Bilan

Deux Genevois dans le sillage de Google

Les deux frères Philippe et Loic Gouzer travaillent avec l’ONG Oceana, qui veut lutter contre la surpêche illégale dans le monde grâce à la mise en place d’un «Google Earth» des océans.

Philippe et Loïc Gouzer organisent une soirée de présentation à Genève le 6 septembre.

Crédits: Rebecca Bowring

Le projet s’appelle Global Fishing Watch. Sorte de «Google Earth» des océans, ce système de satellites permettra de surveiller en temps réel les activités de pêche commerciale partout dans le monde. Le programme, issu d’un partenariat technologique entre SkyTruth, l’ONG Oceana et Google, sera lancé officiellement d’ici à quelques semaines aux Etats-Unis par John Kerry et Barack Obama. Il devrait apporter plus de transparence à un secteur sclérosé et éviter ainsi les actions clandestines qui déstabilisent l’écosystème des océans. 

Préserver l’univers marin est le cheval de bataille d’Oceana, où travaille le Genevois Philippe Gouzer, biologiste marin: «La mer peut nourrir un milliard de personnes chaque jour, et probablement plus si elle est bien gérée. Malheureusement, la surpêche diminue le stock de poissons chaque année.»

Son frère Loic, lui aussi impliqué au sein de l’ONG américaine en tant que membre du conseil d’administration, s’alarme: «90% des grands prédateurs ont disparu en l’espace de 50 ans dans les océans. Il n’y a pratiquement plus de requins ni de coraux.» D’où la nécessité de mieux gérer les ressources marines, qui procurent nourriture et emplois à travers le monde.

«Non seulement près de 30% des poissons vendus en Europe et aux Etats-Unis proviendraient de la pêche illégale, mais les méthodes des responsables sont terribles, pratiquant parfois jusqu’à l’esclavagisme», souligne le biologiste marin. «Les pilleurs de la mer se sentent invincibles car ils sont invisibles», rajoute Loic Gouzer. Les deux frères espèrent que le programme mis au point par Google, associé à la volonté des Etats d’agir, mette un terme à leurs agissements. Selon eux, l’Europe et les Etats-Unis ne seraient pas les meilleurs élèves en termes de respect des quotas de pêche.

Levée de fonds

Alors qu’il manque un quart de la somme nécessaire (10 millions de francs) au lancement du système de satellites, les deux Genevois organisent le 6 septembre, à la Société nautique de Genève, une présentation de l’ONG et du programme de Google pour un petit comité de personnalités sensibles à la cause marine. 

Loic Gouzer, également vice-président de Christie’s, orchestre par ailleurs régulièrement des ventes aux enchères à New York en faveur d’Oceana. L’ami des stars – il est très proche notamment de l’acteur Leonardo DiCaprio qui fait partie des grands donateurs de l’ONG – a même réussi à convaincre certains de ses clients à reverser une partie du montant de la vente de leurs tableaux à l’organisation. Le prochain objectif de celui qui est aussi un grand amateur de chasse sous-marine: organiser une campagne mondiale pour la protection des requins. 

Malheureusement, la recherche de fonds pour l’environnement reste très difficile, indiquent les deux Genevois. Seul environ 1% de la philanthropie mondiale est consacré à cette cause alors qu’en comparaison, plus de 40% des dons privés vont à l’Eglise aux Etats-Unis. Oceana a pu profiter de la politique du géant Google, qui met à disposition gracieusement sa technologie si un projet améliore l’état du monde.

«C’est le côté positif du big data», commentent les deux ambassadeurs de l’ONG. La multinationale américaine est par ailleurs en train de développer un système similaire de surveillance pour les forêts, le Global Forest Watch, afin d’empêcher, notamment, la déforestation en Amazonie.

Quant à Oceana, l’ONG effectue également un travail de lobbying régulier auprès de l’Union européenne afin que cette dernière mette en place des quotas scientifiques pour la pêche. «Si on gère mieux les ressources marines, cela va engendrer plus de travail, plus de poissons et plus de ressources au final», rajoute Philippe Gouzer. Qui conclut: «C’est le message que nous essayons de faire passer aux politiques.» 

Chantal Mathez

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."