Bilan

Chasseuse de talents pour LVMH

Depuis l’arrivée de la Vaudoise Chantal Gaemperle à la tête des ressources humaines, le groupe de luxe français est passé de 60 000 à 134 000 employés. Elle livre ses recettes.

Chantal Gaemperle est la seule femme membre de la direction générale de la multinationale LVMH.

Crédits: Christophe Beauregard

Elle court, elle court, Chantal Gaemperle, au rythme des rendez-vous fixés par son assistance personnelle qui connaît sur le bout du doigt le programme minuté de ses journées. Nous la rencontrons avenue Montaigne à Paris, dans l’immeuble qui abrite les membres de la direction du plus grand groupe de luxe au monde. Dans son bureau épuré, nous découvrons pas mal de livres, des fragrances de collection, quelques bouteilles de champagne et plusieurs affiches publicitaires.

Robe blanche Givenchy, veste écrue Louis Vuitton et bottines noires de la marque Céline, la Vaudoise a la silhouette idéale pour porter les tenues haute couture des maisons détenues par LVMH. Et elle ne s’en cache pas: passionnée de mode et de parfums, la DRH du groupe ne manque aucun défilé et possède une collection de chaussures digne des plus grandes fashionistas américaines. «Si je n’avais pas fait ce métier, j’aurais peut-être choisi d’être nez car j’ai une très bonne mémoire olfactive», raconte celle qui apprécie également passer du temps avec les parfumeurs.

Assise aux côtés du patron Bernard Arnault lors des comités exécutifs mensuels, Chantal Gaemperle est la seule femme membre de la direction générale de la multinationale qui détient 70 marques dans différents secteurs (lire l’encadré). Quand elle a pris ses fonctions de directrice des ressources humaines en 2007, l’entreprise comptait alors 60 000 collaborateurs. Dix ans plus tard, le chef de file mondial de l’industrie du luxe en compte 134 000, à la suite, notamment, d’une croissance organique et d’acquisitions.

Valoriser les carrières féminines

A peine arrivée à l’une des plus hautes marches de l’entreprise, Chantal Gaemperle a lancé différentes initiatives qui lui tenaient à cœur, telles que EllesVMH. Ce programme consiste à favoriser le développement professionnel des femmes dans toutes les fonctions et à tous les niveaux de l’organisation par la mise en place de coaching et de mentoring. En 2015, les résultats sont concluants: 74% de l’effectif total de LVMH et 38%  des membres du comité de direction des maisons sont des femmes (alors que ce chiffre était de 23% à son arrivée). «Ce n’est pas suffisant, nous aimerions aller plus loin. Les femmes font partie de la majorité des talents. Sans compter que la plupart de nos produits s’adressent à elles, d’où l’importance d’avoir leur regard et leur point de vue sur la marche des affaires», souligne la Suissesse.

Comment fait-elle passer ses idées au sein d’un exécutif entièrement masculin? «En tant que femme, nous avons plutôt tendance à nous effacer», réagit la Vaudoise. Cela ne l’empêche pas de s’affirmer. «J’ai ma personnalité et mes convictions. Et dans notre groupe il est important d’avoir un point de vue et de le défendre», fait remarquer la DRH. Groupe familial dirigé par Bernard Arnault, la multinationale garde heureusement un esprit entrepreneurial, commente celle dont la carrière a débuté chez Philip Morris, puis s’est poursuivie chez Merrill Lynch et Nestlé. «Cela permet d’être plus souple et de prendre des décisions rapidement. Et surtout, lorsque l’on travaille, on comprend à quoi l’on sert.» 

Favoriser les collaborateurs internes

Qu’en est-il de l’innovation dans les méthodes de recrutement? LVMH a lancé les «recrutement days» qui permettent à des candidats de passer une journée entière dans l’une des maisons du groupe. «On leur donne un vrai cas de business sur lequel ils ont à travailler en équipe. Cela nous permet de dialoguer avec eux, de voir comment ils réagissent.» De leur côté, les postulants se mettent en situation à l’occasion d’une problématique concrète. Ainsi, tout le monde est apte à observer et à comprendre comment l’autre fonctionne.

«Rien ne remplace toutefois les entretiens, les rencontres, les rapports humains», souligne la DRH. Il y a aussi beaucoup de coups de cœur. «Rien n’est standardisé. C’est du sur-mesure.» Son travail consiste à connaître les gens en amont. La Vaudoise a également mis en place un programme pour mieux repérer et valoriser les talents internes. Une démarche qui a porté ses fruits et complété la politique de recrutement du groupe.

«Nous avons aujourd’hui un écosystème qui favorise la promotion afin d’éviter que les différentes maisons du groupe aient systématiquement à recruter à l’extérieur. Cette initiative a permis au groupe d’enregistrer l’an dernier 2600 mouvements de cadres dirigeants à l’interne, et dorénavant deux postes clés sur trois sont pourvus grâce à la mobilité au sein du groupe. C’est un cercle vertueux car les personnes extérieures au groupe ont ainsi un intérêt supérieur à nous rejoindre.» Son rôle consiste alors à susciter la confiance et à convaincre des personnalités qui ont le choix dans leur carrière, qu’ils ont une mission, une aventure professionnelle unique à vivre au sein du géant du luxe. «Il s’agit d’un long processus avant la signature d’un contrat.»

Il existe une autre initiative dont Chantal Gaemperle peut également être fière: celle d’avoir créé il y a deux ans l’Institut des métiers d’excellence qui se rapproche du système d’apprentissage en Suisse. Il s’agit d’un programme de formation professionnelle qui vise à préserver la filière des métiers de l’artisanat et des savoir-faire au sein du groupe. «Nous sommes allés chercher des jeunes dans des quartiers défavorisés pour leur donner la chance de pouvoir faire un apprentissage en alternance avec des cours à l’école.»

Chantal Gaemperle avoue prendre les choses très à cœur, «c’est peut-être mon côté féminin». Elle s’implique avec passion dans tout ce qu’elle entreprend. Elle se veut entière et authentique, répondant parfois à des questions que d’autres ont l’art d’esquiver. «On est dans un secteur où l’on fait rêver les gens, où on leur apporte de l’émotion et du rêve. C’est un secteur de produits, de savoir-faire, de talents, de personnalités qui sont complexes et attachantes.» C’est le côté lumière. Le revers de la médaille, comme tous postes de dirigeant, ce sont les responsabilités, le stress, la fatigue. Son métier, elle l’aime et se sent proche des produits développés par les maisons. «J’aime découvrir les produits, j’adore courir les boutiques. Avec le temps, je connais les vendeurs, point commun avec Bernard Arnault qui est, lui aussi, très proche du terrain.»

Toujours à 100 à l’heure

Ainsi, s’engager, foncer, mener un combat pour des valeurs universelles comme la défense des femmes ou des minorités, c’est ce qui motive la Vaudoise. Dans son futur, elle se voit bien au sein de conseils d’administration, des postes qu’elle a jusque-là refusés par manque de temps. «Quand je m’engage, je m’engage à fond.» Et puis elle avoue avoir tellement travaillé durant sa vie qu’elle serait perdue si elle avait une demi-heure devant elle. Quant à la Suisse, elle s’y voit revenir un jour: «C’est mon refuge où je me ressource en famille. En Suisse, on a une qualité de vie qu’on apprécie d’autant plus quand on l’a quittée.»  

Chantal Mathez

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