Bilan

Ces entreprises touchées par les départs à la retraite

Les services administratifs et sociaux, la santé, l’industrie, etc. seront affectés dans une proportion supérieure à la moyenne par le départ à la retraite des baby-boomers.

La robotisation ne permettra pas de faire face au manque de main d'oeuvre.

Crédits: Keystone

Le départ à la retraite de la génération du baby-boom commence à affecter les entreprises suisses, et ce n’est qu’un début. «Cette vague va marquer le marché du travail helvétique pour les dix années à venir, et ce d’autant plus que le nombre de nouveaux actifs sera bientôt inférieur à celui des sortants», affirme Sara Carnazzi dans une brève analyse publiée par Credit Suisse.

Environ 800'000 actifs partiront en effet à la retraite dans un contexte caractérisé par un recul de la population née dans les vingt dernières années. Dès 2021, le nombre d’actifs qui mettront un terme à leur activité professionnelle dépassera celui des jeunes adultes arrivant sur le marché de l’emploi. «L’écart va se creuser dans les années à venir pour atteindre un niveau de 18 500 sortants au plus haut de la vague de départs à la retraite des baby-boomers en 2029», souligne l’auteure de l’étude.

La santé manquera de main d'oeuvre

Toutes les branches ne seront pas affectées dans une même ampleur. L’agriculture et la sylviculture seront les plus impactées. Les services administratifs et sociaux (y compris la santé), l’industrie traditionnelle et les transports seront également touchés dans une proportion supérieure à la moyenne. «Dans ces branches, un actif sur quatre est un baby-boomer et un sur deux est issu des années à forte natalité», constate Sara Carnazzi. A l’inverse, les services financiers et le domaine de l’information, de la communication et des technologies de l’information emploient un personnel plus jeune.

«Pour les secteurs pâtissant d’ores et déjà d’un déficit de main-d’œuvre qualifiée, la vague de départs à la retraite des baby-boomers pourrait entraîner une réelle pénurie. Et cette problématique s’aggravera avec la dépendance d’une branche vis-à-vis de ces générations, la vigueur de la dynamique de croissance du secteur concerné et le manque de marge de manœuvre permettant de compenser la pénurie de main-d’œuvre qualifiée par des mesures d’augmentation de l’efficacité ou d’automatisation», indique l’auteure de l’étude.

L'automatisation ne suffira pas

Si 25% des PME misent sur la numérisation et l’automation pour faire face à la situation, cette approche est plus délicate à mettre en œuvre dans les services administratifs et sociaux ainsi que pour les entreprises actives dans les loisirs et l’hôtellerie-restauration. La question deviendra surtout épineuse dans la santé en raison de la croissance attendue des emplois en raison du vieillissement démographique.

En revanche, l’industrie de pointe et les services aux entreprises seront moins touchés d’autant que leur marge de manœuvre en termes d’automatisation est supérieure à la moyenne. «La capacité de l’automatisation à empêcher une aggravation de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dépend cependant aussi de la mesure dans laquelle elle va accroître les besoins en spécialistes, par exemple pour la mise en œuvre et le contrôle de processus informatiques, de machines et d’autres robots», estime Sara Carnazzi.

Dans les prochaines années, les entreprises tenteront-elles de conserver leurs collaborateurs au-delà de l’âge de la retraite? Selon un sondage réalisé par CS auprès des PME, un quart d’entre elles optent pour cette stratégie. Du côté de l’offre, les salariés n’envisagent guère de poursuivre leurs activités au-delà de 64 ans pour les femmes et de 65 ans pour les hommes. Aujourd’hui, 14,9% des hommes et 8,6% des femmes sont encore actifs, alors qu’ils touchent l’AVS, contre respectivement 20% et 11,2% au début des années 90.

Selon une analyse du CS, 7% des seniors âgés de 66 ans à 74 ans se disent intéressés à continuer à travailler. «Pour l’heure, les incitatifs tant sur le front de la demande que de l’offre ne semblent donc guère propices à une meilleure exploitation du potentiel de main-d’œuvre des salariés plus âgés. La rente transitoire envisagée par le Conseil fédéral pour ces travailleurs est-elle la bonne approche pour répondre aux évolutions sur le marché de l’emploi? Rien n’est moins sûr», affirme Sara Carnazzi.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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