Bilan

Ces couples qui se tirent vers la réussite

Chacun s’épanouit dans son métier, dans des domaines parfois très éloignés. Mais ils réseautent l’un auprès de l’autre, se conseillent et dédoublent leur force de frappe. Témoignages.
  • Christine Schraner Burgener et Christoph Burgener: «C’est un grand avantage de pouvoir se consulter mutuellement.»

    Crédits: Olivier Grivat
  • Leila et Patrick Delarive: «Chacun se montre constructif pour l’autre.»

    Crédits: Olivier Grivat
  • A gauche: Renata Libal et Alain Jeannet: «Je n’aurais jamais eu cette carrière sans lui.»

    Crédits: Dr
  • Nicholas et Annie Hochstadter: «Dans la famille, on ose se dire les choses.»

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Les temps changent, et avec eux les idéaux. Quand la réussite se conjuguait presque exclusivement au masculin, les hommes devenus patrons ou magistrats se reposaient sur leur épouse pour le soutien logistique. Par la suite, ils lui trouvaient une activité annexe afin de l’occuper. De la vente de cupcakes à la fondation humanitaire, elles pouvaient avoir leur «truc à elles», à moins de se consoler sur les épaules d’un coach sportif à domicile. 

Aujourd’hui, nombre de cas le démontrent: avec l’augmentation du nombre de femmes cadres ou dirigeantes, des couples réseautent ensemble, se présentent mutuellement des clients ou des prospects, se conseillent et s’entraident dans leur carrière respective. Sans vivre l’un à travers l’autre, ils s’apportent des ressources supplémentaires. Au final, tous deux augmentent leur capital social, et le succès de l’un rejaillit sur le succès de l’autre. On commence seulement à prendre la mesure du potentiel
de pareils tandems. Témoignages.

Christine Schraner et Christoph Burgener

Deux ambassadeurs en activité peuvent-ils être mari et femme? Deux Suisses l’ont fait. La Zurichoise Christine Schraner Burgener et son mari, le Haut-Valaisan Christoph Burgener, représentent tous deux la Suisse en Asie. Madame depuis l’ambassade de Suisse à Bangkok, et monsieur à Rangoon, la capitale de Birmanie, où depuis 2012 il représente aussi la Suisse au Laos et au Cambodge.

Le couple a même partagé quelques années un poste à mi-temps à Bangkok: du «job sharing» à l’ambassade d’un pays où le roi est un ami très cher de la Suisse romande où il a grandi. En 2009, ce partage des tâches était même une première mondiale.

En 1995, le couple se marie; il est envoyé à Dublin où tous deux sont conseillers à mi-temps à l’ambassade de Suisse: «Nous étions le premier couple à partager un poste dans la diplomatie helvétique. Une ordonnance interdisait le temps partiel au personnel diplomatique à l’étranger. J’ai écrit au chef des Affaires étrangères Flavio Cotti, qui m’a accordé un entretien et l’ordonnance a été modifiée», se souvient Christine Schraner.

En 2001, les inséparables sont engagés à Berne comme chefs de la section des droits de l’homme aux Affaires étrangères: «Il nous a souvent fallu expliquer la situation à nos interlocuteurs, mais l’écho était toujours positif, se rappelle la diplomate. Parfois, nos interlocuteurs n’ont même pas réalisé que nous étions en «job sharing». J’étais toujours très flexible. On pouvait m’appeler du bureau quand j’étais à la maison avec les enfants. Et surtout, c’est un grand avantage que de pouvoir se consulter mutuellement dans un couple.»

Leila et Patrick Delarive

Patrick Delarive, entrepreneur de l’immobilier et de la finance, épouse en 2013 Leila, avocate spécialisée dans l’immobilier et la construction. Ils s’étaient rencontrés en 2006, puis rapprochés en 2009. Depuis, les deux ont des ailes. Alors que Patrick Delarive produit le chanteur Bastian Baker, chronique dans Bilan et sur LFM radio, et dirige la D-Academy, une formation pratique pour cadres dans les domaines de l’immobilier, de la gestion et du leadership, Leila Delarive a lancé ce 8 mars une chaîne privée, Be Curious TV. Patrick Delarive a «pris des dispositions pour que la société de Leila soit à elle seule» et s’est retiré des structures de direction. 

Comme nombre de couples, ils profitent de leurs réseaux respectifs. «Quand je suis dans mon quotidien, dit Patrick Delarive, le projet de Leila, tout en n’étant pas le mien, est toujours dans mon esprit. A chaque fois que je rencontre quelqu’un et que je pense que cela peut être positif pour elle et pour cette autre personne, je les présente.» Quant à Leila, elle opère un «tri sélectif» de personnes qu’elle présente à son mari, en cas d’opportunité. Porter son projet même quand il n’est pas là, tel est son réflexe instinctif.

«Le fait d’avoir chacun ses projets ne crée aucune amertume, ni jalousie ni rancœur, poursuit Patrick Delarive, car chacun vit dans son projet, se montre constructif pour l’autre, pousse l’autre vers le haut.» Les conseils offerts par un partenaire actif sont de qualité. Leila Delarive souligne que son mari, voyant qu’elle n’était pas épanouie dans son métier d’avocate, l’a poussée à trouver
ce qu’elle aime. «Quelqu’un qui ne serait pas entrepreneur comme Patrick m’aurait dit: tu es folle, tu es avocate, pourquoi aller dans une activité risquée?» Elle le considère comme son «mentor».

