Bilan

Comment Marco Simeoni s’est imposé dans la voile

En lançant à fin mars le premier trimaran d’une série qui doit en compter douze, le patron de Veltigroup et président de MOD SA veut faire entrer le multicoque océanique dans une nouvelle ère.

Marco Simeoni a su faire preuve d’un flair et d’un sens du risque remarquables en investissant fin 2009 une quinzaine de millions pour commander les cinq premiers trimarans de la classe des MOD 70. D’autant que l’entrepreneur vaudois n’avait pas la certitude de les vendre. Si l’opération a été réalisée dans un contexte favorable, l’audace du promoteur a été cependant relevée par la plupart des acteurs du milieu nautique, notamment les skippers qui l’ont suivi. Le fondateur de Veltigroup, société de services en informatique de 350 collaborateurs et au chiffre d’affaires de 80 millions de francs, était encore étranger au monde de la voile quand, en 2008, il rencontre le navigateur vaudois Stève Ravussin. Une année au cours de laquelle l’ORMA (Ocean Racing Multihull Association), l’association faîtière gérée par les régatiers, s’est éteinte d’une mort naturelle. La course à l’armement que menaient les grosses écuries avait fini par tuer le genre. Les prototypes étaient devenus trop chers à entretenir et à développer. Puis la majorité des équipes se sont retirées. Stève Ravussin a bien tenté avec son ami Franck David de rassembler tous les coureurs autour d’un projet commun de monotypes (voiliers identiques), mais il n’a jamais été possible de réunir suffisamment d’investisseurs prêts à s’engager en même temps dans cette nouvelle formule de course au large.

La vision de l’entrepreneur

La rencontre entre Marco Simeoni et Stève Ravussin est alors déterminante. Le navigateur peut faire part de son idée à un interlocuteur aguerri dans la gestion financière. Simeoni, qui venait de fonder la holding Veltigroup, est d’ailleurs à la recherche d’un support de communication approprié pour son entreprise. Les deux hommes s’entendent rapidement et décident de réunir leurs compétences. Un premier pas est franchi en armant un Décision 35 aux couleurs de Veltigroup et en confiant la barre à Stève Ravussin. Puis, séduit par le concept qui met tout le monde à armes égales et valorise la performance humaine, l’entrepreneur s’engage dans le projet ébauché par le skipper. Après y avoir apporté sa touche personnelle, il décide d’investir pour qu’il puisse voir le jour. La société MOD est créée. «Le fait de venir d’un autre milieu a été un avantage pour moi, se rappelle-t-il. J’étais vierge de tous préjugés, j’ai abordé ce projet sans a priori et surtout sans être influencé. Je ne me serais peut-être pas lancé si j’avais été impliqué depuis longtemps.» Marco Simeoni pose encore une condition: intégrer une dimension de développement durable à ce projet qui comblera un vide dans le monde de la course océanique en multicoques. «Si les préoccupations environnementales m’ont toujours interpellé, je me sens beaucoup plus concerné depuis que j’ai des enfants. J’ai donc fait en sorte que cette perspective soit prioritaire.»

Pour garantir la cohérence de l’ensemble et surtout pour être capable de présenter un calendrier crédible, Marco Simeoni signe fin 2009 une commande de cinq voiliers de 21 mètres identiques dessinés par VPLP, le cabinet d’architectes le plus performant du moment. «Il n’y avait pas d’autres moyens pour lancer cette classe, précise Marco Simeoni. En plus, en commandant tous les voiliers en même temps, j’ai bénéficié d’économies de volume importantes.» Quelques mois plus tard, Michel Desjoyeaux, le coureur le plus titré et le plus en vue du moment, informe qu’il rejoint le projet avec son sponsor Foncia. L’écurie du baron Benjamin de Rothschild, Gitana, fait de même début 2011 peu avant que Veolia, le partenaire de Roland Jourdain, ne signe à son tour. L’arrivée d’un team marocain est ensuite annoncée à fin mars, lors du baptême du premier bateau. Oman, qui est déjà impliqué sur d’autres circuits, serait finalement le prochain à conclure.

