Bilan

Des vidéos d’enfants pour parler anglais

La startup neuchâteloise Kokoro Lingua propose des vidéos hebdomadaires où les acteurs-enseignants sont de jeunes anglophones natifs. Elle s’est étendue aux cours de français.

Nathalie Lesselin, fondatrice et directrice de la startup Kokoro Lingua.

Crédits: Guillaume Perret/lundi13

Nathalie Lesselin, fondatrice et directrice de la startup Kokoro Lingua, a le sourire. Sa plateforme cartonne auprès des enfants de 3 à 8 ans. Elle propose des vidéos hebdomadaires d’une dizaine de minutes chacune pour se familiariser avec l’anglais. Quelle est l’originalité de la méthode d’apprentissage? Les enseignants qui paraissent dans ces vidéos sont de jeunes enfants anglophones natifs.

Fondée en 2019, la startup est suivie par «quelque 50 000 enfants. Nous espérons en convaincre 3 millions d’ici à trois ans, avance Nathalie Lesselin. Jusqu’à présent, nos vidéos étaient essentiellement visionnées dans le cadre familial. Désormais, des écoles à l’étranger nous font confiance.»

La startup, dont la méthode peine à entrer dans le système scolaire suisse, a en revanche trouvé plus de reconnaissance à l’étranger. Médaille d’0r au Concours Lépine, finaliste aux BETT Awards de Londres ou vainqueur aux GESS Awards de Dubaï, Kokoro Lingua multiplie les partenariats via des distributeurs. «Nous sommes présents au Japon, au Mexique, au Moyen-Orient et au Canada», poursuit Nathalie Lesselin. Soutenue par le Ministère des affaires étrangères en France, la jeune pousse suisse va lancer dès novembre des cours de français sur le même modèle. «Nous avons également régulièrement des demandes pour des cours d’allemand», se réjouit-elle.

Autofinancée et bénéficiaire, Kokoro Lingua vise un chiffre d’affaires de près d’un million de francs et travaille avec une équipe de cinq collaborateurs fixes et d’une quinzaine d’indépendants. Le coût de l’abonnement se chiffre à 135 francs par année. «De nombreuses études démontrent le potentiel des enfants avant 8 ans dans la perception et la reproduction des différentes langues. Si ces capacités ne sont pas activées, elles finissent par régresser, et l’enfant aura plus de difficultés à entendre et donc à prononcer les différentes tonalités d’une langue. En un an, l’enfant assimile 250 mots et expressions de la langue anglaise courante qu’il prononce avec un accent juste grâce à ses petits profs anglophones natifs», explique Nathalie Lesselin.

Chocs culturels

Nathalie Lesselin n’a jamais travaillé dans l’enseignement mais s’est entourée d’une équipe de professionnels de l’éducation. Elle a fait toute sa carrière dans le développement de produits à l’international. «J’ai grandi en Bretagne. A l’âge de 16 ans, j’ai été marquée par le roman japonais Kokoro qui signifie le cœur, l’âme et l’esprit. Un véritable choc culturel», se souvient-elle. Elle décide d’économiser des sous pour découvrir ce pays. Pourtant, à 21 ans, elle part travailler au Canada durant cinq ans avant de concrétiser son rêve. Elle suit alors des cours intensifs de japonais puis travaille pour le couturier Kenzo. «Il m’a beaucoup inspiré. Après six ans au Japon, Kenzo m’a proposé de rejoindre le groupe à Paris.»
Elle subit alors un nouveau choc culturel. «C’est une ville où il faut parler plus fort que les autres pour exister.»

Son conjoint, Normand, l’a suivie du Japon à Paris. C’est à elle de le suivre quand il est muté à Neuchâtel. Elle trouve une place dans le marketing chez Gucci avant de rejoindre une startup. Pourtant, un accident va transformer sa vie. Un double traumatisme crânien, suivi d’une longue rééducation, l’incite à changer sa vision du monde. «J’avais envie de faire quelque chose qui a du sens.» Après de nombreuses lectures sur les neurosciences et un intérêt marqué pour la pédagogie Montessori, Nathalie Lesselin lance Kokoro Lingua par financement participatif. Elle trouve rapidement six familles anglophones dont les enfants sont prêts à se transformer en jeunes enseignants. Désormais, la relève est trouvée. Plusieurs élèves romands ont manifesté leur intérêt à devenir eux-mêmes des professeurs de français.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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