«Leila m’a ouvert les yeux sur qui je suis, m’a permis de devenir beaucoup plus moi-même», témoigne à son tour Patrick. «On bénéficie d’un regard extérieur par rapport aux problèmes de l’autre. Un regard plus détaché, plus dépassionné. Lui reste assez froid quand je dramatise», résume Leila.

Aujourd’hui, elle estime qu’après avoir été la «femme de», elle a fait sa place, grâce à son soutien. Parick Delarive, décomplexé, témoigne même: «Si auparavant on disait à Leila: vous êtes la femme de Patrick Delarive, maintenant on me dit: «Est-ce que vous n’êtes pas le mari de Leila Delarive?»

Renata Libal et Alain Jeannet

«Je n’aurais jamais fait la carrière que j’ai faite sans lui. Alain m’a toujours dit: go, fonce et essaie!», reconnaît Renata Libal, rédactrice en chef du magazine encore! (groupe Tamedia), en parlant d’Alain Jeannet, son mari et rédacteur en chef de L’Hebdo (groupe Ringier). Derrière chaque grand homme, il y aurait une grande femme, et... derrière chaque grande femme, un grand homme?

Ils se sont connus du côté de L’Hebdo en 1987 où Renata Libal travaillait en journaliste libre et Alain Jeannet dirigeait la rubrique économique. Mariés en 1992, ils ont l’un et l’autre accumulé les casquettes de chef(fe) ou d’adjoint(e) dans divers titres phares de la presse romande. Pour Renata, de Femina à Edelweiss en passant par feu dimanche.ch. Pour Alain, le NQ, L’Illustré, Bilan et L’Hebdo.

«Alain et moi avons toujours travaillé dans des domaines différents – lui, la politique et l’économie, et moi la société et le lifestyle –, si bien que chacun a son pré carré et n’empiète pas dans une conversation sur le domaine de l’autre», souligne Renata Libal. 

«Nous partageons la même passion du journalisme, poursuit Alain Jeannet, mais nous nous aidons aussi mutuellement à garder un certain recul par rapport au métier et au milieu». Hors du travail, ils partagent nombre d’activités, et notamment le sport.

Entre eux, pas l’ombre d’une rivalité, mais le bénéfice d’un regard à la fois détaché et expérimenté: «Il nous arrive de nous relire un article ou un édito pour avoir un regard extérieur, poursuit Renata Libal. En revanche, dans les domaines stratégiques qui concernent la politique éditoriale de Tamedia et Ringier, il y a une muraille de Chine que nous ne franchissons jamais». Alain Jeannet évoque, parmi les avantages des couples actifs, cette dynamique qui permet, justement, un véritable échange, ainsi que «la garantie de notre indépendance, y compris matérielle».

Pour lui, «quand vous êtes complices, 1 + 1  égale forcément trois. De temps en temps, elle fait aussi Madame Jeannet, d’autres fois, je fais Monsieur Libal».

Nicholas et Annie Hochstadter

Nicholas Hochstadter, ancien gérant de portefeuille de Ferrier Lullin puis de Credit Suisse, est un entrepreneur de la finance et des solutions informatiques, qui a fondé IBO en 2005 et développe actuellement ce qui pourrait devenir le «Comparis» de la gestion de fortune: une plateforme en ligne nommée Performance Network. Sa femme, Annie Hochstadter, s’épanouit dans tout un autre domaine, la mode. Elle se spécialise dans le conseil en image et en relooking, et tient un blog (www.sotrendy.ch) qui propose ces prestations en plus d’astuces quotidiennes. Lors de soirées de networking, ils se rendent ensemble et se mettent en valeur. 

«C’est important pour chacun dans le couple d’avoir son activité, explique Nicholas Hochstadter. Car si seul l’un des deux est actif, l’autre peut perdre pied face à son conjoint. Alors que là, il y a beaucoup de choses à échanger.» Il évoque le sentiment de fierté qui le traverse quand, certaines fois, on lui a dit: «C’est vous le mari d’Annie Hochstadter?» «Si elle était à tourner en rond à la maison, une fois que les enfants seraient grands, que se passerait-il?»

Il confie qu’au départ, lorsqu’Annie voulait s’orienter sur la mode, il craignait que cela ne marche pas et qu’elle se sente redevable de l’aide qu’il lui aurait apportée. «Les hommes ont souvent peur d’offrir un soutien pour une affaire qui ne va pas marcher. Je ne voulais pas financer un magasin sans être sûr qu’elle réunirait les compétences de comptabilité et de gestion. Je devais comprendre son business model et y croire. Jusqu’au moment où elle s’est lancée sur de bonnes bases, et là je l’ai soutenue à fond.»

Annie Hochstadter, elle, conseille son mari à de multiples niveaux. Sur la forme, d’une part, où elle le fait bénéficier d’un conseil expert. «Elle est très esthète, et je suis un cauchemar à ce niveau». Mais également pour ses affaires: «Elle est honnête et vraie, et me dira tout de suite ce qui ne va pas; son esprit très critique m’est vraiment utile.»

Tous deux se conseillent sur des stratégies professionnelles. «Je la conseille, ne serait-ce que lors des négociations qu’elle doit faire. Elle fait des relookings dans un grand magasin. Je lui ai montré des techniques de langage plus intéressantes que la confrontation. Chacun fait profiter l’autre de son expérience. Comme c’est dans la famille, on ose se dire les choses. Dans d’autres formes de partenariat, on n’ose pas forcément. Même mes filles commencent à intervenir. Mes enfants de 12 et 14  ans testent mon application de Performance Network.»

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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