Bilan

Comment Matignon a créé six cliniques en quatre ans

Après un projet pilote lancé en 2007, le groupe a par la suite dupliquer son modèle. La première chaîne du secteur en Suisse vise maintenant une diversification vers le marché du dentaire.

En quatre ans, six cliniques Matignon se sont implantées en Suisse et à en croire leur administrateur-délégué Jean-Marc Sermier, ce n’est qu’un début. Spécialisée dans les interventions non invasives telles les injections de Botox, d’acide hyaluronique et toute la gamme de la laserothérapie, la chaîne de cliniques a misé au bon moment sur des technologies douces, ambulatoires, rapidement effectives et résorbables. Car aujourd’hui le client ne veut plus se cloîtrer pendant des lustres avant d’exposer sa nouvelle jeunesse.

Projet pilote lancé en 2007, la clinique Matignon de Lausanne, codirigée par les docteurs Patricia Delarive et Sabri Derder, a rapidement bénéficié d’une large clientèle grâce à ces deux spécialistes en dermatologie, laserothérapie et en chirurgie plastique. Les cinq médecins consultants externes, qui ont rejoint par la suite l’établissement, ont également participé à la rentabilité et à la notoriété de la clinique. Une réussite qui a donné des envies d’expansion. Depuis septembre 2010, Nyon, Vevey, Sion, Neuchâtel et Zurich comptent elles aussi une clinique Matignon, toutes formatées sur le même modèle. Aujourd’hui, le groupe occupe 25 médecins en collaboration externe et 27 employés.

Aux origines du concept, Jean-Marc Sermier. Expert-comptable valaisan, mandaté par deux financiers suisses souhaitant rester dans l’anonymat, il est chargé à l’époque d’étudier et de mettre sur pied un projet de clinique esthétique. «Je ne connaissais personnellement rien au domaine. Mais mes contacts avec Sabri Derder puis avec Patricia Delarive nommés conseillers techniques pour tout le groupe, ont très vite débouché sur la mise en œuvre de la clinique Matignon. En 2007, nous visions la profitabilité de la clinique de Lausanne pour fin 2010. Comme le succès fut immédiat, à fin 2009, nous comptabilisions déjà 300 000 francs de bénéfice.» La décision d’ouvrir d’autres établissements en Suisse devenait dès lors logique. «Tous les nouveaux établissements ont atteint le break even après trois mois, sauf un qui devrait y arriver sous peu, précise l’administrateur. Et la clinique de Vevey devrait égaler ou dépasser le bénéfice de Lausanne, dynamisée par la clientèle du docteur Ney qui la dirige.» Une évolution fulgurante

L’engouement pour la médecine esthétique non invasive est palpable auprès du public, alors que la chirurgie esthétique tendrait à stagner ces derniers temps. De retour du congrès mondial de dermatologie organisé aux Etats-Unis, Patricia Delarive a également pu mesurer ce phénomène auprès des professionnels: «Cette réunion, la deuxième plus importante après la cardiologie, a rassemblé plus de 15 000 dermatologues, dont environ 70% de la dermatologie pure et 30% de l’esthétique. Et la surface d’exposition a pratiquement quadruplé en dix ans, ce qui démontre encore l’évolution fulgurante de ce secteur qui investit tellement d’argent. Il est vrai que le potentiel du marché est énorme, d’autant que, contrairement à la pharmaceutique, qui a déjà derrière elle beaucoup de découvertes fondamentales, la cosmétique et la science anti-âge n’en sont qu’à leur balbutiement.»

«Si le champ de la médecine esthétique se révèle aussi vaste que prometteur, le secteur est pourtant clivé par une concurrence féroce et peu productive en Suisse, souvent au détriment de l’avancée et de la reconnaissance de cette spécialité», précise Patricia Delarive. Sur 140 chirurgiens plasticiens répertoriés en Suisse, 40% se concentrent sur l’arc lémanique. Et l’acte d’injecter ou de manier le laser n’est de loin pas pratiqué exclusivement par des médecins, esthéticiennes et même coiffeurs s’y adonnent.

