Bilan

Comment Kudelski façonne la TV du futur en Chine

La convergence… Vous vous rappelez? En 1999, au sommet de la bulle Internet, c’était le principe quasi alchimique qui ferait converser la télévision et le Web sur le même écran. Le plomb deviendrait alors de l’or. La suite, on la connaît. Cela n’a pas marché. Et la bulle a éclaté. Mais aujourd’hui, dix ans plus tard, l’industrie touche au but. Les technologies de la télévision 2.0 permettent d’accéder aux contenus Internet directement depuis la télévision. Reste maintenant à séduire le public. Plutôt les publics, car l’utilisateur ne regarde pas l’étrange lucarne de la même manière à Pékin qu’à Genève. C’est pourquoi Kudelski, leader mondial des solutions de protection de contenus avec sa filiale Nagravision, a inauguré la semaine dernière un nouveau centre de recherche et développement (R&D) à Beijing.

La firme de Cheseaux a invité des journalistes suisses à le découvrir dans le cadre d’un voyage de presse. Significatif de l’intérêt suscité par l’événement dans la capitale chinoise: une soixantaine de représentants des médias locaux ont assisté à la conférence de presse. Le CEO André Kudelski les a conquis lorsqu’il a salué la qualité des ingénieurs chinois, «formés dans les universités hautement reconnues de Beijing».

Leader dans le multimédia

Depuis le lancement du système d’accès de Canal +, au milieu des années 1990, les activités de Nagravision ont beaucoup évolué. L’offre s’est étendue à toute la chaîne de diffusion de la télévision numérique, ce qui comprend le cryptage, l’interactivité, l’insertion ciblée de publicité ou les films sur demande. Le groupe vaudois se profile maintenant comme un acteur incontournable de la convergence multimédia.Le centre de R&D emploiera une centaine de spécialistes. Un ingénieur en Chine coûte 50 000 francs annuels, contre quelque 130 000 en Suisse. «Mais cette opération n’a rien à voir avec des économies de main-d’œuvre, souligne André Kudelski. Il s’agit avant tout de répondre aux attentes spécifiques des consommateurs chinois.»

Le pari de la télévision mobile

Présent dans l’Empire du Milieu depuis 1999, Kudelski connaît déjà bien le marché. En 2008, Nagravision a été choisie comme fournisseur d’accès conditionnel pour le service national de TV mobile CMMB lancé pour les Jeux olympiques de Pékin.La firme a maintenant mis au point des solutions pour la télévision en haute définition diffusée sur un téléphone portable ou un GPS. «Ces développements n’ont jamais vraiment percé en Europe, note Jean-Luc Jezouin, responsable des gammes de produits chez Nagravision. Mais ils suscitent un réel intérêt en Asie et aux Etats-Unis, où les habitants passent énormément de temps dans les transports et les embouteillages.»

En Chine, Nagravision compte parmi ses partenaires l’opérateur BGC TV, qui travaille main dans la main avec les autorités. Pékin a conclu avec la firme un contrat exclusif pour la gestion du réseau de télévision par câble dans cette capitale de 17 millions d’habitants. Le vice-directeur général, Luo Xiaobu, revendique sans ambages son appartenance au Parti communiste. Ce n’est pas de la politique mais du pragmatisme.BGC TV a assuré la diffusion des images des Jeux olympiques de Pékin en 2008, les premiers à être entièrement retransmis en haute définition. Des images d’ailleurs émises seulement après un délai de dix secondes, afin d’éviter de l’irruption en direct de militants des droits de l’homme ou de la cause tibétaine.

Structure de coûts optimale

Le renforcement des activités en Asie doit aussi équilibrer la structure des coûts et rendre la firme moins vulnérable aux fluctuations du dollar.

La Chine représente 7% des charges et 24% des recettes de l’entreprise qui exploite aussi une antenne à Shanghai. Une douzaine de centres de recherche sont répartis entre l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis.Dire que le potentiel est énorme en Chine tient évidemment de l’euphémisme. D’ici à 2015, l’industrie de la télévision digitale y sera la plus importante du monde. Kudelski jouit d’un avantage indéniable dans cette partie du monde en raison de sa nationalité, car la Suisse est exempte de passé colonial. Les concurrents comme l’américain Cisco ou l’anglo-israélien NDS, la filiale du groupe de Rupert Murdoch, News Corp, suscitent davantage de méfiance dans un domaine aussi stratégique que les médias électroniques.

Une télévision contrôlée par l’ÉtatLe nomdre de chaînes La Chine compte quelque 3000 chaînes de télévision, toutes contrôlées par l’Etat. A l’échelon national, China Central Television (CCTV) se décline en différents canaux consacrés à l’actualité, au sport ou au divertissement. Les communes, les provinces et les régions ont également leurs programmes, qui dépendent des autorités administratives respectives.Les exclusivités La diffusion de chaînes étrangères comme CNN, la BBC ou TV5 n’est autorisée que dans les hôtels cinq étoiles, chez les expatriés et les Chinois rentrés au pays après avoir vécu à l’étranger. L’accès est bloqué dans le reste des foyers.
Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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