Bilan

Des comptes dans le rouge pour Crans-Montana

Le patron des remontées mécaniques s’en prend à nouveau aux dirigeants de la promotion de la station. Il estime que le marketing de la destination est lacunaire.

Les tensions restent vivent sur le Haut-Plateau.

Crédits: Keystone

Les tensions restent vives sur le Haut-Plateau! Alors que les résultats des Remontées mécaniques de Crans-Montana Aminona (CMA) pour l’année 2018 ne sont guère convaincants malgré de très bonnes conditions d'enneigement et une météo favorable, Philippe Magistretti, président et administrateur-délégué, critique à nouveau la stratégie de Crans Montana Tourisme & Congrès dans le rapport de gestion de sa société qui vient d’être publié.

Perte de 3,1 millions

Pour la deuxième année consécutive, CMA affiche une perte d’exploitation. Elle s’est élevée à 3,1 millions de francs en 2018 contre 6,4 millions de francs en 2017. En raison de la hausse de la fréquentation du domaine skiable, les recettes d’exploitation ont progressé de 24% pour atteindre 21,8 millions de francs.

Mais cette augmentation n’a pas suffi pour compenser les charges d’exploitation qui restent élevées à 24,9 millions de francs. Seule consolation : le résultat ebitda (c’est-à-dire avant amortissements) a progressé de 400 000 francs à 4,6 millions de francs. Le bénéfice net de 26 millions de francs n’est pas significatif: il résulte de la vente de la participation CMA Immobilier à CPI Property Group.

Autre ombre au tableau: le réviseur des comptes attire l’attention des actionnaires sur le fait qu’un prêt à long terme et des créances à court terme envers la société soeur CMA Immobilier pour un montant total de 18,4 millions de francs accordés malgré le manque de réserves librement disponibles «constituent un remboursement de capital prohibé.»

Impact négatif du Magic Pass

Dans l’introduction du rapport de gestion 2018, Philippe Magistretti ne cache pas sa déception: «Le fait que la société ne dégage pas un profit dans une année exceptionnelle appelle à une réflexion en profondeur vis-à-vis de nos actionnaires à qui le management doit présenter un plan durable de développement économique.»

Le bras droit de Radovan Vitek, propriétaire de CMA via CPI Property Group, constate que le Magic Pass affecte les revenus. «Ce produit a eu deux effets indésirables sur notre société. Tout d’abord, une perte importante du chiffre d’affaires par rapport à la tarification traditionnelle dans un exercice favorable que nous estimons, pour l’année 2018, à plus de deux millions de francs. Ce produit assure un chiffre d’affaires minimum avant le début de la saison et, en cas de mauvaise météo, l’impact sur notre compte d’exploitation s’en ressent moins. Cela signifie que si nous avions une année déplorable pour le ski, nous aurions l’assurance d’un revenu minimum, mais que lors de saisons comme 2017/18 et 2018/19, abondantes en neige et avec une météo favorable, cet abonnement plafonne nos recettes. Notre analyse du pricing actuel montre de manière indiscutable qu’il s’agit d’une assurance très chère.»

"Ces critiques sont regrettables"

Philippe Magistretti s’en prend aussi à Crans Montana Tourisme & Congrès (CMTC). Il estime que «le travail de promotion de la notoriété de la destination est depuis quelques années pratiquement inexistant avec des effets négatifs à court et à moyen terme.» Et d’ajouter: «les dirigeants se doivent de regarder la réalité en face: notre station est aujourd’hui mal positionnée et son marketing est lacunaire.»

Directeur de CMTC, Bruno Huggler conteste. «Ces critiques sont regrettables de la part d’un partenaire-clé de la station. Elles sont d’autant plus choquantes que CMA siège au sein de notre comité. Sa déléguée a contribué à l’élaboration de la stratégie et l’a validée entièrement. Il n’y a jamais eu de remise en question sur le fond du travail de CMTC», affirme-t-il à Bilan.

«En revanche, insiste Bruno Huggler, il serait nécessaire que CMA précise sa propre stratégie et amène sa vision de manière constructive pour le développement de l’ensemble de la destination. J’ai l’impression que Monsieur Magistretti veut nous faire porter la responsabilité des difficultés financières de CMA. Ce n’est pas une attitude responsable.»

Une clientèle moins sportive

Dans un article publié l’an dernier, Bilan montrait que les remontées mécaniques de Verbier résistaient mieux que celles de Crans-Montana face à la baisse du marché du ski dans les Alpes. Parmi les raisons invoquées figuraient la structure et les activités de la clientèle. «Le positionnement de Verbier est axé sur la pratique du ski et du freeride. Son image est sportive et branchée. Ce qui n’est pas le cas de Crans-Montana qui vend une palette d’activités plus large», expliquait Nicolas Délétroz, professeur à la Haute école de gestion & tourisme de Sierre.

«Le vieillissement de la population affecte beaucoup le Haut-Plateau où l’on séjourne moins pour skier qu’à Verbier. C’est surtout vrai pour la deuxième et troisième génération de résidents étrangers en provenance de France, d’Italie et du Benelux. On y vient désormais pour randonner et pour profiter du soleil», observait le consultant Laurent Vanat, qui publie chaque année un rapport consacré au marché international du ski.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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