Bilan

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère

Le campus de Bulle compte davantage d’étudiants que celui situé au-dessus de Montreux. Et de nouveaux investissements sont prévus au cours des prochaines années pour agrandir le site.

Le panorama est époustouflant sur le Léman et les Alpes. Construit sur un éperon rocheux au-dessus de Montreux, Glion Institut de hautes études (GIHE) célébrera l’an prochain ses 50 ans d’existence. Fondée en 1962 dans l’ancien Hôtel Bellevue, cette haute école, en main privée, compte aujourd’hui parmi les établissements de management hôtelier les plus réputés de la planète.

Au cours de ces dernières années, sa croissance a été fulgurante. En 2005, le GIHE ne comptait que 1178 étudiants. Cinq ans plus tard, leur nombre total pour l’année 2010 s’élève à 3275, dont 900 en stage. «D’une part, l’ouverture au monde de plusieurs pays émergents nous a permis d’élargir le bassin de recrutement de nos élèves. D’autre part, l’acquisition de notre école en 2002 par le groupe International Laureate International Universities, présent dans 27 pays, a favorisé notre développement international», explique Christian Beek, directeur général. D’autres raisons expliquent également ce succès comme le lancement de nouveaux programmes d’études. A côté du bachelor, le GIHE propose un master, une formation en gestion de l’événementiel du sport et des loisirs ainsi que des diplômes postgrades. Depuis la rentrée de l’été 2010, il offre même un MBA en ligne. «Notre réussite découle enfin de nos liens étroits avec l’industrie hôtelière, qui complète notre formation didactique par des stages pratiques, et du renom de la Suisse à l’étranger», insiste Christian Beek.

La majorité des étudiants, provenant de 91 pays et parlant 45 langues différentes, est majoritairement originaire d’Europe (61%), le solde se partageant entre l’Asie (21%), l’Afrique et le Moyen-Orient (10%), les deux Amériques (6%). Les Suisses ne représentent que 7% de l’effectif. Le GIHE ne sélectionne pas ses nouveaux élèves par le biais d’un examen d’entrée. Il se fonde sur d’autres critères parmi lesquels une très bonne maîtrise de l’anglais (l’idiome des cours), l’attitude des candidats lors d’un entretien très poussé, la motivation et les derniers résultats scolaires.

«Notre enseignement porte non seulement sur des branches comme la comptabilité, le marketing, la gestion, mais surtout sur l’éducation de nos élèves. Ce facteur est capital. Car leurs futurs employeurs recherchent des collaborateurs qui disposent d’un parfait savoir-vivre», constate Christian Beek. Les échecs sont en baisse constante et représentent environ 40% d’une volée. «Nous avons mis un soin particulier pour encadrer le mieux possible nos étudiants. Mais il faut reconnaître que le défi qu’ils doivent relever est ardu», relève le directeur général du GIHE.

Cette école, reconnue au niveau cantonal, est gérée comme une véritable PME: elle compte une huitantaine d’enseignants, une centaine de recruteurs (dont quelques-uns à plein temps), 271 collaborateurs pour l’intendance (académique, administration, nettoyage, cuisine, etc.). En 2010, son chiffre d’affaires s’est élevé à 133 millions de francs. Soit une hausse de 137% par rapport à 2005. Ses recettes sont générées par l’écolage. Les montants varient selon les programmes d’études. Pour un bachelor d’une durée de sept semestres, les étudiants déboursent la somme totale de 174 000 francs (cursus académique, hébergement, pension complète, etc.).

Un investissement pour le futur

«Les parents considèrent cette dépense comme un investissement. Dans certains pays, ils peuvent compter sur des bourses d’études ou sur des prêts à faible taux d’intérêt. Dans certains cas, nous offrons nos propres solutions de financement», souligne Christian Beek.

