Bilan

Dérivés de CBD: quelle efficacité?

Réputé relaxant, le cannabidiol est vendu aujourd’hui sous forme de gélules, huiles, bières, biscuits, eau... Des produits aux réelles vertus thérapeutiques ou opportunité marketing?

Le CBD est mieux absorbé par l’organisme quand il est pris avec un corps gras comme une huile végétale.

Crédits: Istock

Les produits dérivés à base de cannabidiol (CBD) connaissent un développement soutenu. Parmi les leaders suisses, la marque lausannoise Blossom a capitalisé en 2018 sur l’essor de ce marché. La startup, qui constate la stabilisation des ventes de la fleur à fumer, voit maintenant des thérapeutes conseiller sa gamme. Désormais, elle réalise 60 à 70% de son activité sur des produits tels qu’huiles, tisanes, baumes: «Nous avons mis plus d’un millier de boîtes de tisane au cannabis légal à vendre sur Qoqa, elles sont parties en quelques heures», relève Victor Mathys, cofondateur de la société. Produit phare, une huile à extraction lente au CO2, «qui conserve un large spectre de cannabinoïdes», pas uniquement le CBD.

Réalisés à partir de plantes suisses bio, les dérivés Blossom se retrouvent désormais dans certaines pharmacies comme la Pharmacie du Jazz à Montreux. «Nous proposons ces produits contre l’anxiété, les troubles du sommeil ou certaines douleurs», relève son responsable Thibault Mounard. Testée depuis trois mois, la gamme Blossom connaît un début «intéressant, mais qui demande à être confirmé» selon le pharmacien. Ce dernier la considère comme «un moyen de se différencier des grands groupes».

Le docteur Simon Reboh, pharmacien à Sen’Su Lausanne, commercialise également une partie des produits de Blossom et élabore dans son laboratoire ses propres préparations magistrales dont capsules et huiles. Il applique un principe de précaution en préparant des produits dans lesquels le CBD est strictement isolé: «On dispose d’études très sérieuses sur le CBD, j’estime que l’on n’a pas encore les mêmes certitudes sur les mécanismes et effets secondaires des autres extraits cannabinoïdes souvent contenus dans les huiles commercialisées.» 

Simon Reboh rend également attentif l’utilisation de certains produits vus sur le marché aujourd’hui: «Pour être pleinement absorbé par l’organisme, le CBD doit être pris avec un corps gras comme une huile végétale. Dans le cas d’extractions aqueuses comme des bières, tisanes ou eau au CBD, l’effet est plus léger, voire dans certains cas placebo.»

Victor Mathys, cofondateur de Blossom. (Crédits: Dr)

Loin du monde pharmaceutique, les produits dérivés de CBD sont largement distribués dans les shops spécialisés. Paul Monot, gérant du magasin DrGreen à Lausanne, relève certaines contraintes pour des produits encore classifiés comme denrées alimentaires: «Concernant notre huile, on a affaire à des personnes âgées pour soulager les douleurs liées aux rhumatismes ou à l’arthrite, mais on peut difficilement suggérer des indications de prise ou de posologie.» Une situation à clarifier pour le pharmacien Simon Reboh: «On ne peut pas donner n’importe quoi aux gens. La concentration peut varier de 5 à 15% selon la sensibilité du patient et doit faire l’objet d’une évaluation préalable.»

Ruptures de stock

Des réserves qui n’empêchent pas les commerçants de surfer sur la vague des produits dérivés. CBD Kingz, présent sur le créneau dès 2017, a même ouvert un second magasin à Lausanne-Flon en juin 2018. Dans les rayons, seules deux variétés d’huiles sur huit restent disponibles. «Il y a tellement de demandes que les fournisseurs n’arrivent plus à suivre. Nous avons des ruptures de stock», déplore Novely Narbel, fondateur. L’offre reste large, avec notamment des liquides à vapoter, des suppositoires et une huile pour animaux de qualité affichée «vétérinaire». Pour autant, pas de procédé particulier comme l’admet Novely Narbel: «En fait, c’est la même huile juste moins dosée, on ne dépasse pas les 5% de CBD pour les animaux.»

De quoi interroger sur l’effet d’opportunité dénoncé par des marques réputées comme Blossom et des spécialistes tel Simon Reboh: «Oui, les patients sont quasi unanimes sur les effets positifs du CBD, mais faute de labélisation, on voit des produits de qualités très diverses. Il faut rester prudent et se faire conseiller.» 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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