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Covid-19: comment les startups survivent

Quatre jeunes pousses suisses, dont les travaux sont susceptibles de changer prochainement nos vies, présentent les moyens mis en œuvre pour affronter la crise et développer leur business.

Crédits: Dr

L’argent est le nerf de la guerre. Surtout en temps de pandémie. «Parmi notre clientèle de startups, il n’y a eu quasiment aucune demande de prêt à l’Etat pendant le confinement. Principalement en raison du soutien de leurs investisseurs, qu’elles avaient souvent mis des années à convaincre», constate l’avocat Adrien Alberini.

Mais, parallèlement, beaucoup d’autres jeunes pousses ont dû se battre pour réussir à payer leur loyer qui, contrairement au chômage partiel, n’a bénéficié d’aucune mesure de soutien officiel, rappelle son confrère Kevin Guillet.

Alors, pour s’en sortir, certaines petites entreprises ont dû faire appel au crédit cautionné par le gouvernement. «Un cadeau empoisonné, sachant qu’il faudra le rembourser alors que personne ne sait comment la situation mondiale évoluera», relève Christophe Lapaque, de la banque d’investissement Stout.

Une aubaine pour les investisseurs, dont certains n’ont pas hésité à renégocier la valorisation des startups pour obtenir davantage de parts pour le même investissement, confie l’avocat Florian Ducommun. La situation a poussé les entreprises en manque de liquidités à se tourner vers des prêts convertibles plutôt que vers des prises de participation directes. D’après l’étude de startupticker.ch et de SECA, au premier semestre 2020 comparativement à celui de 2019, il y a eu une augmentation de 20% des investissements dans les startups suisses.

Bilan a rencontré quatre startups helvétiques qui racontent comment elles affrontent financièrement cette période particulière.


Energy Vault (TI)

A l’abri du choc financier

Cette startup tessinoise fondée en 2017 stocke de l’énergie en empilant des blocs de béton. Sa technologie ressemble à un ascenseur high-tech: une tour géante (70 mètres) avec une grue à six bras au milieu qui fonctionne de manière automatique. Ainsi, lorsque son réseau a trop d’électricité, pour la stocker, des briques (35 tonnes chacune) sont hissées et entassées au sommet du mastodonte. Et quand il faut libérer cette énergie, elles sont redescendues. Le tout en quelques secondes seulement et à l’aide d’un logiciel basé sur le cloud qui orchestre ce ballet de pompe parfaitement écologique.

Matérialisée à Arbedo Castione (TI), cette «batterie» gigantesque au mouvement perpétuel à 35 mégawattheures sera bientôt opérationnelle via la connexion au réseau électrique national suisse. Une commercialisation inédite, très attendue, qui a propulsé la startup en tête des cleantechs pionnières au Forum économique de Davos 2020.

Suivie de très près par Bill Gates, elle a bénéficié de 110 millions de dollars d’investissement de Softbank Vision Fund en 2019. De quoi la mettre à l’abri du choc financier créé par le Covid-19. Cependant, le virus a ralenti de trois mois la progression du chantier, car «beaucoup d’entreprises de génie civil n’étaient pas autorisées à travailler. Quant aux équipements, attendus du nord de l’Italie, ils étaient livrés en retard», confie le cofondateur et directeur général Robert Piconi.


(Crédits: Andrea Wullimann)

Astrocast (VD)

Des prêts Covid-19 bienvenus

Fondé en 2014, le spin-off de l’EPFL a pour mission de devenir le premier opérateur satellite du pays. Pour ce faire, il prévoit, d’ici à 2023, d’installer en orbite une constellation de 80 satellites qui rendront possible la connexion à l’internet des objets (IoT), à des fins civiles uniquement, depuis n’importe quel endroit de cette planète. Sa technologie utilise des composants électroniques peu onéreux, mais dont l’assemblage et la mise en fonction relèvent d’un savoir-faire unique, à l’origine des 22 millions levés par la startup.

