude.» Un autre risque provient toutefois des techniques ultraperformantes pour purifier certains diamants en leur enlevant des défauts, par exemple. «D’où l’importance de demander des certificats reconnus internationalement et surtout de les comprendre.»  

Ventes aux enchères

La Suisse conserve un rôle majeur sur le marché des enchères de haute joaillerie, commente David Bennett. «Au cours des dix dernières années, Sotheby’s a vendu quelques-uns des plus importants diamants du monde, du Graff Pink et Blue Moon of Josephine au prestigieux diamant historique Beau Sancy, établissant de nombreux records.» Si Hongkong a renforcé sa position, Genève demeure une destination de choix pour les collectionneurs et les marchands qui apprécient la longue tradition joaillière de la ville et l’émulation qui accompagne les deux semaines de vente annuelles. 


«La suisse joue un rôle central»

En 1989 Il y a trente ans, le marché du diamant brut, contrôlé par l’Afrique du Sud, présentait deux caractéristiques: des pratiques monopolistiques et des précautions inouïes pour tenter de camoufler la provenance et le réseau de fournisseurs. Le cartel du diamant (Central Selling Organisation) est alors dominé par le groupe sud-africain De Beers, qui contrôle 85% de la production mondiale. 

La Suisse, quant à elle, sert de théâtre aux transferts de diamants, selon l’auteur de l’article publié par Bilan, grâce notamment à ses ports francs. Le pays a ainsi toujours été un acteur important du commerce de diamants, mais apparemment pas une plaque tournante comme Anvers, Tel-Aviv ou New York. 

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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