Bilan

Bobst: «Nous ne grandirons plus en Suisse»

La transformation des activités du groupe vaudois présent dans l’industrie des machines vers la digitalisation de ses équipements nécessite de nouvelles compétences au niveau de l’emploi.

Jean-Pascal Bobst, directeur général du groupe Bobst.

Crédits: Bobst

Pour Bobst, 2020 s’annonce comme une année de transition. L’entreprise vaudoise sise à Mex, qui figure parmi les leaders mondiaux de la fabrication de machines d’emballage, s’attend à une baisse d’environ 6% de son chiffre d’affaires autour de 1,6 milliard de francs et à une diminution de son résultat opérationnel. Les incertitudes qui ont découlé du conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis et du Brexit, ainsi que le tournant écologique de la clientèle vers des emballages davantage respectueux de l’environnement, entraînent un recul des entrées de commande. Directeur général du groupe Bobst (environ 2000 collaborateurs en Suisse sur un effectif total de 5600 personnes), Jean-Pascal Bobst, arrière-petit-fils du fondateur, s’explique.

De quelle manière, le développement durable touche-t-il votre branche?

La pression des consommateurs, des organismes de réglementation et des marques auprès des fabricants d’emballage se répercute sur les fournisseurs d’équipements que nous sommes. Pour notre groupe, c’est une bonne nouvelle dans le sens où nous sommes poussés à innover, autrement dit à rechercher de nouvelles solutions nécessitant l’utilisation de la haute technologique. La demande de nos clients s’oriente vers l’acquisition de machines à haute valeur ajoutée et avec de nouvelles technologies innovantes davantage respectueuses de l’environnement.

La réduction des emballages en plastique a-t-elle des retombées négatives sur vos activités?

L’impact est réel en termes de nombres de machines vendues pour notre division web fed ou film et étiquette. Pour nous aligner sur les attentes de nos clients comme Nestlé, Procter & Gamble et autres, nous avons lancé en automne dernier une solution, un nouvel emballage plastique, qui a les mêmes capacités de recyclage que le carton. A l’avenir, le grand défi consiste à ce que nos équipements correspondent aux standards qui seront définis par le marché et les législations nationales. En tant qu’industriel, nous avons l’obligation d’innover dans une optique de développement durable.

Quelles sont les conséquences de ce bouleversement pour votre groupe et, en particulier, pour le site de Mex?

Cette période de transition nous contraint à examiner nos capacités industrielles qui font notre force et notre réputation à l’échelle internationale. Elle représente une opportunité pour continuer de croître, mais cela nécessite des dépenses importantes. Au cours des trois dernières années, nous avons investi chaque année pour plus de 35 millions de francs dans la transformation de notre outil de production vers la digitalisation.

Une restructuration sera-t-elle annoncée prochainement?

Non. Nous n’avons aucun plan de suppressions d’emplois ou de délocalisation à l’étranger. Mais une chose est sûre: nous ne grandirons plus en Suisse. Dans les cinq à sept prochaines années, notre groupe présentera un visage différent de celui d’aujourd’hui en termes de compétences et d’activités. Notre défi est de nous adapter le plus rapidement possible à notre nouvel environnement.

Avec quels effets sur l’emploi?

La transformation de nos activités vers la digitalisation de nos équipements nécessite de nouvelles compétences. Le profil de nos collaborateurs dans différents métiers est en train de se modifier. Un exemple: nos dessinateurs ont commencé leur carrière avec une planche à dessin, puis ils sont passés à la 2D et à la 3D. Et maintenant, ils travaillent avec l’impression 3D de pièces mécaniques.

Parvenez-vous à trouver les bons profils?

Ce n’est pas facile. Comme d’autres entreprises, nous sommes confrontés à la pénurie de main d’œuvre dans le secteur du software qui touche la Suisse.

Et les apprentis, sont-ils bien formés?

Il y a un décalage important entre les besoins de l’industrie et la formation professionnelle. Nous tentons de convaincre les cantons et la Confédération afin qu’ils adaptent les programmes. C’est un gros défi non seulement pour Bobst, mais pour toute la Suisse.

La Drupa, qui se tiendra au mois de juin, jouera-t-elle cette année un rôle plus important que dans le passé?

C’est une échéance importante, d’autant que nous fêtons nos 130 ans cette année. A cette occasion, nous comptons présenter notre vision 2030 pour le packaging. Notre objectif est de montrer à nos clients comment nous nous développons pour satisfaire leurs besoins.

Le franc, qui s’est raffermi depuis le début de l’année, est-il toujours une source d’inquiétude?

En raison de la diminution de notre exposition à l’euro depuis 2012-2015, nous sommes à l’aise avec un taux de change de 1,1 franc pour 1 euro. Mais plus la devise helvétique se dirige vers la parité, plus notre profitabilité recule. Notre volonté de rester en Suisse nous coûte.

Une autre source de préoccupation?

La relation de la Suisse avec l’Union européenne est cruciale pour nos activités.

Un accord-cadre avec nos voisins est indispensable pour relancer les accords bilatéraux. Si ceux-ci ne sont pas reconduits, l’économie helvétique va au-devant de difficultés majeures.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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