Bilan

Dans la jungle des fitness romands

Les ouvertures de sites se multiplient. La concurrence devient toujours plus rude sur un marché qui sera bientôt mature. Rencontre avec des experts du secteur.
  • Johann Ferré est l’un des fondateurs de SportQuest.

    Son créneau: la qualité.

    Crédits: Guillaume Mégevand
  • Philipp Mills (Les Mills) et Jean-Pierre Sacco (Let’s Go) ont lancé un studio Immersive.

    Crédits: Valdemar Verissimo

Le marché du fitness en Suisse réaliserait un chiffre d’affaires d’environ 750 millions de francs. Selon une étude récente, plus de 1,3 million de résidents suisses sont membres d’un fitness. «Entre 2006 et 2009, ce marché a progressé de 13% par année. Entre 2010 et 2014, la croissance était encore à deux chiffres (10%). Désormais, les experts misent sur un développement annuel de l’ordre de 3,5%, vu le nombre croissant d’acteurs», explique Sébastien Duvanel, nouveau CEO du groupe Silhouette.

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Ce dernier reste le leader sur Genève avec 24% de parts de marché en valeur. A l’heure où l’on assiste à une nette recrudescence des ouvertures de salles, quelle stratégie entend suivre Silhouette? «Notre priorité est de renforcer nos implantations actuelles dont le potentiel est encore important en les rénovant et en les modernisant. Selon les opportunités, nous améliorerons nos sites de Genève et Zurich, les deux villes où existe le plus fort potentiel à nos yeux.» 

Des cours en immersion virtuelle

Très ambitieuse, la chaîne Let’s Go a signé avec le leader mondial des cours collectifs de fitness, le néo-zélandais Les Mills, une exclusivité qui lui a permis d’ouvrir le premier studio Immersive du pays. Inauguré le 17 juin à Lausanne en présence de Philipp Mills, ce studio plonge ses participants dans différents environnements et parcours en images de synthèse. L’entraînement devient ainsi ludique et se transforme en une réelle expérience grâce à un système perfectionné de sons et lumières.

«L’installation coûte cher et les casques de réalité virtuelle aussi (environ 300  000 fr). La salle ne peut contenir que 35 vélos au maximum à cause de la taille de l’écran (21 m sur 3 m de haut, soit 63 m2)», détaille Jean-Pierre Sacco, fondateur et CEO de Let’s Go. «Mais la technologie en s’améliorant fera baisser les coûts.» A ce jour, six films différents ont été réalisés par Les Mills. D’une durée de 40 minutes, ce cours est facturé 10 fr. pour les membres et 19 fr. pour les non-membres. 

Ce studio s’inscrit dans l’une des grandes tendances du moment, le «high intensity interval training» (HIIT), tout comme le crossfit, la licence la plus vendue à l’heure actuelle. Le CrossFit (une marque qui appartient désormais au groupe Reebok) combine principalement la force athlétique, l’haltérophilie, la gymnastique et les sports d’endurance. Autres licences très réputées: Zumba, Sprint (également en mains du groupe Les Mills, du vélo intensif en petits groupes) ou encore Soul Cycling (une franchise qui a déjà 10 studios rien qu’à New York).

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«Le marché du fitness est relativement capitalistique. Un club de 1 500 m2 coûte entre 1,3 et 1,5 million de francs, auxquels il faut ajouter environ 600  000 fr. pour les machines et équipements», détaille Sébastien Duvanel. A cela, il convient d’additionner encore les licences à payer pour offrir certains cours collectifs. Ce dernier entend «mettre davantage de technologies dans «ses» clubs. L’investissement dans des machines de dernière génération et le développement d’applications orientées clients (bracelets connectés, applis, tablettes tactiles, rapports de performance hebdomadaire, etc.) sont une nécessité pour conquérir et fidéliser nos membres. A titre d’exemple, les nouvelles applications permettent au coach de suivre les performances de chacun lors du cours de cycling. Ce qui l’aide
à donner en direct des conseils individuels pour progresser et créer une véritable dynamique de groupe.» L’autre grosse tendance réside dans le développement de sessions dédiées de 8 à 10 personnes, sur le modèle des studios spécialisés. 

Objectif qualité

Il y a aussi quelques acteurs qui se profilent avec une offre en rupture avec la tendance «quantitative» du marché, privilégiant la qualité de la prise en charge avec objectif. Une niche qui fonctionne. C’est le cas à Genève de Sport Quest, fondé en janvier 2014 par quatre passionnés professionnels du sport: Johann Ferré (basket), Sébastien Grossini (athlétisme), Sylvain Millet (rugby) et Michael Vincent (karaté).

«Chez nous, on ne parle pas de fitness ni d’approche standardisée via des cours collectifs. Nous faisons de la préparation physique pour les sportifs débutants et professionnels. Nous avons eu plusieurs Genevois participants aux Jeux olympiques de Rio. Nous travaillons en binôme avec leur propre entraîneur, par exemple pour la voile ou pour la golfeuse Albane Valenzuela (classée au très encourageant 21e rang, ndlr). Nous nous occupons aussi de la partie nutritionnelle», raconte Johann Ferré. De passage à Genève, Lara Gut était venue s’entraîner chez eux. 

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Sport Quest œuvre avec une dizaine d’intervenants sur 500 m2 à Plainpalais (GE) pour environ 300 clients. «Ce qui explique le succès de Les Mills est son côté récréatif. Chez eux, le coach est un animateur. Quand il y a 20 à 35 personnes, on ne peut pas accompagner chaque personne», ajoute le cofondateur de Sport Quest.

Ce dernier indique que sa salle de sport ne peut pas et ne veut pas se battre au niveau des tarifs: «La qualité a un coût. Un entraîneur n’est pas payé 25 fr. l’heure. Ce qui va faire la différence au bout du compte, c’est l’humain. Nous recevons ce que l’on paie. Chez nous, nos collaborateurs sont payés entre 15 et 20% de plus que chez nos concurrents.»   

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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