Bilan

Deux ex-employés argentins accusés

Deux anciens collaborateurs de la Banque Lombard Odier font partie des 25 accusés dans le cadre du procès à Buenos Aires de l’entrepreneur Lazaro Baez pour blanchiment.

L’entrepreneur argentin, Lazaro Baez, actif dans la construction, lors de son procès.

Crédits: Eitan Abramovich/AFP

Nouveau rebondissement dans le procès de Lazaro Baez, entrepreneur argentin actif dans la construction lié aux époux Kirchner, accusé de blanchiment. Quatre mois après le début du procès à Buenos Aires, la justice argentine s’intéresse désormais à deux anciens collaborateurs de Lombard Odier. Selon l’acte d’accusation dont Bilan a obtenu copie, Martin Andrés Eraso et Juan Alberto de Rasis, deux ex-employés de l’établissement genevois, ainsi que quatre autres Argentins, sont accusés de blanchiment d’argent. Ils viennent compléter une liste de 25 accusés dans ce procès qui devrait s’achever dans quelques mois.

Selon cet acte datant de début février, Martin Andrés Eraso et Juan Alberto de Rasis, entre autres, «sont intervenus dans la création d’une structure juridique, de sociétés et bancaire à l’étranger pour la canalisation, la conversion, le transfert, l’administration, la vente, la dissimulation, voire la mise en circulation sur le marché des fonds de provenance illicite de Lazaro Baez (…) durant une période comprise entre 2010 et 2013. Cette manœuvre a été effectuée au moyen de procédés financiers complexes pour transférer, au minimum en tenant compte de la période 2010-2011, une somme proche de 60 millions de dollars.» Le circuit de blanchiment passe notamment par des sociétés-écrans au Belize et au Panama.

Contactée pour savoir si elle a failli à son devoir de contrôle concernant l’origine des fonds lors de l’ouverture des comptes par ses deux ex-collaborateurs, Lombard Odier répond: «De manière générale, la banque ne commente pas une procédure en cours. Elle ne fait l’objet d’aucune procédure dans le cadre de ce dossier et collabore pleinement avec les autorités compétentes.» 

C’est la première fois que des Argentins ayant travaillé pour une banque suisse doivent faire face à la justice argentine. 

Refus d’extradition

Dans un autre volet de cette affaire, un résident suisse intéresse particulièrement le juge Sebastian Casanello. Ce dernier a demandé à plusieurs reprises l’extradition de Nestor Marcelo Ramos, binational argentin et italien qui vit au Tessin depuis 2005. Il est considéré comme l’une des pièces maîtresses de ce réseau de blanchiment. La première demande à l’Office fédéral de la justice (OFJ) a été effectuée en octobre 2016. L’OFJ a réagi en demandant des compléments d’informations. Ceux-ci ont été fournis, mais les autorités suisses ont une nouvelle fois demandé davantage d’informations, en septembre 2017. Début juillet, l’OFJ a reçu des compléments au dossier. Depuis plus de six mois, la justice suisse les examine. 

Dans cette affaire, deux aspects ont provoqué la réaction des milieux politiques. D’un côté, les refus de l’OFJ face aux demandes d’extradition répétées des autorités argentines. De l’autre, la libération de fonds considérés par la justice argentine comme d’origine illicite. Après les avoir bloqués en 2013, le Ministère public de la Confédération (MPC) les a débloqués l’année suivante.

Conséquence: la justice suisse a fait l’objet d’une interpellation parlementaire du conseiller national Carlo Sommaruga le 14 décembre dernier. Ce dernier demande des explications concernant le refus d’extradition de Nestor Marcelo Ramos et le déblocage prématuré des fonds. Interrogé, l’OFJ a répondu par mail la semaine dernière. «L’Office fédéral de la justice a examiné les compléments d’informations et prendra bientôt une décision d’extradition. Il a examiné en particulier si les faits reprochés dans la demande sont également punissables en vertu de la législation suisse. Cet examen prend toujours un certain temps, en particulier s’il s’agit d’une affaire complexe comme dans le cas d’espèce», répond son porte-parole dans un mail. De son côté, l’Autorité de surveillance du MPC a indiqué qu’il apportera dans les prochains jours une réponse à l’interpellation de Carlo Sommaruga.

Quant aux deux ex-employés de Lombard Odier, ils risquent dix ans de prison. 

Daniel Eskenazi

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