Bilan

Comment les clubs de vacances gèrent la crise Covid

Entre annulations et mesures sanitaires, les villages de vacanciers doivent se réinventer pour sauver leur saison estivale 2020.

Les touristes se montrent prudents face à la pandémie.

Crédits: CenterParcs

Des infrastructures étendues couplées à des activités sportives, des soirées et des excursions en groupe: voici le judicieux mélange qui séduit de plus en plus les touristes. Un succès qui a permis aux villages de vacances d'émerger en nombre ces dernières années en proposant un concept simple: tout mettre à disposition pour combler l’ennui.

Un marché en pleine expansion qui s’est finalement vu prendre au dépourvu par la pandémie en mars dernier. Fini les voyages et les regroupements de personnes, la totalité des clubs de vacances a dû fermer ses portes et rembourser les réservations de ce printemps. Pour cet été, saison privilégiée de ces établissements, plus qu’une question de sauvegarde des emplois ou de résultats financiers, l’avenir de ce modèle de vacances collectives est en jeu.

Des pertes colossales

Si aucun club ne souhaite communiquer son taux de remplissage, deux mastodontes du secteur ont accepté de nous en dire plus sur cette période complexe. «Durant les deux mois d’absence d’activité, nous avons perdu près de 284 millions d'euros et placé 90% de nos collaborateurs au chômage partiel. Pour le 4e trimestre (juillet-septembre), nous tablons désormais sur des résultats semblables à l’année précédente», assure Valérie Lauthier, porte-parole du groupe Pierre&Vacances-CenterParcs.

Le pionnier du domaine, Club Med, se targue lui aussi d’avoir les reins assez solides pour éviter, malgré les pertes importantes et le RHT, toute suppression d’emploi. «Avant la crise, notre situation était saine et bien que certains villages n’aient pas encore réouverts, nous allons faire face à ces coûts imprévus», commente Fabio Calo, directeur de Club Med Suisse. Parmi les coûts évoqués: ceux de mises en place des mesures de protection sanitaire, impossibles à évaluer à ce jour. Ces nouvelles règles ont notamment impacté le taux de remplissage des clubs, réduit de 25 à 40% afin de respecter l’espacement public nécessaire.

«Nous avons dû réorganiser tous nos clubs en un temps record. D’abord en Chine, en avril, ce qui nous a servi de pilote, puis dans nos autres destinations. Nous avons également revu nos offres de transports, de loisirs, étendu nos horaires de restaurants, supprimé les spectacles plus certaines activités et la plupart de nos buffets pour les remplacer par du service à l'assiette. Enfin, les mesures de nettoyage et de présentiel médical ont été renforcées», précise le directeur de Club Med Suisse. Un remaniement express dans le but de rassurer les touristes mais surtout de sauver la saison estivale.

Fabio Calo poursuit: «Le comportement de nos clients est imprévisible. Certains annulent pour des raisons personnelles, d’autres car nous sommes dépendants des décisions étatiques et des compagnies aériennes. Nous tentons de rassurer au maximum les voyageurs mais pour nous, prendre une décision devient plus difficile. Aujourd’hui, nous faisons en deux semaines ce que nous faisions sur six mois. C’est un vrai marathon.» Dorénavant, le simple choix d’ouvrir un club relève de l’exploit.

Si Pierre&Vacances-CenterParcs a pu redémarrer l’ensemble de son parc touristique, Club Med quant à lui propose aux Suisses 19 villages cet été contre 55 l’an passé. D’autres ont dû se résigner à rester fermés comme les Bravo Clubs ou la moitié des établissements Marmara/Lookéa du groupe TUI. Enfin, certains comme Belambra, numéro un de France, ayant annoncé avoir perdu 25% de leur chiffre d’affaires annuel durant le confinement, s’attendent d’ores et déjà à ne pas pouvoir rattraper le retard ce trimestre.

Se repenser pour perdurer

Alors, le coronavirus a-t-il sonné le glas des clubs de vacances? Bien au contraire. Selon le directeur de Club Med Suisse, c’est l’occasion de se réinventer: «Nous avons passé encore un cap dans la digitalisation hôtelière. Nous avons entre autres mis en place une application de check-in/check-out pour éviter les files d’attente à la réception et ce type de pratique perdurera après la crise.»

Mais outre l’accélération du numérique, Club Med a aussi accentué sa montée en gamme, enclenchée quinze ans plus tôt et désormais achevée. «Les Suisses ont un grand pouvoir d’achat et recherchent ce luxe de pouvoir choisir entre différents types de bassins, d’avoir de l’espace, et ce d’autant plus en période de crise sanitaire», atteste Fabio Calo. A savoir que l’an dernier, la population helvétique a dépensé 18,6 milliards de francs lors de ses voyages à l’étranger.

Même écho du côté du groupe détenant les marques Pierre&Vacances-CenterParcs. «Après deux mois confinés, les touristes recherchent des destinations proches, veulent prendre un bol d’air frais et le confort. Ce sont les forces qui nous caractérisent avec nos cottages, appartements autonomes et nos environnements naturels à la mer, à la campagne ou encore à la montagne, destination d'ailleurs plébiscitée cet été», confirme la porte-parole, Valérie Lauthier. Aussi soumis aux mesures sanitaires, des aménagements ont été nécessaires dans leurs villages pour répondre à cette nouvelle demande.

Parmi eux, des services de livraisons de courses et de plats proposés par les restaurants directement dans les chambres, des mini-concerts et animations mobiles comme des quizz interactifs en ligne et des kits créatifs à réaliser en famille pour s’occuper en toute sécurité. Plus important: les systèmes de réservation ont dû se transformer en offres flexibles avec annulation sans condition et facilités de paiements.

Une flexibilité qui s’est imposée à l’ensemble des clubs présents sur le marché. Un mal pour un bien d’après le directeur de Club Med Suisse: «Cet événement nous a remis à notre place et a mis le doigt sur la fragilité économique du secteur touristique. Depuis 2008 et l’arrivée des plateformes comme Booking, de ses offres de packaging avec EasyJet, nous sommes tous interdépendants et finalement les interlocuteurs se sont multipliés jusqu’à nous perdre.» 

Mais le patron se dit optimiste pour l’avenir des clubs de vacances car, plus que jamais, la clientèle risque de se rendre compte de l’importance d’avoir une assistance, un remboursement assuré par un seul prestataire de services. Concernant l’activité, ce dernier mise sur un retour à la normale pour le secteur en 2022.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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