Grâce au boom sans précédent que connaît cette médecine du bien-être, qui n’empêche pas le vieillissement mais en corrige momentanément les traces, le groupe Matignon, comme d’autres cliniques de la région, parlent d’une fréquentation annuelle en hausse de 30%. Une progression qui s’explique notamment par les coûts moins élevés des traitements par injections ou au laser que les interventions chirurgicales, qui ont encore le désavantage d’engendrer des effets secondaires plus importants. Toujours pour se différencier de ses concurrents, la chaîne vise aussi la clientèle locale. «L’année de notre ouverture, la clinique comptait près d’un tiers de patients en provenance de l’étranger, détaille Patricia Delarive. Aujourd’hui, ces derniers sont à peine 10% alors que les clients de la région sont en nette augmentation.»

Mise en réseau des compétences

Les besoins normatifs au sein de la profession sont criants. «Malheureusement, la plupart des cliniques se cloisonnent dans leur compétence, plutôt que d’ouvrir le savoir et la technique», se désole la doctoresse Delarive. Le groupe Matignon se positionne d’ailleurs clairement comme le seul à offrir un pôle de compétences et de formation à la disposition exclusive des médecins souhaitant acquérir une spécialisation dans ce domaine ainsi que des techniciennes qui manipulent les lasers. Car aujourd’hui encore, aucun cours n’est dispensé au plan universitaire. Déjà centre référent en Suisse romande pour tout ce qui concerne les techniques d’injection d’acide hyaluronique et de Botox, Matignon cherche à instaurer un véritable label de qualité. Un positionnement stratégique clé auprès des patients qu’il faut constamment rassurer.

D’ailleurs, la chaîne investit près d’un million de francs en équipements à chaque ouverture de clinique et s’engage encore financièrement toutes les années pour maintenir son parc laser à la pointe de la technologie. «Un cabinet de dermatologie qui investit sur une seule machine laser ne pourra jamais répondre convenablement au besoin spécifique et ciblé du client, explique Patricia Delarive. Chaque intervention nécessite un appareillage différent.»

Internationalisation du modèle

Le groupe Matignon est aujourd’hui prêt à conquérir le marché de l’esthétique dentaire. Avec deux médecins dentistes spécialisés dans l’implantologie et la chirurgie lourde de la bouche déjà sous contrat, Jean-Marc Sermier prévoit l’ouverture de la nouvelle enseigne «clinique esthétique dentaire Matignon» pour l’automne 2011. «Si cet établissement pilote marche, nous dupliquerons le modèle. Le but étant à terme de proposer tous les types d’interventions esthétiques sous le même toit. Au mois de mars, trois cliniques seront déjà équipées pour accueillir une hygiéniste dentaire, capable de procéder au blanchiment des dents.»

D’ici à cinq ans, le groupe vise une quinzaine de cliniques en Suisse, l’élargissement du capital avec une éventuelle entrée en bourse et la franchise du concept à l’étranger. «Je suis déjà en contact avec un partenaire libanais pour la création d’une première clinique Matignon à Riad», dévoile Jean-Marc Sermier. De quoi garder le sourire.

Traitements Déjà centre référent en techniques d’injections, le groupe cherche à labelliser ses méthodes au laser.

Les prestations proposées

Photorajeunissement par lumière pulsée, de 400 à 600 francs la séance. Epilation définitive par laser ou IPL. Exemple: maillot ou bikini de 300 à 400 francs. Produits de comblement antirides, de 450 à 700 francs la seringue d’acide hyaluronique. Injections de toxine botulique, de 300 à 700 francs selon la zone. Lipostructure du visage, de 1500 à 2500 francs. Mésothérapie, de 300 à 400 francs la séance. Peelings médicaux, de 200 à 300 francs la séance. Traitement de la transpiration, de 800 à 1200 francs la séance. Thermage (lifting sans chirurgie), de 4000 à 5000 francs. Blanchiment des dents, de 500 à 700 francs. LipoSonix (fonte de graisse sans chirurgie), 3000 francs par zone.

Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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