Bilan

Bobst, une famille au cœur de l’emballage

Venu de Soleure à Lausanne en 1883 pour y apprendre le français, Joseph Bobst est à l’origine d’un leader mondial des machines d’emballage.

  • Joseph Bobst (1862-1935) lance en 1893 une fabrique de machines pour l’imprimerie.

    Crédits: bobst
  • 1893: Première publicité pour la société.

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  • Le site de production de Prilly en 1945.

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  • Le site de Mex, dans la banlieue lausannoise. Le premier bâtiment date de 1977.

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  • 2018: Les employés construisent la plus grande mosaïque en carton du monde.

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Enfant naturel né en 1862 d’une mère de condition modeste, Joseph Bobst, avec l’aide de son fils aîné Otto, est l’initiateur d’un programme de production de machines destinées à l’industrie des arts graphiques. En 1893, à l’âge de 31 ans, le conducteur typographe se met à son compte et devient constructeur de machines pour l’imprimerie. En 1908, il ouvre un atelier de réparation et fabrique dès 1912 ses propres
machines pour l’industrie graphique.

Aucune came, aucun pignon, pas un détail de sa presse typo ne lui échappe. Son fils Henri l’imitera: «Mon père dessinait ses machines pendant la nuit, raconte sa fille Josette de Kalbermatten-Bobst, épouse de Bruno de Kalbermatten, l’homme qui a présidé longtemps aux destinées de l’entreprise vaudoise. Il prenait soin de déposer un cahier et un crayon sur sa table de chevet. A la lueur d’une petite lampe, il consignait telle solution, tel sujet à soulever dès le lendemain.»* Durant la Grande Guerre, Henri Bobst passe des heures au fond de l’atelier de son père à manier le tour et la lime.

Développement dans le cartonnage

Alors que Joseph a débuté à l’âge de 20 ans dans l’imprimerie Allenspach qui imprime la Feuille d’Avis de Lausanne (l’ancêtre de 24 heures), son fils Henri, né en 1897, suit un apprentissage à Zurich. Durant son temps libre, il apprend dans l’atelier d’un oncle à monter et démonter de petites machines, à se familiariser avec les techniques nouvelles que sont l’électricité et la soudure. Il conçoit même un bob avec lequel il effectue une cabriole lors d’une mémorable descente qui le conduit du Chalet-à-Gobet au cœur de Lausanne, lors de laquelle il se fracture méchamment la cheville. A 19 ans, le jeune Henri est promu au rang d’associé au sein du comité de direction de la société paternelle. Pendant la guerre, alors que le pays est moins touché que ses voisins, le développement des affaires se poursuit.

Le soutien financier de la famille Mercier, qui a développé le funiculaire Lausanne-Ouchy et sa gare du Flon, apporte bientôt de l’eau au moulin de la famille Bobst. Elle dépose la roue dentée comme emblème de la société. Imitant les méthodes américaines, chaque étude apportant un progrès significatif fait l’objet d’un dépôt de brevet.

Le premier logo, créé en 1915, utilise la roue dentée comme emblème. (Crédits: Bobst)

Le 28 octobre 1918, Jean et Georges Mercier ainsi qu’Otto et Henri Bobst créent ensemble une société anonyme au capital de 600 000 francs sous le nom de J. Bobst & Fils. Cette manne financière permet de voir l’avenir avec plus de sérénité, mais l’après-guerre frappe durement l’entreprise. En 1926, le capital social doit être réduit à 270 000 francs, ce qui correspond au quart de sa valeur de 1921: «Le spectre de la faillite a vigoureusement été écarté par les actionnaires», relève l’ouvrage consacré à l’histoire de Bobst*.

En 1924, le soutien de la société française Marinoni, créée par un mécanicien de génie qui a inventé la presse rotative, n’est pas le moindre. Dans les ateliers de Lausanne, des machines entières sont construites pour le compte de l’entreprise française. Installé à Strasbourg, Henri Bobst dirige le département Bobst de Marinoni qui sera bientôt déplacé à Lausanne. Son père Joseph, créateur de l’entreprise, décède en 1935. Henri devient l’administrateur-délégué à 39 ans, tout en conservant le poste de directeur de Bobst-Marinoni.

Un magasin ouvre au Flon, à Lausanne, en 1904. (Crédits: Bobst)

Le prometteur marché américain

Les affaires reprennent, notamment grâce à une machine nommée Autovariable Nº 3, un dispositif ingénieux autorisant la variation des formats et l’impression offset comme en typographie. La machine est capable d’avaler une bande de carton vierge et d’en sortir des formes découpées et imprimées en 4 ou 5 couleurs à 5000 exemplaires l’heure.

Un terrain de 50 000 m2 est déniché à Prilly (VD) pour une nouvelle usine. La presse à découper Autoplatine, à l’esthétique très étudiée, est développée en 1940, puis une plieuse-colleuse en 1942, en pleine guerre mondiale.

La formation des apprentis mobilise l’attention de la direction. En 1959, Bobst compte 1000 employés, dont 140 apprentis. La règle d’or de l’entreprise est d’engager tous les apprentis qui terminent leur formation. Cela va être la carte de visite de J. Bobst & Fils SA qui se développe à l’international. En 1965, la société acquiert Champlain à Roseland, dans le New Jersey, leader de l’héliographie, un type d’impression en creux qui autorise de très gros tirages et une variété de couleurs infinie. Le marché américain exige le développement de machines toujours plus puissantes.

