Bilan

A Ballaigues, les Américains de Dentsply Sirona et des frontaliers

Les finances du village du Jura vaudois dépendent en grande partie de la santé du site de production de la multinationale.

Crédits: Dentsply

1162: Nombre d’habitants à Ballaigues fin 2020
710: Effectif actuel de Dentsply Sirona
65%: Taux d’imposition de la commune de Ballaigues


Niché dans le Jura vaudois à proximité de Vallorbe, le village de Ballaigues vit au rythme de Dentsply Sirona. A chaque changement d’équipes du site de production de cette multinationale américaine, un cortège de voitures traverse la localité pour se diriger vers la douane franco-suisse toute proche. Active dans la fabrication d’instruments pour dentistes, cette entreprise emploie actuellement quelque 710 collaborateurs (contrats fixes et temporaires), dont 70% sont des frontaliers. «Il est difficile de recruter de la main-d’œuvre helvétique, y compris des apprentis. Celle-ci est davantage attirée par des activités dans le tertiaire», constate Laurence Verdet, directrice des ressources humaines de Dentsply Sirona. Or, les trois quarts de l’effectif travaille dans la production.

Fondée par Auguste Maillefer en 1889, l’entreprise du même nom est d’abord active dans l’horlogerie avant de se diversifier dans les instruments dentaires. Reprise par ses descendants, elle ne cesse de se développer. En 1995, la famille la vend finalement à son partenaire américain Dentsply, considéré comme le leader mondial du marché de l’endodontie. Les craintes de délocalisation sont alors grandes. Mais le pire ne s’est pas produit. Au contraire.

Une douzaine d’années plus tard, l’effectif a doublé pour atteindre 800 salariés. Réalisé à 99% à l’exportation, le chiffre d’affaires a même quintuplé pour s’élever à 260 millions de francs. En 2013, Dentsply Maillefer investit 35 millions de francs pour agrandir son usine vaudoise. Puis deux ans plus tard, une opération de fusion-acquisition suscite à nouveau l’inquiétude au village: Dentsply rachète en effet Sirona Dental Systems pour 5,6 milliards de dollars. Avec quel impact pour Ballaigues?

Depuis lors, l’emploi suit une pente plutôt descendante. Les liens entre la commune et l’entreprise se sont aussi distendus en raison de la disparition du poste de directeur général du site de Ballaigues. Avec la nouvelle organisation mise en place, chaque domaine d’activité rend directement compte au siège de York aux Etats-Unis. «L’équipe de direction met tout en œuvre pour maintenir les activités en Suisse. Mais la concurrence est devenue plus rude et le fait que plusieurs de nos brevets soient tombés dans le domaine public ces dernières années ne nous aide pas», observe Laurence Verdet.

Taux d’imposition avantageux

A Ballaigues, les finances communales dépendent en grande partie de Dentsply Sirona, son principal contribuable. Grâce aux impôts que cette dernière paie, son taux d’imposition (65%) figure parmi les plus avantageux du Jura-Nord vaudois. Mais les rentrées fiscales varient en fonction de la conjoncture économique. Les prévisions pour 2020 présagent une baisse des recettes des personnes morales (1,1 million de francs) et de l’impôt sur les frontaliers (400 000 francs). Un manque à gagner à relativiser: une diminution des revenus signifie aussi une réduction de la participation communale à la facture sociale cantonale et à la péréquation financière intercommunale. «La planification budgétaire est toujours un exercice délicat. Il y a un décalage de deux ans entre la déclaration d’impôt, la taxation et le paiement final», explique Raphaël Darbellay, syndic de Ballaigues jusqu’aux dernières élections du 7 mars 2021. Et d’ajouter: «Malgré ces difficultés, nous tenons à maintenir un niveau d’imposition stable afin d’offrir une bonne visibilité financière à nos contribuables.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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