Depuis 2018, deux de ces astronefs, opérationnels, ont déjà rejoint la thermosphère, et le lancement des cinq prochains était prévu sur le sol indien pour cet été. Mais la propagation éclair du Covid-19 l’a repoussé en décembre prochain, avec un changement de cap pour les Etats-Unis, l’Inde étant en plein repli épidémique. Ce ralentissement touche également la deuxième phase de la levée de fonds dont le montant attendu s’élève à 65 millions. «L’incertitude économique actuelle rend les investisseurs nerveux. Mais comme souvent, il suffira d’un seul pour injecter la somme la plus importante pour que les autres le suivent», souligne Laurent Vieira de Mello, directeur opérationnel d’Astrocast.

En attendant, la startup, qui compte l’Agence spatiale européenne parmi ses investisseurs, a pu bénéficier de prêts Covid-19 de la Confédération et du canton de Vaud à des taux d’intérêt quasi nuls. De quoi programmer le lancement de 20 autres satellites pour 2021.


(Crédits: Claudia Bellotti)

Cadesio (VD)

Des sacrifices, faute d’aides

En octobre 2019, trois amies créent une startup avec l’objectif de la transformer en un nouveau modèle d’entreprise internationale, inédit de par sa dimension humanitaire. Leur concept est d’associer chacune de leurs créations – neuf chocolats aux saveurs inédites conçus en moins d’un an – à une organisation à but non lucratif défendant une cause sociale. Parmi ces organisations, la fondation Planètes Enfants Malades, les associations suisses Trisomie 21, Alzheimer Vaud, Lire et écrire, entre autres.

L’affaire démarre sur les chapeaux de roues avant que le Covid-19 n’y mette son grain de sel. Manifestations annulées, population confinée, le carnet de commandes de Cadesio s’effondre en quelques jours. Le chocolat, contrairement au pain et au papier toilette, est relégué au rang des achats non essentiels par les consommateurs. Quant à la livraison de certaines matières premières, comme les noisettes dont la Suisse n’est pas productrice, elle devient également un problème. Idem pour obtenir le chômage technique, qui n’est pas destiné aux employeurs. Même son assurance perte de gains est aux abonnés absents: «Nous prenons en charge les épidémies, pas les pandémies…» De plus, les prêts étatiques Covid-19 pour startups sont surtout adaptés à celles ayant déjà des investisseurs et un bilan comptable annuel, de préférence solide.

Pourtant, la cofondatrice Paola Bellia et ses acolytes ne baissent pas les bras: «Quand on a un objectif beaucoup plus grand que soi-même, c’est plus facile de faire des sacrifices pour le réaliser…»


(Crédits: Dr)

T3 Pharmaceuticals (BS)

Soutenue par ses investisseurs

Lancée en 2015 au sein de l’Université de Bâle et en s’appuyant sur les travaux initiaux du professeur Guy Cornelis, cette biotech vise le réveil du système immunitaire des personnes souffrant du cancer. Pour arriver à leurs fins, ses chercheurs utilisent des bactéries vivantes qui vont déposer dans les cellules cancéreuses des protéines thérapeutiques dont la mission sera la destruction de la tumeur. Les premières phases de cette recherche fondamentale – au cours des années 2013 à 2015 et avant la création de la startup – ont pu être réalisées grâce aux 2,5 millions de francs de subventions étatiques et privées. Une fois fondée, T3 Pharmaceuticals a pu lever quelque 40 millions de francs grâce aux résultats probants de ces tests précliniques sur les souris qui lui ont valu plusieurs prix scientifiques prestigieux. Arrivée également en tête du concours venture.ch en 2016, l’entreprise bénéficie à ce jour d’un petit mais solide cercle d’investisseurs extrêmement sélectif. «Soutenus par nos partenaires durant le confinement, nous n’avons pas manqué de liquidités, car nous avons pu finaliser un significatif financement interne uniquement avec eux», rapporte le cofondateur et directeur général Simon Ittig. Pas non plus de chômage technique pour les onze salariés qui se préparent aux tests cliniques sur l’homme, prévus pour 2021.

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