1961: Bruno de Kalbermatten, Henri et Jacques Bobst (de g. à dr.), devant la 1000e Autoplatine, qui sera expédiée en Nouvelle-Zélande. (Crédits: Bobst)

Un département Bobst-Champlain est installé à Prilly dans une nouvelle aile. Henri Bobst, toujours très actif et secondé par son fils Jacques et son gendre Bruno de Kalbermatten, décide de créer un département électronique, un domaine d’avenir pour commander la gestion des machines.

La globalisation se poursuit: Bobst Italania est créé à Milan en 1965, puis Nihon Bobst KK en 1972 au Japon. Le groupe s’implante en Amérique latine en 1974 avec Bobst Brazil, maintenant appelé Bobst Group Latinoamerica do Sul.En 1975, Henri Bobst l’infatigable s’éteint dans sa maison de Villefranche-sur-Mer. Selon ses dernières volontés, un Fonds Henri Bobst est créé pour venir en aide aux apprentis d’origine modeste.

Créé en 1975 à la suite de la disparition d’Henri Bobst, un fonds est destiné à soutenir les apprentis d’origine modeste. (Crédits: Bobst)

Le site de Mex, dans la banlieue lausannoise, inaugure son premier bâtiment en 1977 en présence du conseiller fédéral Georges-André Chevallaz: trois étages accueillent Bobst Graphic et Bobst-Registron. Le 3 octobre 1978, sous la nouvelle appellation de Bobst SA, la société vaudoise est cotée pour la première fois à la Bourse de Lausanne. L’objectif de cette IPO est d’assurer les nombreux investissements à court et moyen terme, alors que le chiffre d’affaires vient de dépasser les 250 millions de francs (contre 8 millions en 1950).

Bobst Canada est fondé en 1979 et, en 1980, une usine est ouverte à Mauá, au Brésil. En 1989, Bobst Group Benelux voit le jour, puis c’est au tour de l’Allemagne en 1990, la Tunisie en 1992, Taïwan et en Malaisie en 1994, l’Indonésie et la Thaïlande en 1996, etc.

Pour assurer un service après-vente irréprochable, la nécessité de s’établir en Amérique du Sud et en Asie s’impose. Deux usines sont ouvertes à Itatiba (Brésil) et à Shanghai en Chine. Au début des années 90, le chiffre d’affaires du groupe dépasse le milliard de francs. Le groupe se positionne comme leader mondial de la branche. En 2001, les participations seront gérées en Suisse par Bobst Group SA.

L’arrivée de la 4e génération

Jean-Pascal Bobst dirige le groupe depuis 2009. (Crédits: Bobst)

En 2009, Bobst Group nomme un nouveau CEO en la personne de Jean-Pascal Bobst: «Héritier de la foi de son père Jacques (décédé en 1987, ndlr), il puise dans la spiritualité l’espoir et la force qui vont construire sa personnalité», écrit le biographe de la famille.

Le concept de production en flux tendu est introduit en 2010, ainsi que le regroupement des opérations sur le site unique de Mex. Avec plus de 5500 collaborateurs dans 50 pays, plus de la moitié des brevets d’ingénierie concernant les machines d’emballage est détenue par Bobst. Ses appareils permettent la transformation de cartons plats, de cartons ondulés, de matériaux flexibles et d’étiquettes. Les clients possédant des structures d’entreprise très différentes, allant de la multinationale aux petites PME, achètent leurs machines sur commande, ce qui leur permet de choisir les modules correspondant à leurs besoins.

L’entreprise vaudoise exploite 15 usines de production dans huit pays. En Suisse, Bobst compte plus de 1800 collaborateurs: la majorité travaille au siège social de Mex (VD), inauguré en 2013. Les autres sont engagés soit à l’usine de production à Granges (SO), soit dans la startup d’impression digitale Mouvent, créée en 2017 et dont les employés sont répartis à travers la Suisse. «La tendance à la diminution des emballages représente un challenge pour le groupe mais nous amène également des opportunités à long terme pour développer de nouvelles technologies. Nous menons une réflexion active en vue de développer des solutions plus écologiques, par exemple en diminuant l’utilisation de plastiques non recyclables ou en réduisant les couches de conditionnement», assure en 2020 la direction du groupe.

*«Quand les machines ont une âme. Bobst, une famille dans l’industrie», par Pierre-Dominique Chardonnens, Métaphores, 2013.


(Crédits: Bobst)

Les dégâts du coronavirus

Business Durement touché par la crise, Bobst a plongé dans les chiffres rouges en 2020. Pour le transport et l’installation de machines, le confinement et les restrictions de voyages ont pesé lourd: «L’entreprise travaille à l’émergence d’une nouvelle réalité où connectivité, digitalisation, automation et respect de l’environnement constitueront les piliers de la production d’emballages.» Le CEO Jean-Pascal Bobst veut des machines toujours plus performantes en y intégrant des technologies intelligentes, des solutions logicielles et des plateformes dans le cloud afin d’améliorer la production: «Nous ne grandirons plus en Suisse», craint l’arrière-petit-fils du fondateur. Les incertitudes liées au conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis, ainsi que le tournant écologique vers des emballages plus respectueux de l’environnement, entraînent un recul des entrées de commandes.

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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