Bilan

Ces CEO qui affrontent les sommets

Plusieurs dirigeants étaient inscrits cette année à l’éprouvante course de ski de montagne. Comment combinent-ils un tel engagement avec leur fonction?

«Je me lève tous les jours à 4 h du matin pour faire une heure de sport. Pour l’entraînement spécifique, je bloque un week-end sur deux pendant quatre mois», explique Michel Kunz. Le CEO d’Orell Füssli doit jongler avec son emploi du temps pour sa préparation à la Patrouille des Glaciers: «Je pars au bureau à 6 h, et il n’est pas question de diminuer mon rythme de travail pour ce projet qui est d’ordre personnel.» Il faut dire que rallier Zermatt à Verbier à skis de randonnée ne peut pas s’improviser. Une discipline de fer s’impose avant de pouvoir effectuer 4000 mètres de dénivellation positive et plus de 53 kilomètres (110 km/effort). Le petit parcours, qui n’a de petit que le nom, n’est pas non plus une sinécure. Le tracé entre Arolla et Verbier compte en effet 53 kilomètres/effort et 1880 mètres de dénivelé. Un descriptif en découragerait plus d’un. Pourtant l’épreuve, devenue mythique au fil des éditions, attire toujours plus de prétendants. Des personnalités de la vie économique suisse se sont préparées tout l’hiver pour être au départ fin avril.

Jacques Bourgeois  Faire du sport permet au conseiller national «de tenir la pression.»   Des motivations diverses

Certains sont presque des habitués, comme Alexandre Zeller, ancien directeur général de la BCV et d’HSBC, qui totalise neuf participations, dont trois sur le grand parcours. «J’ai également été impliqué deux fois dans l’organisation en tant que commandant de compagnie.» Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans et conseiller national, n’en est pas non plus à son coup d’essai puisqu’il compte six éditions à son palmarès, dont trois entre Zermatt et Verbier. D’autres y sont venus plus récemment. Parfois pour des raisons liées à leur fonction, parfois par simple goût du challenge. Ainsi, Carsten Schloter, le patron de Swisscom, se présentait cette année sur la ligne à Arolla pour la deuxième fois consécutive. «En tant que représentant du partenaire technique de la PDG, je me suis retrouvé en 2006 et 2008 à regarder le départ avec un verre à la main. Après deux éditions, cette place ne me convenait plus. J’ai donc décidé de participer et me suis mis au ski de randonnée en 2009 pour me préparer. C’est ma fonction qui m’a amené à aimer ce sport. Mais mon engagement reste une affaire personnelle.»

Carsten Schloter  Le CEO de Swisscom (à g.) a mis à profit certaines nuits pour s’entraîner.   Planification rigoureuse

Pour être prêt le jour J, chaque prétendant s’est imposé un programme strict. Car s’il est possible d’aborder la petite patrouille avec une bonne condition physique de base, additionnée d’un entraînement raisonnable, il n’en va pas de même pour l’autre parcours. «J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour ceux qui font la grande patrouille. Je ne pourrais pas dégager le temps nécessaire pour l’envisager», avoue Carsten Schloter. Seule une organisation rigoureuse permet de s’entraîner de manière optimale, affirme Michel Kunz. «Je connais exactement le temps que j’ai à disposition. Je sais qu’il est limité et je me fixe des objectifs en relation.» Sportif dans l’âme, Alexandre Zeller voit également la question de la planification comme la clé de l’entraînement. «Il faut bloquer des plages dans son agenda et s’y tenir. Si on est en ville, il faut compléter le travail par du fitness, car on ne peut pas aller en montagne pour une heure.» Reste qu’il est parfois difficile de se préparer alors qu’on est appelé à voyager fréquemment, relève Jean-Marc Duvoisin, membre de la direction de Nestlé. «Je me suis déplacé dans le monde entier cet hiver, ce qui n’a pas facilité les choses. J’ai parfois dû privilégier l’entraînement physique pur le long des pistes de ski, par rapport à des belles courses en montagne pour le plaisir.»

Alexandre Zeller  L’ancien directeur de la BCV et d’HSBC (à g.) a déjà participé à neuf patrouilles.   Des moments bénéfiques

Toutes les personnes interrogées s’accordent cependant pour dire que le temps consacré à l’entraînement, s’il n’est pas simple à trouver, est toujours bénéfique. «Ça permet de prendre du recul, et surtout on se sent toujours mieux après, affirme Alexandre Zeller. C’est finalement assez rare d’avoir trois heures de sérénité devant soi pour réfléchir. Le temps qu’on consacre à la préparation est donc profitable d’un point de vue professionnel.» Adepte de cette philosophie, Jacques Bourgeois n’hésite pas à enfourcher son vélo ou chausser ses skis après une séance parlementaire, à 20 heures, à la lueur de sa lampe frontale. «Pour moi, c’est indispensable, c’est une bouffée d’oxygène. Ça me permet d’être plus efficace, de tenir la pression. Certains font du chant, ou de la musique. Moi c’est le sport, à l’extérieur.» Carsten Schloter, qui a également mis certaines nuits à profit pour s’entraîner, se réjouit de l’espace précieux qu’il a trouvé lors de ses montées nocturnes. «Le ski de randonnée est aussi une école de volonté. Car ce n’est pas une qualité innée, c’est quelque chose qui se travaille, et le sport est vraiment un bon moyen.»

Jean-Marc Duvoisin  Voyager beaucoup a compliqué la préparation de ce membre de la direction de Nestlé.   Faire face à la déception

Malheureusement, l’abnégation et l’engagement ne sont pas toujours récompensés. Les organisateurs de la Patrouille des Glaciers ont stoppé cette année l’épreuve à Arolla, samedi avant l’aube, pour cause de manteau neigeux instable. Déçus, la plupart de nos interlocuteurs ont déclaré néanmoins accepter sans aucune remise en question la décision du commandement de la course. «Il y a des situations où on sait que quelle que soit la décision prise, elle sera critiquée, commente Carsten Schloter. Si l’armée avait laissé la course continuer, elle aurait pris un risque objectif. En annulant, elle s’exposait également à une remise en question de ses détracteurs. L’organisation s’est fixé comme priorité absolue la sécurité, et elle s’y est tenue. C’est un cas de figure qu’on retrouve facilement dans le monde professionnel, et le management de la course a été exemplaire.» De son côté, Jacques Bourgeois compare ce qu’il a vécu avec sa récente campagne au Conseil des Etats: «Ce qui compte, c’est d’avoir le sentiment d’avoir pris toutes les mesures qu’il faut pour atteindre un objectif. Ensuite, s’il n’est pas possible d’y parvenir, pour des raisons indépendantes de nos actions, on n’a pas de regrets, on garde le sentiment du devoir accompli. Ça fonctionne autant pour la patrouille qu’en politique.» Quant à Jean-Marc Duvoisin, il voit déjà plus loin: «On apprend toujours plus d’un revers que d’un succès. Il faut savoir gérer ses frustrations. A l’instant où l’annonce de l’annulation a été faite, j’ai déjà pensé à la prochaine édition.»

Crédits photos: Dr, Studio Patrick/Villars

Vincent Gillioz

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