Bilan

Batmaid, un modèle suisse à l’assaut de l’Europe

La startup lausannoise, spécialiste du ménage à domicile, va exporter son modèle dans 15 pays européens en 2021. Emploi, formation, certification, Batmaid vise à structurer une profession largement dominée par le travail au noir.

Andreas Schollin-Borg, CEO de Batmaid, inaugure son expansion européenne avec l'ouverture le 3 mai de leur bureau parisien.

Crédits: DR

2020 aura été une année charnière pour Batmaid, de l’aveu de son fondateur Andreas Schollin-Borg. La société, fondée en 2015, a finalisé en janvier une mue profonde de son modèle d’affaire, depuis le statut de prestataire de service administratif à celui d’employeur de près de 2000 agents de nettoyage à domicile. A l’issue d’une levée de fonds de près de 5 millions, Batmaid ouvrira cette année des bureaux dans 21 villes européennes, à commencer par Paris début mai. Andreas Schollin-Borg détaille pour Bilan un projet ambitieux, celui de créer son propre marché en proposant formations, certifications et plans de carrière à une profession en mal de reconnaissance.

Depuis janvier 2021, vous employez directement les agents de nettoyage délégués chez vos clients. Comment devient-on du jour au lendemain employeur de 2000 personnes, et pourquoi ce choix?

Andreas Schollin-Borg: Avec la crise du Covid, la situation a été d’emblée très délicate. On a eu pas moins de 2800 demandes de réduction de l’horaire de travail. Suite à la requête formulée en ce sens auprès des services de l’emploi des cantons, on a eu un retour négatif. Les résiliations de contrats se sont alors enchainées et nous avons enregistré une baisse de 70% de notre chiffre d'affaires de mars à mai. Mais à la sortie de la première vague, il y a eu un besoin accru en ménage. Après réflexion, nous avons décidé de prendre les devants et embaucher directement les agents chez Batmaid. Quand vous dites «du jour au lendemain», vous imaginez bien qu’il y a eu un énorme travail préparatoire. Par exemple, nous avons mené 4500 interviews physiques en l’espace de six mois!

En employant directement, vous assumez de gros risques, notamment celui de payer les agents dans le vide si les commandes ne suivent pas…

C’est clair qu’avec 2000 personnes à 25% en moyenne, soit 500 équivalents plein temps, le risque est là. Jusqu’à présent, tous nos agents sont occupés, mais nous faisons face à d’autres défis en tant qu’employeur, notamment celui de la sécurité au travail. Il a fallu effectuer un travail préparatoire conséquent en termes juridiques également. Mais la démarche rentre directement dans notre philosophie de lutter contre la précarisation et l’ubérisation du travail, qui touche particulièrement le métier de nettoyeur. Je rappelle qu’en Suisse, sur un marché avoisinant les 1 milliard de francs, entre 75 et 80% serait du travail au noir.

Devenir déclaré est-il perçu positivement par les agents embauchés?

Il faut comprendre qu’on est face à un métier où être déclaré n’est pas dans la culture. Il faut expliquer à ces gens que, non déclarés, ils ne cotisent pas pour la retraite et bosseront encore à 75 ans. Il faut aller beaucoup plus loin dans la reconnaissance et la valorisation du métier pour recruter et retenir les talents. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas retenir plus d’une candidature sur 20.

Comment parvenir à cette reconnaissance dans un métier souvent peu valorisé?

Honnêtement, tout est à faire. Actuellement, les seules formations disponibles sont des formations à des prix exorbitants parfois au-delà de 3000 francs la semaine. Notre objectif est de mettre sur pied la Batmaid academy, un programme de formation et certification interne digitalisé, pour devenir précisément une référence et être capable de former depuis 0. Les parties théoriques devraient être accessibles online et offline notamment sur mobile compte-tenu des horaires irréguliers des agents de nettoyage. La formation comprendrait aussi des cours de langue, les réactions en situation d’urgence, les postures pour la sécurité au travail. En interne, nous pensons des plans de carrière pour nos agents. Il faut parvenir à définir des niveaux de reconnaissance, qui passent par objectiver l’appréciation d’un ménage. Un niveau élevé permettrait à une star du nettoyage de trouver, si souhaité, un poste dans un grand hôtel ou un palace par exemple.

La mutation en interne se double d’un plan d’expansion rapide en Europe. Mener les deux fronts en même temps n’est-il pas trop ambitieux?

Je ne pense pas car le potentiel et la demande sont là. Nous finalisons une levée de fonds de l’ordre de 5 millions et sommes déjà avancé dans un round beaucoup plus important. Nos partenaires historiques, telles que La Bâloise, le groupe Investis ou Ace & Company nous ont renouvelé leur confiance, et d’autres vont entrer. A Paris, dès le 3 mai, nous attaquons avec une première flotte d’agents de nettoyage sous contrat à durée indéterminée.

15 pays, ce sont autant de législations et de cultures du travail différentes. Y êtes-vous prêt?

Ici encore, un gros travail juridique a été effectué en amont. Paris est un excellent test, car c’est une ville présentant une grande complexité culturelle, dans un pays -la France- où le code du travail est particulièrement exigeant. Si on perce à Paris, je pense que toute l’Europe nous sera ouverte.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

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