Bilan

Conflit polonais autour d’une société suisse

Basée à Plan-les-Ouates, Orphée, une société active dans le médical, provoque d’importantes bagarres entre actionnaires. Récit.

L'entrepreneur polonais Tadeusz Tuora.

Il était une fois un certain Tadeusz Tuora, dont la famille est originaire des Grisons, et son fils Tomasz. Ces Polonais sont des entrepreneurs actifs, pas seulement en Pologne.

Voici 30 ans maintenant, ils ont fondé la société PZ Cormay, qui s’occupe de produire et de commercialiser des réactifs pour la biochimie. En 1989, une licence est signée avec Roche pour produire en Pologne un certain nombre de produits. Par la suite, Cormay a décroché la distribution exclusive des produits Roche en Pologne, ainsi que la distribution des produits de diverses marques.

C’est ainsi que PZ Cormay s’est également occupé de commercialiser les machines utilisées pour effectuer les analyses sanguines de la PME genevoise Orphée sur le marché polonais et russe notamment. En Suisse, Orphée avait alors pour objectif principal de distribuer dans le monde divers analyseurs d'hématologie et réactifs.

En 2008, les Tuora ouvrent le capital de PZ Cormay à des fonds d’investissement et introduisent la société à la bourse de Varsovie. Ils décident fin 2009 d'acquérir la totalité de la société genevoise Orphée, qui compte alors une dizaine de collaborateurs en Suisse et qui traverse une période difficile.

Sauvée de la faillite 

Il s'agissait de changer de business modèle en ne s’occupant plus seulement de distribution, mais en développant leur propre technologie. Le premier analyseur conçu à l'interne était prévu pour fin 2015. Ayant besoin d’argent pour acheter une société en Italie qui fabrique des réactifs pour l’immunologie, un secteur qui représente la plus grande partie du marché du diagnostic, Orphée est à son tour introduite à la bourse de Varsovie en 2012. Pourquoi Varsovie ? Il est moins onéreux d’entrer à la bourse polonaise que suisse.

Pendant ce temps, PZ Cormay a continué de grandir, avec une croissance liée à l’exportation. De son côté, Orphée a doublé son chiffre d’affaires et est devenue rentable une fois sous la houlette des Tuora, alors qu’elle était au bord de la faillite en 2009.

Sauf qu’avec l’introduction en bourse, chacune de ses deux entités est passée sous le contrôle de différents fonds de private equity, essentiellement polonais. Ainsi PZ Cormay appartient à 38% à quatre fonds (dont TOTAL FIZ) depuis le 26 août 2014. A ce moment-là, la famille Tuora détenait un peu moins de 20%, le reste étant en mains du public. Tomasz a lancé une procédure devant les tribunaux en Pologne du fait que les quatre fonds ont pris le contrôle de PZ Cormay sans annoncer au préalable qu’ils agissaient ensemble. Une procédure toujours pendante.

Deux assemblées générales

A côté de cela, les relations se sont tendues entre les Tuora et les fonds du fait de divergences quant à la stratégie à suivre. Les investisseurs auraient toujours souhaité mettre la main sur les fonds d'Orphée alors que les Tuora souhaitaient la voir prospérer. 

«Le management de PZ Cormay a erré dans sa gestion, provoquant une baisse de 30% des ventes et voudrait reprendre la gestion d’Orphée, il n’en est pas question», s’insurge Tadeusz Tuora. Très fâché, ce dernier a vendu la majeure partie de ses actions d’Orphée suite à ce litige grandissant. 

Mais le point d’orgue dans ce conflit est survenu le 7 août dernier à Genève. L’assemblée générale d’Orphée avait été convoquée. Une fois entré dans la salle où devait se dérouler l'assemblée générale, Tomasz Tuora s'est vu refuser le droit de présider l'assemblée. Or, les statuts d'Orphée prévoient que le président du Conseil d'administration, soit Tomasz Tuora d'après le Registre du commerce, préside l'assemblée.

Finalement, deux assemblées se sont déroulées au même moment mais dans des salles séparées. Chacune a pris des décisions différentes ce qui a abouti au blocage de la société suisse, malgré le fait qu’elle fonctionne bien. Désormais, les partenaires commerciaux d’Orphée sont perdus. Difficile de savoir ce qu’il va advenir de cette PME à succès.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN DE 2019 A 2021

Lui écrire

Serge Guertchakoff a été rédacteur en chef de Bilan de 2019 à 2021, et est l'auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019, avant de céder la place à Julien de Weck à l'été 2021.

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