Bilan

Des professions en manque d’apprentis

Nombre de métiers, comme boulanger ou boucher, sont délaissés par les jeunes alors même qu’il existe une pénurie de personnes qualifiées.

Crédits: FG Trade/Getty images

Si certaines professions semblent boudées par les jeunes, à l’inverse, certains patrons renoncent aussi à former des apprentis. Ils évoquent notamment l’accumulation de normes administratives toujours plus strictes et exigeantes. Le manque de temps est aussi mentionné. «Former l’oreille d’un apprenti prend énormément de temps, ce dont je manque, car je parcours 80 000 km par année pour voir mes clients, note Stephan Genand qui possède un magasin de pianos à Vevey (VD), fondé par son grand-père. A l’avenir, les pianos seront certainement accordés par des machines avec un résultat sonore médiocre.»

Parallèlement, certaines places d’apprentissage sont boudées, comme les métiers de boulanger ou de boucher. «De nombreux parents ne veulent plus que leur enfant apprenne un métier artisanal, constate Claudia Vernocchi, directrice adjointe de l’Association suisse des boulangers confiseurs. Pour les jeunes qui quittent le cocon familial, le passage de la vie scolaire au monde des adultes n’est souvent pas si facile. Mais c’est une excellente préparation à la vie professionnelle et une école de la vie.»

«L’ancestral métier de boulanger disparaît, au même titre que le forgeron ou le maréchal-ferrant», s’inquiétait Stéphane Mercuri quelques mois avant de céder en 2019 sa boulangerie à Senarclens, près de Cossonay (VD). Au début des années 80, on trouvait encore 4600 artisans boulangers en Suisse, contre environ 1000 actuellement. En trente ans, deux tiers d’entre eux ont disparu.

Même combat du côté des bouchers. Il y a trente ans, il existait plus de 2000 boucheries artisanales en Suisse. Le chiffre a été divisé par deux. L’Union des professionnels suisses de la viande (UPSV) estime que la Suisse aurait besoin de 400 nouveaux apprentis bouchers-charcutiers par année, alors qu’en 2019, ils étaient seulement 200 à avoir commencé cette formation.

Places vacantes dans l’industrie

Certains métiers souffrent d’une image vieillotte. C’est par exemple le cas dans le secteur de l’industrie, qui forme actuellement environ 20 000 apprentis. Pourtant, en 2018, environ 8% des places d’apprentissage sont restées vacantes. «L’enquête effectuée auprès de nos membres révèle que 76% d’entre eux souhaitent continuer à former des apprentis, constate Philippe Cordonier, responsable romand de Swissmem, association faîtière de l’industrie des machines. Le recrutement de personnes qualifiées s’apparente aujourd’hui déjà à un défi. A l’avenir, il y aura un besoin croissant de personnes qualifiées dans presque toutes les professions, notamment dans les métiers de polymécaniciens-nes, dessinateurs-trices, constructeurs-trices industriels-les et automaticiens-nes.»


«Les traducteurs vont devenir des produits de luxe»

L’intelligence artificielle va bouleverser des métiers, selon Laura Tocmacov Venchiarutti, directrice de la Fondation ImpactIA.

Vous estimez que très vite, les traducteurs vont devenir inutiles en raison des progrès de l’intelligence artificielle (IA). Pourquoi?

Lancé en 2006, Google Traduction produisait au début des résultats à peine compréhensibles. Lorsqu’en 2017, les systèmes de traduction sont passés aux réseaux neuronaux profonds, il y a eu un énorme saut dans la qualité. Une entreprise allemande, Deepl, s’est imposée comme leader sur les langues d’Europe occidentale. La qualité de ses traductions rivalise avec celle d’un humain bilingue. Nous n’aurons donc certainement plus besoin de traducteurs humains d’ici dix ans. Au-delà, ils seront un produit de luxe.

Vous établissez une liste de 17 métiers liés à l’IA. Comment peut-on se former à de telles spécialisations?

La fondation ImpactIA a commencé à développer des formations et des certifications pour ces métiers, notamment avec l’Ifage (Fondation pour la formation des adultes à Genève). Nous avons également initié la création d’une association professionnelle «intelligencIA». Et nous sommes en train de créer un répertoire - AISearch.ch - qui sera mis en ligne très bientôt. Cet outil regroupe toutes les formations en lien avec l’intelligence artificielle en Suisse.

Pour être en phase avec le rôle qu’aura acquis l’IA d’ici quelques années, quelles sont les filières à privilégier dès aujourd’hui?

Bien sûr, il y a les filières technologiques. Mais pas seulement. Il va y avoir des besoins de compétences non techniques. Et c’est là que le vide est le plus important actuellement. Certaines HES, universités ou Business Schools ont réagi ces deux dernières années en nous demandant d’intervenir avec des programmes dédiés.

Que préconisez-vous au niveau de la formation pour que la Suisse relève le défi de l’IA?

Les écoles doivent intégrer un apprentissage de l’IA par la pratique. Et cela autant au niveau de l’école obligatoires que des études secondaires. Attendre des stages pour transférer les compétences à l’âge adulte s’avère inefficace. Nous perdons malheureusement trop de cerveaux brillants en route. 

En vidéo sur bilan.ch: Laura Tocmacov Venchiarutti présente les métiers de l’avenir liés à l’IA

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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