Bilan

Ces entreprises romandes au dynamisme méconnu

Aucune étude ne s’était penchée en Suisse romande sur les sociétés de taille intermédiaire. Plus grandes que les PME et plus petites que les multinationales, elles sont pourtant très performantes.

Le secteur des machines est parmi les plus efficients.

Crédits: Laurent Gillieron/Keystone

Le concept d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) reste méconnu en Suisse. Alors pourquoi vouloir les étudier en Suisse romande? «Il a été observé que les ETI sont un moteur de croissance en Europe, notamment en Italie, en France et en Grande-Bretagne. Le fait qu’aucune étude les concernant n’existe en Suisse nous a intrigués», résume Didier Gabin, partenaire exécutif auprès de la start-up Quadrane, une société de conseil créée dans le canton de Vaud par trois associés jusqu’alors cadres dirigeants d’entreprises multinationales.

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Difficile de délimiter le périmètre des ETI. Au sein de l’Union européenne, trois barrières chiffrées les définissent: un chiffre d’affaires entre 50 et 1500 millions d’euros, un bilan situé entre 43 et 2 000 millions d’euros et 250 à 4999 salariés. Pour cette première étude, Quadrane a tenu à conjuguer le modèle allemand à celui de l’Union européenne: ses auteurs ont préféré fixer l’appartenance à une ETI au segment, très vaste, allant de 101 à 4999 salariés.

Au final, l’étude quantitative, menée par l’Institut CREA de l’Université de Lausanne sur mandat de Quadrane, concerne 975 établissements représentant 30% des emplois en Suisse romande. Outre les PME et les géants de plus de 5000 salariés, les administrations publiques, les fondations et les sièges d’entreprises multinationales non suisses sans activité à valeur ajoutée sur le territoire ont été exclus.

Cette étude quantitative montre que les ETI génèrent 39,3% de la valeur ajoutée de l’ensemble des entreprises de Suisse romande alors qu’elles n’emploient «que» 29,9% des employés en équivalents plein-temps (EPT). Certains secteurs d’activité, tels que la fabrication de machines ou l’horlogerie, augmentent l’écart entre les ETI et les autres entreprises. Ainsi, les cantons de Neuchâtel et Fribourg tirent les ratios vers le haut. «Que ce soit en Suisse romande ou en Suisse alémanique, les ETI surclassent l’ensemble des autres acteurs de l’industrie en termes de valeur ajoutée et de performance économique», analyse Quadrane.

Déficit de formations

Dans un second temps, la start-up a tenté d’entrer directement en contact avec les CEO des ETI. Au final, 38 d’entre eux ont accepté. Selon les estimations de Quadrane, «les entreprises ayant participé à cette étude qualitative représentent environ 13% des effectifs des ETI en Suisse romande». Dans le cadre d’entretiens réalisés tête à tête, plusieurs thématiques ont été abordées. Il en ressort de nombreuses indications.

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«Les faiblesses de la Suisse citées spontanément par les interrogés sont le manque d’écoles, l’absence de certificats spécifiques dans certains de leurs métiers comme la distribution, ou encore des formations professionnelles opérationnelles jugées insuffisantes. Face à ce déficit de formations adaptées à leurs besoins, les ETI ont donc dû s’adapter avec la mise en place de formations en interne.»

Les auteurs de cette étude, présentée en juin à la Chambre vaudoise du commerce et d’industrie, ont aussi cherché à mieux appréhender la transformation digitale des ETI suisses. «38% d’entre elles répondent par une stratégie offensive, c’est-à-dire en exploitant systématiquement toutes les opportunités. Les autres ETI lui préfèrent une approche plus tactique (par des initiatives ponctuelles jugées peu coordonnées), voire, pour 11% d’entre elles, totalement défensive, en maintenant coûte que coûte leurs positions actuelles.» Quadrane envisage de poursuivre son étude en 2017.  

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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