Bilan

Coop et Migros voient toujours plus gros

Les deux coopératives règnent comme jamais sur l’ensemble du commerce de détail. Elles ont engagé une mue qui doit les rendre omniprésentes.
  • Micarna, l’entreprise de boucherie de Migros.

    Crédits: Gaetan Bally/Keystone

Plus de 70% des produits alimentaires achetés en Suisse proviennent de Coop ou de Migros. Ce chiffre dit combien, au fil des ans, les deux géants orange sont devenus consubstantiels à notre pays. Au point de se fondre dans le paysage. En 2014, le cumul du chiffre d’affaires des deux leaders du commerce de détail a atteint 55,5 milliards de francs. Ils représentent ainsi à eux seuls plus de 8,6% du PIB suisse.

C’est qu’il n’y a désormais plus aucun secteur du commerce de détail qui échappe aux deux enseignes. Alimentaire, santé, sport, habillement, mais aussi horlogerie, bricolage, électronique, meubles ou voyages font notamment partie des secteurs d’activité dans lesquels l’un des deux – ou les deux – géants truste les premières places (voir le tableau ci-contre). A telle enseigne que le marché est saturé et que les rentrées plafonnent. Ainsi, le chiffre d’affaires mensuel de la branche stagne autour de 107 points (2010 = 100) depuis 2013.

Nombre de points de vente de Coop et Migros selon la taille

 

L’entier du secteur ayant été moissonné, où trouver des sources de croissance future? La première réponse donnée par la branche a été la création ou le rachat de sites industriels à même de fournir les distributeurs en produits de marques propres. 

Au fil du temps, certaines de ces entreprises se sont muées en machines à cash. Ainsi, chez Coop, le groupe Bell, «un des leaders européens de la transformation de la viande», a dégagé un chiffre d’affaires de 2,6 milliards de francs en 2014. Le groupe possède aussi, par exemple, les fabricants Sunray (sucre, huile), Steinfels (cosmétiques) et Pearlwater (eau minérale). 

Du côté de chez Migros, l’outil industriel fabrique plus de 20 000 références et «exporte des produits de qualité suisse». Il regroupe notamment les entreprises Micarna (boucherie), Midor (biscuits, glaces), Jowa (pâtes, boulangerie), Frey (chocolat), Mibel (cosmétiques) et Aproz (eau minérale).

Présence de Coop et Migros dans différents secteurs du commerce de détail

 

Toutefois, là aussi, les perspectives de développement sont en repli et les nouveaux marchés de plus en plus difficiles à conquérir. La nouvelle manne vient du commerce électronique. Chez Migros, le site LeShop.ch a vu son chiffre d’affaires augmenter de 4,4% dans un marché de l’alimentaire pourtant atone, tandis que Coop parle d’«essor fulgurant» du commerce en ligne, annonçant une progression de 54,2%, à 1 milliard de francs.

Mue vers les services

Mais les deux coopératives ne s’arrêteront pas là: «Elles ont de l’argent, de l’appétit et veulent être partout», relève ainsi Marc Benoun, auteur du livre Le commerce de détail en Suisse. «Dès lors, distinguer leur stratégie est assez simple: regardez où elles sont et pariez sur les secteurs dont elles sont encore absentes!» 

Pour l’ancien professeur à l’Université de Lausanne, «à part peut-être dans l’habillement, il devient difficile de prendre des positions dans le commerce de détail. Coop et Migros doivent donc se tourner vers des marchés plus ouverts, comme la santé ou les services.»

De fait, en septembre dernier, Migros annonçait le rachat de Santémed, un réseau de 23 cabinets médicaux, surtout actif dans la chirurgie ambulatoire. Coop, de son côté, a lancé en 2015 la plateforme Siroop. En partenariat avec Swisscom, l’entreprise vendra en ligne des produits Coop, mais aussi ceux de nombreux partenaires locaux. Migros, enfin, a pris une participation stratégique dans sharoo, l’Airbnb de la location de voiture.

Mais plus que la place occupée demain par les deux groupes, c’est celle qu’ils laisseront aux autres acteurs des secteurs dans lesquels ils investissent aujourd’hui qui doit préoccuper la concurrence. A titre de comparaison, Marc Benoun rappelle que «la Suisse comptait 6000 commerces alimentaires de convenance dans les années 1980 et plus que 2000 aujourd’hui». Or, personne n’a envie de finir comme une épicerie de quartier des années 1980.

Charles-André Aymon

<p>Journaliste</p>

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Observateur toujours étonné et jamais cynique du petit monde genevois, Charles-André Aymon en tire la substantifique - et parfois horrifique - moelle depuis une quinzaine d’années. Tour à tour rédacteur en chef de GHI puis directeur général de Léman Bleu Télévision, il aime avouer à demi-mot n’avoir pas envie de se lancer en politique «parce qu’il ne déteste pas assez les gens». Ce regard mi-amusé, mi-critique permet au lecteur de passer indifféremment du détail au général et ainsi de saisir, même dans les péripéties locales, quelques-unes des ficelles qui meuvent le monde. 

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