Bilan

Ces patrons qui aiment travailler à la maison

Interruptions continuelles, nuisances sonores, transports pénibles… Paradoxalement, il faut parfois s’éloigner du bureau pour se montrer plus efficace. Tendances en Suisse romande et témoignages.
  • Pascal Hottinger, directeur de Nespresso Suisse, recourt au télétravail plusieurs fois par an.

    Crédits: Ruben Wyttenbach, dr
  • Chez Loyco, dirigé par Christophe Barman, tous les collaborateurs travaillent chez eux.

    Crédits: Dr

«Demain, je bosse depuis chez moi. Sinon, je ne vais jamais m’en sortir!» Pour beaucoup, l’atmosphère du bureau est devenue oppressante. Pas moyen de se concentrer plus de cinq minutes sans que quelqu’un vous adresse la parole, vous propose un café – alleeeez, juste un p’tit café! – ou parle bruyamment au téléphone. Sans compter, parfois, les tensions ambiantes qui réduisent votre énergie au point de faire pâlir une ampoule basse consommation.

Les solutions? Il n’en existe pas des milliers… «Si l’on s’installe dans un coin pour se concentrer, c’est mal accepté. Ecrire «Ne pas déranger» sur sa porte est considéré comme ringard, et les portes fermées ne servent à rien car les gens vont quand même entrer. Par contre, le télétravail, ça fait tendance», constate Nadia Coubès-Hasler, directrice et consultante chez NCH ConsultingRH.

Plus la technologie s’améliore, plus il est facile de travailler à la maison. Connecter son ordinateur dans son salon, Crocs aux pieds et smartphone à portée de main, revient strictement au même que de s’installer à son bureau officiel. «Tout dépend du caractère et de l’activité professionnelle, mais pour les gens collés derrière un écran, je suis surpris que certaines entreprises ne laissent pas faire de télétravail», remarque Matthias*, chargé d’affaires.

Travaillant entre deux et quatre jours par semaine chez lui, il souligne évidemment le côté pratique – éviter les heures de trajet entre deux grandes villes – et l’aspect motivant. «C’est très stimulant que l’on nous fasse confiance. Pour moi, il est clair que la motivation passe par cet élément. Mais dans d’autres secteurs de l’entreprise, où cette option n’existe pas, les gens pensent qu’on se la coule douce.»

Nadia Coubès-Hasler relève toutefois que, derrière cette belle idée de confiance, les nombreux outils informatiques «permettent de voir à chaque instant ce que les gens font. C’est humain d’aller vérifier… Alors que lorsque quelqu’un demande le télétravail, c’est qu’il en a réellement besoin.»

Et cette confiance est primordiale, même pour les top managers. «Il est nécessaire qu’une confiance réciproque entre managers et collaborateurs ou collègues soit établie au préalable, pour éviter tout malentendu ou suppositions erronées potentiellement dommageables aux relations de travail», confirme Pascal Hottinger, directeur de Nespresso Suisse.

Le home office s’impose à ce dernier cinq à dix fois dans l’année, lorsqu’il sent qu’il doit se «concentrer seul sur une problématique complexe, avant de prendre une grande décision», ou qu’il doit terminer des tâches pour lesquelles il souhaite «être au calme durant plusieurs heures» et travailler selon son rythme du jour.

Pas d’outil collaboratif pour ces occasions-là, le but étant justement de créer une bulle introspective qu’un minimum de perturbations viendront percer, comme «de rares SMS et téléphones urgents, suivis de quelques mails prioritaires. Il faut savoir déconnecter pour s’inspirer ou se concentrer.»

Chez Nespresso, le home office se fait au cas par cas, sur demande. Mais ce n’est pas une généralité, comme dans l’entreprise genevoise de courtage d’assurances et de conseil RH Loyco. «Ici, tout le monde le pratique!», assure son CEO Christophe Barman.

Si l’une des raisons évoquées est le souci de concentration – «c’est plus facile de travailler à l’extérieur du bureau» – la question technique a également largement amené Loyco à cette solution évidente. Tous les documents sont scannés, tout est numérisé, et «même au bureau, nous n’avons pas de poste fixe».

Un équilibre à trouver

Pour assurer cette fluidité, Christophe Barman utilise des outils collaboratifs tels que Basecamp pour la gestion de projets. Il ne jure d’ailleurs que par les livres écrits par les créateurs de cet outil (Jason Fried et David Heinemeier Hansson), Remote et Rework, ce qui en dit long sur son style de management. «Les gens passent beaucoup trop de temps en meeting. Et pour cela, le remote (éloigné, piloté à distance en anglais, ndlr) est favorable.»

Agendas synchronisés, Skype, Facebook, téléphone portable: tous les moyens sont bons pour joindre le patron, qui aura indiqué au préalable dans l’agenda qu’il ne serait pas présent physiquement dans les bureaux de Loyco.

Mais attention, si le télétravail présente de belles occasions de respiration hors du bureau, il s’agit aussi de ne pas perdre de vue le besoin de contacts humains. Tout dépend à nouveau du caractère de la personne, du poste occupé, du fonctionnement relationnel des gens. «Cela ne remplace pas la présence physique, rappelle Nadia Coubès-Hasler. Certaines personnes sont capables de passer la matinée sans parler à leur collègue, mais sa présence sera importante.»

Pascal Hottinger, qui loue pourtant les nombreux bénéfices du home office, tient également à souligner ce point. «L’inconvénient principal du télétravail reste l’absence de contact humain direct avec les collègues. C’est pourquoi une entreprise comme Yahoo! a fait marche arrière sur le home office systématique. Je crois personnellement trop aux vertus de la pause-café avec mes collègues pour y renoncer. C’est au bureau et dans les échanges informels que je récolte nombre d’informations et idées extrêmement utiles pour capter des signaux faibles ou des idées fortes.»

Malgré un ras-le-bol perceptible des interruptions au bureau et des difficultés évidentes de concentration en open space, chacun devrait avoir cette possibilité de trouver un équilibre entre présence physique au sein de son entreprise et home office. Histoire d’éviter la saturation.

Mais persiste encore le côté «vieille école», une notion relevée au travers de plusieurs témoignages, qui consiste à exiger une heure d’arrivée précise et un présentéisme
au bureau coûte que coûte, malgré les possibilités de flexibilité actuelles et le besoin parfois vital de travailler hors des murs habituels.

«Ceux qui sont de la vieille école ne sont pas confiants. Pour eux, la maison signifie TV, pantoufles, canapé. Alors qu’il y a un aspect bien-être important. On est parfois plus productif chez soi dans un vieux pull qu’au bureau dans une chemise serrée!», relève la spécialiste RH Nadia Coubès-Hasler.

«C’est une question générationnelle, observe aussi le jeune patron Christophe Barman. Notre perception du contrôle est différente. Il faut donner du sens à ce que l’on fait. Je préfère partir de l’idée que les conditions que l’on met en place donneront du plaisir au travail. Les organisations doivent se mettre dans un état d’esprit différent, dont le fait d’être présent ou non à son poste.» 

* Prénom d’emprunt 

Camille Destraz

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