Bilan

Costa exhibe ses monstres d’acier

Rencontre avec Neil Palomba, qui dirige depuis 2015 la société Costa Croisières Europe. La compagnie italienne, leader sur le Vieux-Continent, va encore augmenter sa flotte d’ici à 2023.

Le paquebot «Costa Smeralda» sera inauguré cet automne: 337 mètres de long pour plus de 10 000 personnes à bord.

Crédits: Costa

A 41 ans, Neil Palomba est à la tête de Costa Croisières Europe depuis 2015 déjà. «J’ai vécu trois ans à Genève entre 2010 et 2013. C’est une ville magnifique, bien sûr. Mais la mer me manquait. Avant de travailler en Suisse, j’étais basé en Floride et il y avait l’océan. Aussi, quand j’ai eu l’opportunité de rejoindre le groupe Costa à Gênes, j’ai saisi tout de suite l’occasion.» 

Invité au lancement technique du paquebot Costa Smeralda au chantier naval de Turku, en Finlande, Bilan a rencontré à la mi-mars un homme qui entretient avec les navires une relation particulière. S’exprimant devant les ingénieurs de Meyer Turku Oy qui ont conçu ce monstre d’acier de 337 mètres de long, le manager appelle «notre bébé» ce titan d’une capacité de plus de 9000 personnes (6500 passagers et 1600 membres d’équipage). Jalon dans le développement de cette compagnie leader sur le marché européen, ce bateau est le premier d’une nouvelle génération d’embarcations moins polluantes qui fonctionne au gaz naturel liquide (GNL).

«Je viens de Sorrento, petite ville donnant sur la baie de Naples, reprend Neil Palomba. Quand j’étais enfant, mon père avait un petit bateau dont je voulais tout le temps tenir le gouvernail. Je suis profondément attaché la mer. Dès que j’ai pu, je suis entré à l’Académie navale avec le rêve de devenir capitaine.» Une ambition porteuse puisque Neil Palomba a rapidement navigué sur des paquebots avec un grade d’officier, avant d’effectuer une carrière éclair dans l’industrie des croisières. 

Neil Palomba a d’abord gravi les marches quatre à quatre chez MSC Croisières, le géant maritime de Gianluigi Aponte. Débutant comme chef de projet en 2001, il est promu cinq ans plus tard à Fort Laudale en Floride en tant que responsable des ventes pour l’Amérique du Nord, les Caraïbes et le Mexique, soit le premier marché de la firme. Puis en 2010, il est appelé au siège de MSC à Genève en tant que corporate operating officer.

En 2014, il entre chez le principal concurrent: Costa Croisières, filiale du leader mondial américain Carnival Corp. Neil Palomba commence par aménager le repositionnement de la firme lié à la devise «Italy’s finest». Puis en 2015, il est nommé au poste de président. Tout en exerçant ses nouvelles fonctions, ce père d’une fille obtient des certifications en leadership à l’IMD de Lausanne, ainsi qu’à la London Business School et décroche encore des diplômes des Universités Cornell (New York) et Harvard (Boston). 

Chez Costa, on dit de lui qu’il a modernisé la culture d’entreprise et joué un rôle de moteur dans la restauration de l’image de la firme, ravagée par le naufrage du Costa Concordia en 2012. Il est aussi à la base de la décision de ne bâtir plus que des paquebots qui fonctionnent au GNL. Une tendance générale dans l’industrie qui répond à une législation toujours plus stricte sur les émissions de particules fines. L’ingénierie des navires Costa doit en outre permettre aux moteurs de fonctionner à l’électricité, dès que la technologie le permettra.

Duel de géants

Neil Palomba se montre diplomate: «MSC et Costa sont toutes deux des compagnies formidables. En mains privées, MSC est un géant qui peut compter sur la solidité de ses activités de cargo. De son côté, Costa appartient depuis 2000 à un groupe coté en bourse, Carnival Corp. Costa bénéficie d’une longue tradition dans les croisières. Le premier voyage remonte à 1948, avec un transatlantique qui a relié Gênes à Buenos Aires, en Argentine. Si MSC opère sur tous les continents, en acteur global, notre marché est concentré sur l’Europe continentale. Notre maison mère Carnival Corp contrôle à elle seule 50% du marché mondial et réunit neuf marques, chacune spécialisée sur une région.»

Selon Neil Palomba, «les perspectives  en Extrême-Orient sont très prometteuses». (Crédits: Costa)

Constituant l’une des neuf marques Carnival (Princess, Seabourn, P&O, Cunard, etc.), le groupe Costa réunit trois sociétés sœurs: Aida, spécialisée sur le marché allemand, Costa Croisières Europe, et Costa Asia. Sept navires actuellement en commande doivent porter la flotte totale du groupe Costa à 34 paquebots d’ici à 2023. Une expansion qui repose sur d’énormes moyens. «La production de ces embarcations demande un investissement de 6 milliards de dollars», indique Neil Palomba. 

Prouesse industrielle, le groupe va inaugurer le Costa Smeralda en novembre après avoir mis à la mer en début d’année un autre géant de la même taille, le Costa Venezia, destiné au marché chinois. «Chacun des nouveaux paquebots représente une hausse des capacités à deux chiffres.» Si Carnival Corp ne détaille pas les chiffres au niveau des filiales, ces bonds dans les capacités de Costa laissent deviner une croissance enviable des affaires qui dépasse les 10%.

Boom du secteur

«Les perspectives en Extrême-Orient sont très prometteuses. Mais comme tout nouveau marché, la Chine connaît des hauts et des bas.» Costa a été la première société à proposer des croisières aux Chinois. Aujourd’hui, cette région talonne les Etats-Unis qui restent le premier marché dans ce secteur et devance déjà l’Europe. Un domaine en plein boom: en dix ans, le nombre de croisiéristes a grimpé à 25 millions, soit une hausse astronomique de 60%. Et il reste un intéressant potentiel de croissance si l’on en croit les efforts de la branche qui a prévu, dans son ensemble, de mettre à l’eau quelque 24 nouveaux navires en 2019. Un record absolu.

Une lueur de nostalgie passe dans les yeux de Neil Palomba: «Le MSC Opera est le dernier navire sur lequel j’étais membre d’équipage. C’était en 2005.» Comment a-t-il fait pour accéder à la direction générale de Costa Europe à 37 ans seulement? La question le fait rire. «Si vous avez une passion, un rêve, et que vous faites ce que vous avez à faire, un jour, vous serez exaucé. La jeunesse, c’est une question très subjective, vous savez. Aujourd’hui, j’affiche 22 ans d’expérience dans mon domaine.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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