Bilan

Changement de cap pour les PME soufflées par la crise

Solution d’urgence ou stratégie d’avenir, en réaction à la pandémie, les entreprises suisses ont choisi de miser sur l’adaptation de leur modèle commercial.

Credit Suisse observe un recul du PIB de 3,2% en 2020.

Crédits: Pexels

Alors que cette année 2020 riche en rebondissements touche à sa fin, l’heure est à l’évaluation des dégâts. Dans son enquête «Moniteur Suisse» présentée mardi, Credit Suisse fait état au 2e trimestre du «pire effondrement du produit intérieur brut (PIB) depuis le début du recensement en 1980», soit un recul de 7%.

Une phase sombre pour les PME du pays qui ont dû faire preuve de résilience, un terme jusqu’alors méconnu et désormais notoire.

Mais malgré les efforts fournis, plus de la moitié des entreprises interrogées n’avaient toujours pas retrouvé leur niveau d’avant-crise ou en géraient encore la phase aiguë à l’automne. Pour certaines PME, des mesures drastiques ont dès lors été nécessaires.

Repenser son modèle d’affaires

L’une de ces mesures, la réorientation, est à la fois une conséquence et une opportunité issue de la crise. Conscientes que les besoins de la clientèle ont évolué lors de ces derniers mois, de nombreuses sociétés ont décidé de réagir en modifiant leur modèle commercial. Elles seraient près d’une PME sur deux selon Credit Suisse et ces changements demeureront après la crise dans 24% des cas.

Cette réorientation, urgente pour certains, comme le démontre l’analyse par taille d'entreprise, témoigne que les petites structures (51%) sont celles qui ont le plus souvent modifié leur modèle d’affaires par rapport aux moyennes (40%) depuis mars. 

«Plus touchées économiquement mais également plus agiles, les microentreprises ont été les premières à réagir de cette façon. Notamment, parce qu’elles y étaient forcées. Heureusement, dans un environnement de marché en pleine mutation, la flexibilité est l’attribut décisif cité pour surmonter la crise», commente Sara Carnazzi, co-auteure du sondage et économiste chez Credit Suisse.

Mais si dans un premier temps les petites entreprises n’ont pas toujours eu le choix, à plus long terme le processus de transformation du paysage des PME n’est pas encore achevé. D’un point de vue stratégique cette fois, 26% d’entre elles prévoient de modifier leur modèle commercial dans les une à trois prochaines années. 

Moins affaiblies mais plus lentes dans leurs reconversions, les moyennes entreprises ont décidé d'inscrire ces changements dans un temps plus long.

Se tourner vers la proximité

La crise et la paralysie du commerce à l’échelle planétaire qui en a découlé, ont également amené les PME suisses à réévaluer et adapter la valeur de leurs chaînes d’approvisionnement. «Les réelles mesures ne sont pas encore palpables car ces chaînes sont complexes et demandent beaucoup d’investissement pour être modifiées mais un quart des entreprises envisage une nouvelle répartition de ses filiales à l’étranger», souligne la co-auteure de l'étude.

Interrogées quant aux adaptations déjà effectuées depuis le printemps, 39% des PME ont affirmé avoir renégocié les conditions de livraison, 19% ont réintégré des tâches et processus externalisés auparavant, 19% ont renforcé leur concentration sur des fournisseurs d’intrants plus proches géographiquement et 18% ont diversifié leurs fournisseurs. 17% ont en outre déclaré détenir désormais des stocks plus importants d’intrants.



Investir dans la numérisation

Dans ce contexte mouvant, aucun repli durable n’est toutefois à attendre sur le front des investissements, ce qui laissera place à une mutation désormais cruciale vers le digital. En effet, un degré de numérisation avancé s’est révélé essentiel pour maintenir ses activités commerciales pendant la pandémie. Plus de 50% des PME indiquent avoir souffert de carences en termes de numérisation au début de la crise.

«Si l’on compare en fonction de la taille des sociétés, il apparaît que les micros et petites entreprises qui estimaient leur degré de numérisation comme très bon ou bon, plus que les moyennes PME, on finalement vu la pandémie comme un signal d’alerte qui va les inciter à investir dans ce domaine», indique l'économiste Sara Carnazzi.

Que ce soit pour le e-commerce, le service client ou encore le télétravail, des efforts sont encore à fournir chez les PME. Concernant ce dernier élément, Credit Suisse estime que les actifs suisses pourraient en moyenne effectuer presque 43% de leurs tâches professionnelles depuis leur domicile. Si avant la crise, l’étendue de ces pratiques était plutôt limitée, l’offre semble s’être élargie aujourd’hui.

En effet, 31% des PME ont soutenu qu’elles comptaient proposer davantage de telles solutions dans un horizon de un à trois ans.

En revanche, de nombreuses PME qui ne connaissaient pas le télétravail avant cet essai forcé semblent indécises quant à la future extension de leur offre de travail à domicile. L’impact du travail à domicile sur la productivité et le maintien de la cohésion des équipes posent questions. «Au vu des arguments pour et contre le home office, il est probable que des formes hybrides de travail au bureau et à domicile s'imposent à l’avenir», conclut Sara Carnazzi.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud en passant par l'Egypte, quand cette jeune journaliste de Bilan, férue de voyages, n'explore pas les quatre coins de la planète, elle exerce son autre passion: l'écriture. Après avoir consacré la plupart de ses étés à des stages dans les rédactions de Suisse romande (entre autres 20 minutes, Tribune de Genève, L'Agefi et le Temps), la Genevoise s'est arrêtée deux ans à Neuchâtel pour obtenir son Master en journalisme. A présent bien installée dans les rangs de Bilan, elle aiguise ses armes en écrivant pour le magazine et bilan.ch Curieuse, son champ d'action se veut à peu près aussi vaste que celui de l'économie: Management, innovation, luxe, entreprises, immobilier...

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