Bilan

Des téléphones fixes suisses à la conquête du monde

Deux sociétés romandes, Telgo et Swissvoice, tirent leur épingle du jeu. Leurs points forts? Les prix ou un design innovant.

Malgré la déferlante des mobiles, le téléphone fixe n’est pas mort. Au contraire. La fribourgeoise Telgo, qui commercialise ses téléphones sous la marque Switel, fête cette année ses dix ans d’existence. Basée à Granges-Paccot, l’entreprise emploie 20 personnes. Et son fondateur et directeur général Sélim Dusi affirme qu’elle est rentable. Lorsque cet ingénieur chimiste, diplômé de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, s’est lancé dans cette aventure, il bénéficiait d’une expérience de dix ans dans le secteur. En 2001, il investit quelques centaines de milliers de francs pour mettre sur pied Telgo. L’entreprise part de zéro, mais elle jouit du savoir-faire et du carnet d’adresses de son fondateur. Résultat: actuellement, un téléphone fixe sur quatre vendus en Suisse est estampillé de sa marque Switel. Et les modèles Durabase vendus par la Migros sont aussi fabriqués, en Extrême-Orient, par Telgo.

«Notre stratégie se base sur le volume, nous sommes très agressifs pour les appareils d’entrée de gamme, nos terminaux sont comparables techniquement à l’offre des concurrents comme Gigaset (ex-Siemens), Panasonic ou Philips, mais nos prix sont nettement inférieurs puisque notre gamme va de 29 à 99 francs», précise Sélim Dusi en présentant son catalogue sur un iPad. Dans ses nouveautés, Switel propose notamment le DCT 5571, un téléphone sans fil avec répondeur qui offre un large écran de 5,3 cm de diagonale. Un appareil avec le label «Ecomode» qui réduit le rayonnement lors d’une communication. Telgo mise aussi sur deux marchés de niche: les bébés et les seniors. Elle commercialise une gamme baptisée «Babies & Kids», des produits électroniques pour nourrissons et jeunes enfants. Pour les plus âgés, la société propose des téléphones simplifiés, fixes et mobiles. Dotés de grosses touches, ces modèles sont compatibles avec une aide auditive. «Notre réussite résulte de la combinaison de trois facteurs: la connaissance optimale de la chaîne de valeur ajoutée du fabricant aux consommateurs, une gamme de produits innovants et une forte réactivité face aux désirs des clients», analyse Sélim Dusi. Déjà présente dans de nombreux pays européens et au Moyen-Orient, Telgo est en train de s’étendre à l’international. Mais la société souhaite rester petite pour être très réactive. Elle se concentre sur ses marchés et son secteur «recherche & développement» est sous-traité.

Jean-Claude Lebrun  Le propriétaire de Swissvoice vise «les créneaux moyen et haut de gamme».

Fabriqués en Asie mais pensés en Suisse

Stratégie différente chez le vaudois Swissvoice, un spin-off d’Ascom, qui développe ses téléphones dans ses centres de recherche à Hägendorf (Soleure) et Paris. «Nos appareils sont fabriqués en Asie, mais alors que d’autres sociétés se contentent de puiser dans le catalogue proposé par les usines, Swissvoice développe ses propres modèles», martèle Jean-Claude Lebrun qui possède l’entreprise. Basée à Aubonne, Swissvoice compte 60 salariés, dont 34 ingénieurs. En 2006, elle s’est relancée en développant des terminaux «fulleco». Des appareils intelligents qui n’émettent plus aucun rayonnement en mode veille, même lorsque les combinés ne sont pas posés sur leur station d’accueil. Aujourd’hui, l’entreprise travaille sur des téléphones utilisant le protocole IP qui permet la téléphonie sur Internet. Les premiers modèles VoIP seront commercialisés l’an prochain par Swisscom. Swissvoice est, avec Gigaset, l’un des deux principaux fournisseurs de terminaux fixes du géant bleu. «Nous développons les téléphones, et Swisscom les commercialise sous sa marque», précise Corinne Mugnier, responsable du marketing. «Nous représentons globalement 23% des ventes en Suisse», affirme Jean-Claude Lebrun. L’équipementier a frappé un grand coup l’an dernier avec son modèle ePure. Un téléphone sans fil DECT au design novateur par rapport à la concurrence. «C’est à la fois un appareil de qualité et un objet de décoration», lance fièrement Jean-Claude Lebrun. Un bureau d’architectes a même acheté l’ePure simplement pour l’exposer dans ses locaux, sans le brancher au réseau. En un an, quelque 200 000 pièces ont été vendues dans toute l’Europe. L’ePure a séduit de grands opérateurs tels Swisscom, KPN, Vivacom ou Belgacom. Swissvoice compte profiter de ce succès historique pour faire tache d’huile dans le monde et, après son développement en Asie, s’ouvrir à d’autres marchés, notamment au Brésil. L’entreprise développe une large gamme de produits pour rester durablement sur les rayons. Son dernier-né, le BTouch, peut être synchronisé via la technologie Bluetooth avec quatre téléphones mobiles. A la maison, cela permet de répondre sur cet appareil fixe à un appel reçu sur son cellulaire. «Nous nous positionnons comme une marque premium de qualité et novatrice en ciblant les créneaux moyen et haut de gamme avec des prix qui varient entre 80 et 250 francs», détaille Jean-Claude Lebrun. Depuis 2007, Swissvoice a doublé son chiffre d’affaires et prévoit un montant de 22 millions de francs pour cette année avec 650 000 appareils vendus.

Modèles ePure  Swissvoice a vendu en une année quelque 200 000 de ces téléphones sans fil très design.

En chiffres

En 2010, selon les estimations des équipementiers, il s’est vendu en Suisse environ 800 000 appareils pour le réseau fixe pour un montant estimé à 70 millions de francs. En comparaison, il devrait se vendre 3,7 millions de téléphones portables en 2011. Pas facile de connaître avec précision la part de marché des sociétés, surtout que Swisscom ne fait que vendre sous sa marque des terminaux produits par divers équipementiers. En Suisse, la téléphonie fixe compte cinq acteurs principaux: Gigaset (ex-Siemens), Switel, Swissvoice, Philips et Panasonic.

Crédits photos: Charly Rappo, Olivier Evard, dr

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Luigino Canal

Journaliste

Lui écrire

Licencié en économie (Université de Genève), journaliste indépendant spécialisé en télécommunications, économie et investigation notamment avec des enquêtes sur le blanchiment d’argent et les escroqueries financières, Luigino Canal a été pendant 15 ans le correspondant en Suisse pour le quotidien économique français «Les Echos». Il a collaboré avec de nombreux médias suisses et italiens (Corriere della Sera, l’Espresso). Il se concentre désormais sur les grandes fortunes. Il participe depuis 15 ans à l’élaboration du classement de Bilan des 300 plus riches de Suisse.

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