Bilan

Comment les banques gèrent le télétravail

Les établissements qui, comme Syz, Reyl, Credit Suisse ou Deutsche Bank Suisse, avaient déjà investi dans des outils informatiques ont pu assurer un télétravail sécurisé à quasi tous les employés.

Deutsche Bank Suisse: Loïc Voide, responsable du bureau genevois et Marco Pagliara, CEO.

Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Comment se débrouillent les banques face aux contraintes du télétravail? Plus les établissements étaient avancés dans leurs protocoles de télétravail, mieux ils s’en sortent. C’est le cas chez les deux banques genevoises Syz et Reyl & Cie. Au fil des ans, la Banque Syz avait développé ses plans de crise et n’a eu qu’à les perfectionner ces deux derniers mois. Elle avait par ailleurs investi dans des outils informatiques de pointe, écrit Eric Syz, cofondateur et CEO du groupe, dans une lettre à ses clients. Si les autorités venaient à décider de fermer l’ensemble des bureaux, «nous serions en mesure de rester pleinement opérationnels puisque tous nos collaborateurs peuvent travailler depuis leur domicile, souligne-t-il. Nous comptons déjà plus de collaborateurs en télétravail que dans nos bureaux, et chacun d’entre eux est équipé pour satisfaire aux normes les plus strictes en matière de sécurité des données.»

Même son de cloche chez Reyl & Cie: «Avant la pandémie, la Banque Reyl avait déjà mis en place un dispositif de télétravail pour ses collaborateurs, explique Dominique Paladini, directeur général adjoint et président du comité pandémie chez Reyl & Cie. A la suite de l’annonce du confinement, ce dispositif a été étendu et renforcé sur l’ensemble des sites du groupe. Grâce à l’engagement des équipes informatiques, l’ensemble des collaborateurs sont équipés pour le télétravail, 85% d’entre eux en moyenne remplissant leur mission chaque jour depuis leur domicile, y compris au niveau des opérations et de la salle des marchés.»

Chez les grands groupes comme Credit Suisse, «sur nos 20 000 collaborateurs en Suisse, désormais 90% ont la possibilité de télétravailler», indique le porte-parole Jean-Paul Darbellay. Concernant la sécurité, le CS applique à domicile les mêmes règles que dans ses bureaux. Deutsche Bank Suisse a aussi pu s’organiser pour que 90% des employés travaillent depuis la maison, indique Marco Pagliara, CEO de Deutsche Bank Suisse. «En très peu de temps, des laptops ont été fournis à tous ceux qui en manquaient, et l’accès à distance a été rendu fluide pour un nombre considérable de systèmes clés pour les activités de la banque», observe-t-il. Selon Loïc Voide, responsable du bureau genevois de Deutsche Bank, la banque a aussi aidé ses employés qui résident en France à s’organiser pour travailler à distance. Le groupe interdit formellement l’usage d’appareils privés ou de software de communication basé sur internet dès lors que les employés travaillent avec des données de clients.

Dominique Paladini, directeur général adjoint de Reyl & Cie (Crédits: Maillot/pointOFViews)

Frontaliers: le casse-tête

Steven Meyer, expert en cybersécurité et fondateur de ZENData, voit passer nombre de cas. Il observe que le télétravail transfrontalier, par exemple, est un casse-tête organisationnel et légal. «Il a fallu repenser les concepts de sécurité des données. Pour les personnes travaillant en France, si un contrat leur interdit de sortir les données d’un établissement, comment fait-on? Certes, les données sont stockées sur le serveur de la banque, mais quid si elles s’affichent chez le collaborateur sur son écran? Techniquement, elles sont sorties.»

En général, Steven Meyer observe que les établissements les plus mal pris sont ceux qui n’avaient pas d’infrastructure permettant le travail à distance et qui ont agi dans l’empressement. «S’ils ont demandé à leurs employés de travailler chez eux avec leur ordinateur personnel, celui-ci n’est pas correctement sécurisé, il est exposé au reste de la famille, à l’installation de jeux piratés, parfois il n’est pas verrouillé, parfois on imprime des documents qu’on laisse traîner: tous ces problèmes sont plus humains que techniques et doivent aussi être traités.» De quoi donner des cauchemars aux banques les moins préparées.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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