Bilan

BCV, retour sur 175 ans de rebondissements

L’histoire de la Banque Cantonale Vaudoise, depuis sa création en 1845, n’a pas été «un long fleuve tranquille».

Adolphe Burnand a été le tout premier directeur de la BCV, de 1846 à 1852.

Crédits: BCV
La BCV est née après une pétition en 1845 réclamant l’ouverture d’un établissement financier cantonal. (Crédits: BCV)

Les traditions bancaires et financières de la Suisse sont ancestrales. Si ses établissements ont su perdurer au fil des siècles, leur chemin s’est pourtant révélé long et semé d’embûches. Celui de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), à titre d’exemple, a démarré par une opposition entre libéraux au pouvoir et le mouvement radical émergent.

A l’aube de la seconde moitié du XIXe siècle, le canton de Vaud encore profondément agricole, voit apparaître les premières manufactures de tabac, tuilerie, papeterie... Problème: l’absence d’organisation commerciale empêche ces secteurs de se développer hors du marché local. Le traitement des grandes opérations financières dépend jusque-là de centres comme Genève ou Paris.

Confrontés à cette évidence dès 1841, des politiciens tentent de créer une banque cantonale où l’Etat interviendrait, mais ils échouent devant l’opposition libérale. Au retard industriel s’ajoutent les mauvaises conditions météorologiques et la maladie de la pomme de terre. La conjoncture défavorable incite à l’époque la population vaudoise à demander au gouvernement, notamment par une pétition munie de 32 000 paraphes (dans un canton de 190 000 âmes), la création d’une banque cantonale vaudoise.

La banque s’installe rue St-Pierre à Lausanne dès 1846. Le montant du bail est alors de 110 francs. (Crédits: BCV)

Un soutien à l’économie

En 1845, c’est chose faite. Symbole de la collaboration entre l’Etat de Vaud qui détient 50% du capital et le privé qui se partage le solde des actions, cette nouvelle banque mixte voit le jour. Elle doit servir à encourager le développement de l’économie tout en activant la circulation et la mise en valeur du numéraire. Seul hic, réunir les capitaux dans un climat social troublé, soit deux millions de francs anciens, s’avère plus compliqué que prévu. L’Etat lui-même ne verse finalement que 150 000 francs au lieu du demi-million annoncé.

Malgré ces difficultés, le premier guichet de la BCV finit par ouvrir en juillet 1846 au centre de Lausanne, rue Saint-Pierre. Son bilan de premier exercice se monte à 739 000 francs. De quoi permettre à la banque d’assumer ses responsabilités envers l’économie vaudoise. Avec l’industrie florissante, des routes et des chemins de fer se construisent dans le canton. La BCV apporte alors son soutien à hauteur de trois millions de francs. Un rôle qui se veut essentiel, également pour la création des lignes transversales, telles que celle de Genève-Berne. Son volume d’affaires augmente ensuite drastiquement. Elle choisira de nommer 18 agents, répartis sur l’ensemble du territoire, afin de traiter la demande plus efficacement.

La place St-François à Lausanne avec, à droite, le siège inauguré en 1903. (Crédits: BCV)

Tandis qu’au commencement, la banque ne s’occupe que très peu des opérations sur titres, en 1860, elle se voit contrainte, forte de son succès, de commander des coffres-forts supplémentaires pour garder les 12 380 titres de sa clientèle. Elle accompagne le développement de l’industrie vaudoise, dont plusieurs des fleurons ont des racines qui remontent au XIXe siècle: l’horloger LeCoultre, l’industriel Bobst ou encore le chocolatier Cailler. En 1892, elle assumera la responsabilité de l’emprunt de 60 millions de francs destiné à la réalisation du tunnel du Simplon.

Des freins à répétition

A la fin du XIXe siècle, l’établissement bancaire lancé dans sa mission de prêteur et parfois de sauveur, sera freiné dans son ascension par une crise venue de l’étranger. Pris de panique, les Suisses se ruent à l’époque sur les guichets de banques afin de retirer leurs dépôts. Ce qui forcera la BCV à faire appel à la Banque de commerce de Genève pour rembourser ses clients. S’ensuit une période de ralentissement. Avec la création de la Banque Nationale Suisse (BNS), la BCV perd la possibilité d’imprimer ses propres billets de banque.

La BCV imprimera ses propres billets jusqu’en 1906, date de la création de la BNS. (Crédits: BCV)

Par la suite, le début de la Première Guerre mondiale provoque une nouvelle vague d’affolement dans la population suisse qui se précipite pour récupérer son argent. En quatre jours, la BCV effectuera 2 444 retraits représentants plus de 4,5 millions de francs. La BNS sera obligée d’intervenir. Passé le premier conflit mondial, survient le crash boursier de New York de 1929. Les petites banques commencent dès lors à disparaître, ce qui poussera la BCV à en racheter certaines, à l’image de celle de Montreux, pour maintenir la santé économique du canton.

Une fois la Seconde Guerre mondiale passée, la BCV est plus forte que jamais. Au moment de fêter son centenaire, en 1945, elle jouit d’une implantation dense sur le territoire avec 27 agences et comptabilise pas moins de 350 employés. Mais c’est surtout à partir des années 1950 que tout s’accélère. L’économie bat son plein et la banque cantonale participe à nouveau au financement de nombreuses sociétés vaudoises.