Le GIHE dispose de deux campus: l’un à Glion, l’autre à Bulle. Dans la deuxième moitié des années 1980, l’école cherchait un lieu pour développer ses activités. Devant le peu d’intérêt manifesté par les autorités de la Riviera, une région qui préférait vivre sur ses acquis plutôt que de se profiler pour l’avenir, ses dirigeants ont prospecté dans d’autres cantons. Le chef-lieu de la Gruyère fut finalement choisi en raison des prix relativement intéressants du terrain, de l’accueil très favorable du monde politique local et de la capacité à offrir d’autres extensions pour le futur. Depuis 1989, le GIHE est donc installé à Bulle où il a même déplacé son siège. Aujourd’hui, la deuxième ville du canton de  Fribourg compte davantage d’étudiants (700) que Glion (500) pour le semestre en court. Au cours de ces prochaines années, le GIHE accroîtra sa présence à Bulle. Après avoir inauguré en 2010 deux nouvelles résidences destinées au logement, il vient de décider de construire un centre académique supplémentaire et deux bâtiments destinés à l’hébergement (l’un comprendra un espace de détente et de fitness).

«Au total, ces investissements s’élèveront à quelque 35 millions de francs», calcule Arie van der Spek, senior vice-président de Laureate Hospitality Education Worldwide. Jusqu’à la fin 2010, celui-ci était également directeur général d’une autre école de management hôtelier que le groupe américain possède en Suisse: Les Roches International School of Hotel Management (1528 élèves) à Bluche, à quelques minutes de la station valaisanne de Crans-Montana.

Avec l’arrivée du GIHE, Bulle est devenue pour la première fois de son histoire une cité estudiantine. «L’Institut de Glion représente une belle carte de visite pour notre ville et améliore son image sur la scène extérieure», constate son syndic Yves Menoud. La présence de 700 jeunes adultes rejaillit positivement sur l’économie locale. Parmi les principaux bénéficiaires figurent les espaces dédiés à la vie nocturne, les restaurants et les bars ainsi que les commerces. Pour la deuxième année consécutive, trente d’entre eux offrent aux étudiants un carnet de bons de réduction pour les convaincre de faire leurs achats dans le chef-lieu. «Notre action découle de leur attitude. Ils exigeaient toujours des rabais», souligne Valérie Schmutz, présidente du Groupement des commerçants. De leur côté, les chauffeurs de taxi sont ravis. «Nous conduisons régulièrement des étudiants dans les discothèques ou dans les magasins ou encore sur la Riviera vaudoise. Avec leur famille, on les transporte aussi à Gruyère ou ailleurs pour des visites touristiques», confie l’un d’eux. Et d’ajouter aussitôt: «Ces gens sont riches. Mais ils ne nous versent jamais de pourboire.»

Leur comportement déplaît parfois. «Les étudiants ne fréquentent que les bars et les restaurants qui leur offrent quelque chose en échange de leurs dépenses, souvent importantes. Dans un passé récent, ils ont provoqué diverses nuisances sonores lors de fêtes. Ce qui a fortement dérangé le voisinage», regrette Yves Menoud. Aujourd’hui, ces désagréments ont disparu avec les deux nouvelles résidences construites à proximité de centres commerciaux.

 

Gestion Arie van der Spek, senior vice-président de Laureate, et Christian Beek, directeur du GIHE.

Des profils recherchés

Les perspectives sont prometteuses. Selon une estimation du World Travel and Tourisme Council, l’industrie hôtelière et tourisme devrait créer 260 millions d’emplois d’ici à 2017. Et son élite est formée en Suisse.

Au terme de leur cursus, les étudiants du GIHE n’ont d’ailleurs que l’embarras du choix. Dans la majorité des cas, ils reçoivent au moins trois offres d’emploi. Les responsables des ressources humaines des plus grandes chaînes se déplacent à Bulle pour engager les meilleurs talents. Ils connaissent la maison. Car beaucoup d’entre eux ont suivi leur formation au sein de l’institut. Depuis sa fondation, ce dernier a formé environ 8000 élèves, actuellement répartis dans une centaine de pays.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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