Bilan

Ce fabricant vaudois qui défie les géants

La manufacture de Symbios Orthopédie est nichée au sein de l’Y-Parc d’Yverdon. L’entreprise familiale, qui perdure malgré de fortes pressions, vise le «sur-mesure industriel» pour ses prothèses.

Florent Plé, CEO: «Plus on a de croissance, plus nous devons mettre de l’argent sur la table.»

Crédits: François Wavre/lundi13

Symbios Orthopédie aurait pu disparaître après le drame survenu en avril 2017. Jean Plé, fondateur et CEO de l’entreprise basée à Yverdon, décédait dans un accident d’avion. Son fils Florent a repris l’entier des rênes de l’entreprise, lui qui l’avait rejoint en 2010. Il poursuit l’idée de fabriquer des prothèses sur mesure. L’entreprise nord-vaudoise de 180 employés fait figure de David contre Goliath. Face à elle, des multinationales qui réalisent des milliards de dollars de chiffre d’affaires. «Quatre sociétés américaines détiennent 80% du marché mondial», note Florent Plé. Mais son entreprise s’en sort. «C’est un fleuron de notre économie», note Nadia Mettraux, directrice de l’Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV). «Symbios a un rayonnement et une expertise internationale», poursuit-elle.

L’expertise porte sur les prothèses de genou et de hanche. Symbios a choisi d’œuvrer dans le sur-mesure, pour que la prothèse corresponde à l’anatomie de chaque patient. «A l’heure actuelle, le taux de satisfaction pour les prothèses de genou est trop faible», tranche le CEO de Symbios. Sans promettre de miracles par rapport aux produits concurrents, Florent Plé affirme que les tests réalisés sont encourageants. «Ils ont un positionnement à l’inverse de ce que les autres faisaient. C’est courageux de s’être lancé dans une niche aussi difficile», note Gérald Roden, consultant genevois qui siège au conseil d’administration de Symbios depuis 2018.

Convaincre les patients et, surtout, les chirurgiens

L’une des particularités du marché pour Symbios: ses clients sont les médecins.
Ce sont eux qui choisissent les prothèses nord-vaudoises, et non les patients. Les produits sont à disposition dans les blocs opératoires. «Nous sommes payés lorsqu’ils utilisent la prothèse», affirme Florent Plé. La pratique est gourmande
en capital, et cela entraîne un cash-flow négatif. «Plus on a de croissance, plus nous devons mettre de l’argent sur la table», conclut le CEO. 

Cela n’empêche pas la direction de Symbios d’investir pour parvenir à son but: le «sur-mesure industriel», que Florent Plé espère démocratiser. Cela passe par des prix supérieurs de 10% ou moins aux produits standards. Un défi compliqué pour plusieurs raisons. «Le prix des prothèses orthopédiques en Europe a chuté de 20% en cinq ans», raconte Florent Plé. La clé réside dans l’industrialisation de la conception. Les technologies logicielles de pointe ainsi que la mécanisation de la production réduisent les coûts à long terme. Symbios investit encore et toujours en ce sens. Plusieurs machines totalement automatisées tournent 24 h sur 24 dans la manufacture située à l’Y-Parc. Elles coûtent entre plusieurs milliers de francs et plusieurs millions, mais 130 employés sont présents sur le site. «L’entreprise
est vraiment restée à taille humaine», remarque Nadia Mettraux.

La logistique représente un autre enjeu capital. «Nous sommes sur un processus complexe en flux tendu», explique Florent Plé. Entre la commande de prothèse, le scanner, la conception 3D, la production, la stérilisation et la livraison, il ne se passe que cinq à huit semaines. Une plateforme permet d’informer les chirurgiens des dates d’opération possibles, selon les capacités réelles de production. L’emballage se veut lui aussi disruptif et permet un gain de place et de temps en opération. Symbios l’a compris: il faut innover pour survivre face aux géants du marché. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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