Bilan

Comment Huawei importe ses travailleurs chinois

Des employés suisses reviennent sur les méthodes de travail de Huawei, le fournisseur chinois de téléphonie qui envisage de garder certaines pratiques controversées.
Le géant chinoise de la téléphonie Huawei compte toujours faire venir en Suisse des citoyens chinois au bénéfice d'un visa Schengen-C, une pratique controversée, mais l'entreprise estime qu'il existe une marge d'interprétation.

Huawei envisage ainsi de faire appel à des collaborateurs disposant d'un tel permis «dans le cadre des activités autorisées», sans préciser ce que sont ces activités. L'entreprise ne se montre pas plus explicite sur ce qu'elle entend par marge d'interprétation.

Une main d’œuvre toujours disponible

Selon le droit en vigueur, un visa Schengen-C n'est rien de plus qu'un visa de tourisme. Un avocat actif dans les groupes internationaux précise qu'un directeur chinois au bénéfice d'un tel visa peut tout de même signer des contrats, participer à des séances ou diriger une conférence. Il ne peut toutefois se brancher à un ordinateur, ni même participer à une séance avec un spécialiste.

Sur cette base, Huawei a adopté en Suisse une structure très centralisée et très hiérarchisée qui lui permet de répondre parfois rapidement aux besoins en mains d’œuvre. Comme l'ont fait remarquer des employés suisses au Tages-Anzeiger, le groupe est passé en Suisse de 50 employés en 2010 à près de 450 mais n'a pas de problèmes à dépêcher des forces supplémentaires en cas de besoin.

Markus Meier (nom fictif, l'identité de cette personne est connue de la rédaction) est embauché dès 2010, il est chargé, comme ses collègues suisses, des contacts avec la clientèle. Les postes techniques sont occupés par des employés chinois, qui restent soit une semaine, soit un mois mais ne comptent pas leurs heures.

Des discussions en chinois

Le système de Huawei éclate au grand jour après la descente de police dans ses locaux fin avril. Le groupe fait son mea culpa et promet de rechercher des spécialistes locaux ou encore d'enregistrer correctement les collaborateurs qu'il fait venir de ses filiales européennes, comme l'a déclaré la porte-parole Michèle Wang au Tages-Anzeiger. Leur délai de 90 jours sera respecté, ce qui n'était pas toujours le cas précédemment.

D'ex-collaborateurs, comme Markus Meier, doutent de la bonne volonté du groupe pour la simple et bonne raison que Huawei ne peut fonctionner sans son flux de travailleurs en provenance de Chine.

Markus Meier remarque très vite que chaque poste est dédoublé, entre un employé local chargé de représenter le groupe à l'extérieur et un employé chinois chargé de la liaison. Toutes les décisions sur les prix et les offres sont prises au siège en Chine par visioconférence. Les contrats font l'objet de discussions en chinois.

La moitié du salaire pour l'entreprise

Les employés chinois, ceux qui sont enregistrés, restent deux ans en Suisse avec des salaires dans le bas de la fourchette pour la branche mais ils doivent en reverser la moitié au groupe pour leurs frais d'entretien. Il n'est pas rare que huit Chinois se partagent un appartement.

Le groupe n'a pas voulu s'exprimer sur ces différents points. «Pas mal de ces propos sont faux et proviennent probablement de personnes qui ne connaissent pas bien l’entreprise. Et Huawei ne communique pas sur les déclarations de collaborateurs, anciens ou actuels, ni sur la marche de ses affaires ou leur procédure.»

Deux catégories d'employés

Le groupe, à qui Sunrise a confié ses services de téléphonies mobiles ou qui œuvre avec Swisscom sur des projets de fibre optique, fait actuellement l'objet de plusieurs enquêtes, qui se heurtent parfois au problème de la langue, les contrats devant être traduits du chinois.

Ce sont surtout les deux catégories d'employés qui choquent les collaborateurs de Huawei, surtout les conditions du personnel envoyé de Chine qui n'a presque pas de droits. Nul ne croit toutefois aux accusations d'espionnage dont est accusé Huawei aux Etats-Unis.

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