Bilan

Décoration murale: deux entrepreneurs nés dans la rue

Passés des tags urbains à la décoration murale, Baro et Kesh exercent aujourd’hui leurs talents en toute légalité. Les deux graffeurs professionnels connaissent un joli succès.
  • Baro a presque doublé son chiffre d’affaires en deux ans.

    Crédits: Dr
  • Kesh a réalisé des trompe-l’œil pour des entreprises comme Nespresso ou Migros.

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La Banque Raiffeisen, la police de Lausanne, Nespresso… La liste des entités ayant recouru aux services de Baro, 30 ans, et Kesh, 33 ans, est aussi longue que variée. Ces deux graffeurs professionnels indépendants réalisent plusieurs mandats chaque semaine, que ce soit la décoration d’une chambre d’enfant ou la réalisation d’une fresque pour une entreprise. Si aujourd’hui ils goûtent au succès, il n’en a pas toujours été ainsi.

Kesh, de Lausanne, a commencé les graffitis à 13  ans. Porté sur l’art et bon en dessin, il a «directement été passionné par cette nouvelle forme de peinture». De son côté, Baro, 30 ans, n’était pas un élève très assidu. Peu motivé à l’école, il dessine ses premiers graffs à 16  ans, «probablement en quête identitaire mais anonyme, paradoxalement». 

Bien que les graffitis soient illégaux, ils constituent un passage obligé pour les deux professionnels. C’est là qu’ils ont parfait leur technique. Baro a été arrêté de nombreuses fois à cause de sa passion. Aujourd’hui, il assume ses torts, fier d’avoir réglé toutes ses amendes «en faisant payer d’un côté pour ce qui m’était reproché de l’autre». Kesh a rarement eu affaire à la justice. Le graffeur neuchâtelois a commencé dans des endroits discrets, puis il est passé aux bordures d’autoroutes et aux gares. Il s’inscrit dans une démarche «d’embellissement de tristes murs gris».

Avant de se lancer en indépendants, ils ont suivi un parcours similaire. Baro, CFC de micromécanicien en poche, a travaillé dans l’horlogerie durant cinq ans. Parallèlement, il réalise en 2006 son premier mandat rémunéré dans la vallée de Joux. Il a été coaché par Roman Bourquin (créateur de l’hébergeur web EasyGiga).

L’entrepreneur garde un souvenir très positif de leur collaboration: «Il était vraiment très motivé, a appliqué à la lettre nos conseils.» Résultat, l’artiste lausannois a ouvert de multiples sites internet tous très bien référencés, ce qui lui a permis de multiplier les mandats et, in fine, de vivre de sa passion.

De son côté, Kesh a livré des pizzas et travaillé sur des chantiers avant de se consacrer entièrement à sa passion. C’était en 2011, l’année de naissance de sa fille. 

La recette de leur réussite? Pour Kesh, c’est le bouche-à-oreille: ses clients, très satisfaits, le recommandent. Le Neuchâtelois est connu pour son perfectionnisme, ce qui lui a permis de participer à des expositions. Dès 2011, il réalise des trompe-l’œil pour des entreprises telles que Nespresso ou Migros.

Baro mise sur le marketing: sur internet, il exploite une dizaine de sites dédiés au graff tandis que sa Porsche Cayenne recouverte de graffitis attire autant les regards que les clients. Résultat, il a déclaré en 2013 un chiffre d’affaires de 89 426 francs, contre 50 600 francs deux ans auparavant.

Autre atout: la diversification. En plus de la décoration de chambres d’enfants, ils réalisent des fresques et des trompe-l’œil ainsi que du graff sur toile. L’organisation d’événements avec le graffiti en toile de fond rencontre un succès certain, que ce soit des anniversaires, du team building ou encore du live painting. 

«Si on veut, on peut!»

Les deux graffeurs reconnaissent que l’image du graffiti a évolué de manière positive depuis les années 1980. Ils évoquent  l’influence d’artistes comme le mystérieux Banksy qui a popularisé le street art. Baro considère aussi que «les émissions dédiées à la déco ont ouvert les yeux des gens sur l’intérêt esthétique et décoratif que pouvait avoir le graffiti». In fine, les deux entrepreneurs considèrent qu’ils doivent leur succès à leur détermination. Leur conseil? «Si on veut, on peut!» 

Kesh: www.graff-it.ch
Baro: graffeur.ch

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