Un nouveau métier

Aujourd’hui, Marco Simeoni consacre 90% de son temps à MOD SA ainsi qu’à la fondation Multi One Attitude, qui a la charge de la dimension écoresponsable. Un collaborateur récemment recruté a repris la partie opérationnelle de Veltigroup. Seuls les aspects stratégiques et financiers restent sous la responsabilité de Marco Simeoni. Cet homme de challenge s’investit dans sa nouvelle activité avec passion et détermination, tout en gérant l’affaire comme n’importe quelle entreprise qui doit viser le profit. «Il ne s’agit pas de faire de l’argent pour en faire, cela n’a jamais été mon moteur. Par contre, une bonne rentabilité est indispensable pour continuer à développer et entreprendre.» Les activités de MOD SA sont dirigées vers deux axes. Le premier vise la gestion de la construction des douze bateaux qui doivent constituer la flotte. Les différents éléments des voiliers sont produits dans plusieurs chantiers, entre la Suisse et la France. L’assemblage est finalement réalisé à Lorient. La direction des opérations est logiquement sous la responsabilité de Stève Ravussin. Cette part des activités est amenée à disparaître quand tous les bateaux seront livrés à la fin de l’été 2013.

Le second axe est la mise en place du championnat. La tâche constitue à trouver des villes hôtes en Europe et autour du monde. Comme pour tout événement sportif, les villes étapes financeront une partie du projet. Un sponsor principal est par ailleurs recherché pour chaque tour. Marco Simeoni a fait appel à OC Third Pole, société compétente et spécialisée dans le marketing sportif pour l’aider dans cette mission. Le volet sportif constitue également une part importante du travail. Ce dernier est toutefois facilité par la structure. «Nos canaux décisionnels sont extrêmement rapides. Les coureurs qui participent à notre championnat ne doivent pas être consultés pour chaque détail. Nous pouvons être beaucoup plus efficaces qu’avec l’ORMA qui avait un fonctionnement démocratique», explique Franck David, cofondateur et CEO de MOD, société qui compte aujourd’hui une vingtaine de collaborateurs avec la fondation.

La fondation Multi One Attitude fonctionne de manière indépendante. Investie dans la défense des ressources en eau et à la sauvegarde des océans, elle va bénéficier de 10 à 15% des recettes de MOD. «Nous devons à terme rechercher d’autres sources de financement, pour devenir autonomes à terme. Car si le projet des MOD 70 a forcément une durée de vie, la fondation doit pouvoir poursuivre son travail bien au-delà», détaille Anne-Cécile Turner, récemment nommée à la direction. Marco Simeoni profite de sa culture entrepreneuriale ainsi que de ses compétences organisationnelles et de gestion financière pour mener à bien son nouveau projet. Il confie que le marketing, dont il s’occupe largement, constitue un monde qu’il maîtrise moins et pour lequel il doit encore acquérir de l’expérience. «J’aime les défis, et même si j’ai encore une petite zone d’inconfort dans ce domaine, je le trouve particulièrement intéressant.» Le pari lancé fin 2009 semble aujourd’hui gagné, même s’il faut encore trouver 15 millions pour le premier tour européen prévu à l’automne 2012. Et, toujours pour cette année, une première épreuve transatlantique, qui va quitter les Etats-Unis en été, vient d’être confirmée. Quant aux premiers essais du bateau, dont six unités sont pratiquement vendues, ils se sont révélés très concluants. Pascal Bidégorry, l’homme le plus rapide à travers l’Atlantique Nord, n’a pas manqué de relever le comportement sain de l’engin lors d’une sortie à laquelle Bilan a participé en avril. A ce stade, plus rien ne devrait pouvoir arrêter les MOD 70 qui font déjà référence chez tous les marins.

 

CARTE DE VISITE

1965 Naissance à Lausanne. 1989 Obtient son diplôme d’ingénieur ETS à Yverdon. 1993 Termine un diplôme postgrade en gestion d’entreprise après une formation en cours d’emploi. 1995 Crée LANexpert, sa première entreprise. 2008 Fonde la holding Veltigroup. Et rencontre Stève Ravussin. 2009 Lance la société MOD SA et la classe de trimarans océaniques Multi One Design. 2011 Le MOD 70 N°1, Race for Water, est baptisé à Lorient.

Crédit photo:Yvan Zedda /sea&co/ Multi One Design SA

Vincent Gillioz

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