Bilan

Comment entrer dans les meilleures universités du monde

Le baccalauréat international se profile comme le meilleur diplôme pour optimiser ses chances d’entrer à Harvard ou à Oxford. Mais le diplôme n’est qu’un élément d’un épais dossier de candidature. Conseils.

  • Un dossier de candidature à Cambridge nécessite dix-huit mois de préparation.

    Crédits: Dr
  • A l’Université d’Oxford, classée 4e au monde, les places sont chères.

    Crédits: Luxy images/Getty images

Stanford, le MIT, Berkeley aux Etats-Unis, Oxford et Cambridge au Royaume-Uni: autant de valeurs sûres dans tous les rankings des meilleures universités du monde. Pour y passer un bachelor, il y a évidemment beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Comment mettre un maximum de chances du côté de sa candidature? Voici quelques conseils.

Bien choisir son sésame

Tout d’abord au niveau des diplômes, que choisir, si l’on étudie en dehors de l’enseignement public helvétique, entre une maturité et un baccalauréat international, abrégé IB à partir de l’anglais?

Business manager à l’école internationale bilingue de Haut-Lac, Jean-Louis Dubler bannit les périphrases: «La maturité est plus exigeante et plus compliquée, avec 12 sujets à passer en deux sessions à une année d’intervalle, contre 6 sujets en une seule session pour l’IB. La maturité se profile cependant comme un laissez-passer pour les institutions helvétiques.» Dans le cas d’expatriés pour qui il est clair que le jeune en formation fera ses études ailleurs qu’en Suisse, le pragmatisme fait pencher la balance en faveur de l’IB. Il en va différemment pour les personnes dont l’avenir n’est pas encore scellé.

Première en Suisse romande à offrir cette possibilité, l’Ecole Moser à Nyon (VD) et à Genève lance un programme qui permet de préparer aux deux diplômes en même temps. Une offre que proposent déjà quelques établissements en Suisse alémanique. «La formule du double diplôme permet d’allier l’excellent niveau de compétences académiques de la maturité à la reconnaissance des compétences sociales valorisées par le baccalauréat international. C’est la voie royale», se félicite Alain Moser, directeur de l’école.

Moins connu en Suisse que la maturité, l’IB met par exemple en avant des activités telles que voyages humanitaires ou coaching d’une équipe junior de foot. Hypermobiles et avides de projets concrets, les millennials apprécient cette approche. Délivré par 5000 écoles dans le monde dont 1600 aux Etats-Unis et au bénéfice de plus 100 000 diplômés, l’IB s’avère mieux connu des universités anglo-saxonnes que la maturité, qui présente comme inconvénient supplémentaire 26 variantes cantonales. Handicap de l’IB en Suisse, les universités du pays exigent des notes supérieures aux critères minimaux de la part des candidats à l’admission.

«La combinaison de la maturité et de l’IB ouvre un maximum de portes, souligne Alain Moser. En outre, dans un dossier de candidature pour les universités les plus prestigieuses du monde, le double diplôme fait figure d’exploit.» Les étudiants suisses se montrent plutôt sédentaires. Seul un jeune sur dix se montrera effectivement mobile, selon l’OFS (Office fédéral de la statistique). Dans des écoles privées à vocation internationale qui accueillent beaucoup d’enfants issus de familles binationales, cette proportion se révèle beaucoup plus élevée. Les anciens élèves de l’Ecole Moser sont environ un tiers à rejoindre immédiatement une université à l’étranger et quelque 70% effectuent un bachelor en Suisse pour terminer par un master en dehors de nos frontières.

Soigner son dossier

C’est au chapitre de la préparation du dossier que les écoles privées apportent un avantage déterminant. L’enseignement public amène les étudiants jusqu’au diplôme en les préparant au mieux aux épreuves de maturité, dans le contexte d’études effectuées par la suite dans le pays, voire dans le même canton. Le corps professoral n’a pas pour mission d’accompagner les jeunes dans leurs projets. Et encore moins de les soutenir dans l’idée d’un départ dans une université étrangère. Jean-Louis Dubler reprend: «Dans l’enseignement privé, des professionnels sont dédiés à l’accompagnement des étudiants dans le dépôt de leur candidature dans les universités du monde entier. Ils aident à la constitution du dossier. Ce personnel prend aussi les contacts avec les universités convoitées et préparent les jeunes aux entretiens qu’ils devront passer pour être admis.» Des prestations qui ont bien sûr leur prix puisque qu’une année d’écolage dans le privé se compte en dizaines de milliers de francs annuels.

