Bilan

Deux genevoises veulent mesurer le bien-être au travail

La startup Job Crafting a conçu un test adapté à toutes les entreprises pour mesurer et améliorer la qualité de vie au travail, sans se limiter au stress ou au burnout.

Mireille Spycher Chabry et Filipa de Sà, cofondatrices de Job Crafting.

Crédits: Hakim Boulouiz

Coût du stress au travail, dégâts collatéraux du burn-out, problématique de l’absentéisme… On trouve de plus en plus d’études pour mesurer et chiffrer le coût de mauvaises conditions de travail, mais bien peu sur son pendant positif : le bien-être au travail. « D’autres pays sont un peu plus en avance que la Suisse sur la mesure du bien-être au travail, mais globalement, nous avons encore du mal à avoir une vision claire de sa valeur ajoutée, à la fois pour les employés et pour les entreprises », commente Filipa de Sà, co-fondatrice de Job Crafting à Genève.

Le concept de "job crafting", qui rencontre un écho croissant dans les ressources humaines et le coaching, se définit notamment par l'action de "façonner" son travail, pour améliorer son bien-être et sa motivation au travail. 

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Problème : le bien-être au travail est encore aujourd’hui surtout abordé de manière qualitative - donc difficile à mesurer - ou subjective, dépendant de chaque travailleur. De nombreux rapports ont par contre établi une corrélation entre bien-être au travail et productivité. « Nous avons décidé avec Job Crafting de proposer un moyen de mettre des éléments factuels sur la table, pour mesurer et surtout améliorer si besoin le bien-être au travail », ajoute celle qui a passé plus de dix ans dans le secteur bancaire, avant de se reconvertir dans les ressources humaines. 

Analyse factuelle 

Le projet de Job Crafting a démarré quand Filipa de Sà a suivi une formation de coaching, où elle y a rencontré celle qui allait devenir son associée, Mireille Spycher Chabry, qui dispose plus de 20 ans d'expérience dans le domaine de ressources humaines et du coaching. « Nous avons réuni nos compétences et développé un test psychométrique évaluant le bien-être et la qualité de vie au travail, avec l’appui d’un assistant de la Faculté de psychologie de Genève ». Un travail de plusieurs mois a été nécessaire pour mettre en place ce test, qui évalue sept dimensions.  

Dans le détail, le test commence par évaluer l’environnement de travail, puis les comportements et relations, mais aussi les compétences, jusqu’à la vision entrepreneuriale de l’entreprise, son identité et ses valeurs. L’objectif est d’observer les résultats aussi bien au niveau individuel que global et de fournir un cadre de référence pour engager des actions si nécessaire. Un brevet est en cours d’obtention pour la méthodologie du test.  

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Pour Mireille Spycher Chabry, l’ensemble de ces facteurs ont des répercussions sur le niveau de bien-être et de qualité de vie au travail. Pour elle, il est essentiel de s’en préoccuper car des phénomènes comme le burn-out ou le mal-être au travail ont des coûts directs et indirects importants pour les entreprises. « Les nouvelles générations Y et Z, mais aussi les X, prennent conscience de la valeur de la vie et veulent pouvoir concilier vie privée et professionnelle. C’est devenu davantage un enjeu de notre époque qu’une question de génération ! Les collaborateurs recherchent du sens, de l’estime pour leurs compétences et leur personnalité, mais aussi davantage des mentors que des dirigeants».  

Pour toutes les entreprises 

Pour les fondatrices, un tel test répond à un besoin croissant des entreprises pour l’évaluation du bien être des collaborateurs. Bien sûr, de grands programmes dédiés au bien-être existent parfois déjà dans de grandes entreprises ou parmi les employeurs publics. « Notre différence est d’être indépendant et surtout de permettre une analyse de terrain ».

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Pour garantir de bonnes conditions et des réponses proches de la réalité, le test est réalisé de manière anonyme. Pour les deux entrepreneures, le test est adapté à tous les secteurs et toutes les tailles d’entreprises. Dans le cas des PME, le test devient intéressant à partir d’une dizaine de collaborateurs. En deçà, il est plus pertinent d’avoir une approche personnalisée avec des entretiens individuels. 

Responsabilité collective 

Pour les fondatrices de l’entreprise, il faut se méfier des modes et autres recettes miracles à appliquer pour améliorer le bien-être en entreprise. L’analyse et les mesures doivent être adaptées à chaque contexte. Un département de plusieurs centaines d’ingénieurs et des employés d’une PME n’auront pas toujours les mêmes critères et attentes, d’où l’intérêt de l’évaluation. Enfin, le bien-être n’est pas uniquement la responsabilité de la direction de l’entreprise.

« Cela dépend aussi de la bonne volonté des collaborateurs et de toute l’entreprise, y compris les managers, Durant la phase de création de Job Crafting, nous avons réalisé un sondage auprès plusieurs entreprises pour leur demander si d’après eux le bien-être était une responsabilité individuelle, collective ou institutionnelle. Les résultats ont très majoritairement penché pour le collectif ». 

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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