Livraison d’un coffre en 1920 à l’agence de Vevey. En 1923, la BCV compte 180 employés. (Crédits: BCV)

Une banque avant-gardiste

Au cours de l’année 1959, la BCV fait le choix pionnier d’introduire l’informatique au siège central, relocalisé à la place Saint-François. Elle est alors la première banque de Lausanne à adopter un système de comptes entièrement informatisé. En 1960, son bilan franchit le cap du milliard de francs. La banque poursuit son développement : en 1980, elle compte une cinquantaine d’agences et son bilan franchit un nouveau cap: les 10 milliards de francs en 1987.

Le siège régional de Renens ouvre en 1983. (Crédits: BCV)

Plusieurs bulles

La décennie suivante sera celle d’un bouleversement du marché bancaire vaudois. La bulle immobilière éclate au début des années 1990 et bouscule de nombreux établissements. La BCV absorbe la Banque Vaudoise de Crédit en 1993 puis fusionne en 1995 avec le Crédit Foncier Vaudois. Ce faisant, elle devient la cinquième banque universelle du pays, elle se diversifie et prend pied à l’étranger. Au même moment, la BCV poursuit son avancée technologique. En 1998, elle sera parmi les premières banques de Suisse à disposer d’un site web. Malheureusement, la bulle internet de 2000, couplée aux attentats terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis, viennent freiner les ambitions de la banque.

Dans ce climat maussade, la BCV doit réexaminer son portefeuille de crédits, en partie hérités de la crise des années 1990. L’opération se traduit par des provisions et des pertes conséquentes. Elle décide de se recapitaliser en deux temps. Entre 2001 et 2002, une augmentation de capital et une émission de bons de participation, auxquelles l’Etat de Vaud participera à hauteur de quelque 1,9 milliard de francs. Cet épisode débouchera en 2007 sur le procès de «l’affaire BCV», au terme duquel les ex-dirigeants de la banque cantonale seront condamnés à des jours-amendes avec sursis ou, pour la plupart, acquittés. Cette crise sera aussi l’occasion pour la banque de se recentrer sur le canton de Vaud et d’abandonner les activités hors de Suisse. La BCV modère ses ambitions de croissance, quitte à devenir une valeur «ennuyeuse» - et donc épargnant les actionnaires de mauvaises surprises – disent même certains de ses dirigeants.

Le Centre administratif bancaire est inauguré au printemps 1994. (Crédits: BCV)

Un long fleuve tranquille

Les années suivantes sont marquées par la crise financière de 2009, les craintes de surchauffe sur le marché immobilier, une avalanche de changements réglementaires et surtout la fin du secret bancaire. En 2015, le programme américain se soldera pour la BCV par une pénalité de 42 millions de dollars. Le prix à payer pour éviter tout risque de poursuite pénale.

Pendant cette période récente, la BCV en profite pour renforcer sa présence digitale dans un marché bancaire toujours plus concurrentiel. En 2017, le client n’a alors plus besoin de se déplacer en agence et peut ouvrir un compte depuis chez lui. Outre la banque en ligne, les bancomats BCV restent très prisés. Si on en dénombrait 130 sur le canton de Vaud au début du millénaire, ce chiffre se monte à 227 appareils en 2017. Même si le nombre d’opérations s’érode au profit des paiements par carte ou dématérialisés, la BCV compte 10 millions d’opérations par an, au moins cinq fois plus que les interactions aux guichets traditionnels.

Hall du siège de la BCV, situé sur la place Saint-François à Lausanne. (Crédits: BCV)

Là encore, la banque fait face à de nouveaux défis, notamment les cyberattaques. Cela ne l’a pas empêchée de réaliser un exercice historique en 2019, le meilleur depuis sa création, avec un bénéfice net de 363 millions de francs. L’action BCV est aussi appréciée des investisseurs, avec une performance d’environ 80% sur cinq ans. Mais, début 2020, la BCV fait aussi face à l’épidémie du coronavirus. Comme les autres banques, elle est appelée à soutenir l’économie, en reportant les échéances des crédits des PME ou en octroyant des crédits Covid-19. De nouveaux défis qui s’ajoutent à une liste déjà longue et qui prouvent que la saga BCV est loin de se terminer.


Un robot pour accueillir les clients

Digitalisation Au fil des années et de l’histoire de la BCV, les habitudes des consommateurs ont évolué. Une grande partie du service clientèle passe désormais par le digital. Dans cette optique, la BCV se montre au goût du jour grâce à Pepper, un robot chargé de l’accueil des clients dans sa succursale de Vevey. Celui-ci peut donner des renseignements concernant l’application Twint ou sur les hypothèques, que ce soit en parlant ou en affichant des vidéos sur sa tablette. Développé par le groupe japonais Softbank Robotics, ce petit robot a déjà tourné durant un an dans les succursales de la BCV. En phase expérimentale, la machine qui coûte quelques dizaines de milliers de francs, s’inscrit dans une stratégie plus large de numérisation des 63 agences du canton.

(Crédits: BCV)
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Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle se débrouillait pour dégoter des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

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