Ancienne d’Harvard, Julie Bertolus parle anglais, français, hindi, urdu et espagnol. (Crédits: Tiffany Koh)

Lettre de motivation pointue

Responsable du conseil pour les universités chez Educom, Aurélie Panchaud détaille: «Pour les universités de Grande-Bretagne, les critères de sélection sont avant tout académiques. Une candidature à Oxford ou Cambridge nécessite de s’y prendre environ dix-huit mois avant la rentrée universitaire. La pièce maîtresse du dossier est une lettre de motivation très pointue dans la discipline que l’on veut étudier. Il faut faire une quantité de lectures personnelles sur le sujet. Le conseiller peut aider à la rédaction du texte mais le candidat doit s’immerger dans le sujet pour pouvoir ensuite défendre ses connaissances s’il est retenu pour l’entretien. Le candidat devra aussi passer des examens d’entrée complémentaires liés au bachelor choisi.»

La donne est différente pour être admis dans les universités américaines. En plus d’excellentes notes scolaires et d’examens SAT/ACT (évaluation des aptitudes en mathématiques et raisonnement verbal/lecture, anglais, sciences et mathématiques), le candidat doit défendre des compétences sociales. Les établissements d’élite les plus convoités sont ceux de l’IVY League (Brown University, Columbia University, Cornell University, Dartmouth College, Harvard University, the University of Pennsylvania, Princeton University, and Yale University). «Il faut deux ans pour préparer une candidature auprès de l’IVY League. En plus d’avoir saisi la culture universitaire américaine, le candidat doit être en mesure de présenter un profil fait d’«expériences comme voyages humanitaires, de même que des responsabilités, par exemple délégué de classe ou un engagement auprès du journal de l’école», reprend Aurélie Panchaud.

Présidente de l’antenne genevoise du club suisse des anciens de Harvard, Julie Bertolus est manager en marketing chez IATA(International Air Transport Association), à Genève. D’origine indienne, cette trentenaire a terminé sa scolarité aux Etats-Unis avant d’être admise en informatique à l’Université de Harvard. «En parallèle à l’excellence scolaire, cette institution valorise la faculté d’être un moteur de changement, l’engagement en faveur de la communauté et le potentiel de leadership.» Autant de qualités démontrées par le parcours de cette fille d’un businessman indien, qui a beaucoup voyagé pour ses affaires. Julie Bertolus a vécu à New Dehli, au Nigeria, puis aux Etats-Unis à Miami, San Diego et New York, montrant toujours une grande faculté d’adaptation. Durant son enfance, elle se passionne pour les langues (elle parle anglais, français, hindi, urdu et espagnol) et devient présidente du club de français local. Elle accumule aussi les activités bénévoles en faveur de sa communauté. «Mais il n’est pas indispensable d’avoir une trajectoire aussi mouvementée que la mienne, sourit-elle. Une carrière sportive de premier plan ou une expérience militaire sont d’autres atouts. Un étudiant peut aussi retenir l’attention en démontrant qu’il a pu améliorer le fonctionnement de son école grâce à la pétition dont il a eu l’initiative.»


Matu ou bac international?

Le baccalauréat international: pour les universités étrangères

Diplôme de fin d’études secondaires, le baccalauréat international, abrégé IB de l’anglais, est proposé dans les écoles privées à vocation internationale pour des élèves de 16 à 19 ans. Les examens finaux se déroulent traditionnellement en mai ou en novembre. Le programme du diplôme a été créé en 1968 par l’Ecole Internationale de Genève dans le but de faciliter la mobilité géographique des jeunes et de promouvoir une compréhension interculturelle. L’enseignement se veut transversal, avec un accent mis sur l’expression écrite et orale dans une langue étrangère.

Portant sur six disciplines, l’IB entend encourager l’autonomie, dans une approche similaire à celle des pays anglo-saxons. Ce diplôme est reconnu par la majeure partie des universités en Suisse et dans le monde, de même que par les Ecoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich. En Suisse et à l’étranger, les institutions exigent en général des résultats supérieurs aux niveaux minimaux. Les notes vont de 1 à 7 (la plus élevée).

La maturité: pour étudier en Suisse

Diplôme strictement helvétique, la maturité gymnasiale s’obtient dans une école de maturité (gymnase, collège ou lycée selon les cantons), lors d’examens organisés par ces établissements. Dans l’enseignement privé, les élèves passent un examen identique dans toute la Suisse (à l’exception du canton de Genève), lors de deux sessions par an (janvier et août) organisées par la Confédération.

A la différence de la maturité gymnasiale, les élèves du privé ne connaissent pas leur professeur et les notes de l’année ne sont pas prises en compte. Les épreuves sont également accessibles aux autodidactes. Variant d’une région à l’autre, le régime en vigueur prévoit en général une douzaine de disciplines de maturité. Ce diplôme, détenu par quelque 20% de la population helvétique, permet en principe l’admission automatique aux études supérieures dans toute la Suisse.

Toutefois, on constate une tendance à l’institution de numerus clausus, notamment en médecine, sur la base des résultats obtenus. Si les universités et écoles fédérales polytechniques helvétiques affichent une très forte reconnaissance internationale, le système de la maturité suisse reste peu connu à l’étranger et exige des explications sur la lecture des résultats lors de la candidature. Les notes vont de 1 à 6 (la plus élevée).

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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