Bilan

Aviation: Ryanair et Heathrow creusent leurs pertes avec les restrictions

La compagnie aérienne irlandaise Ryanair et l'aéroport britannique d'Heathrow ont vu leurs pertes s'aggraver sur les derniers mois à cause des restrictions et incertitudes sur les voyages.

L'industrie aérienne a subi une une perte de l'ordre du milliard d'euros depuis le début de la pandémie.

Crédits: Keystone

Si Ryanair attend une reprise estivale et remonte légèrement ses prévisions de trafic, Heathrow avertit que le nombre de passagers transitant dans son hub en 2021 pourrait être pire que celui de 2020.

Dans un communiqué lundi, le transporteur "low cost" note que sa perte nette a augmenté de 47% sur un an à 273 millions d'euros lors des trois mois achevés fin juin, malgré un chiffre d'affaires presque triplé à 371 millions d'euros.

Le trafic a largement repris entre avril et fin juin à 8,1 millions de voyageurs, comparé à la même période l'an dernier, lorsqu'un confinement strict était en place dans de nombreux pays d'Europe et au Royaume-Uni.

Les coûts opérationnels ont en revanche également beaucoup augmenté (+116%), minant le résultat.

L'épidémie de "covid-19 a continué à perturber considérablement notre activité au premier trimestre (décalé) avec la plupart des vols pour Pâques annulés et un allègement plus lent que prévu des restrictions sur les voyages de la part des autorités de l'Union européennes", a commenté le patron de la compagnie Michael O'Leary.

"Des incertitudes importantes autour des listes vertes de pays" permettant de voyager avec un minimum de contraintes sanitaires "ont fait que les réservations pour le premier trimestre ont eu lieu avec peu de visibilité et à des prix bas", ajoute-t-il.

Le tonitruant patron de Ryanair a fustigé à de nombreuses reprises les mesures sanitaires sur les voyages internationaux du gouvernement britannique au point de lancer une action en justice afin d'obtenir plus de transparence.

L'industrie aérienne a été l'une des plus durement frappées par la pandémie de coronavirus avec un trafic annihilé et le groupe avait enregistré le pire exercice de son histoire en 2020-2021 avec une perte de l'ordre du milliard d'euros.

Il avait décidé au début de la crise sanitaire de supprimer quelque 3000 emplois, soit 15% de ses effectifs.

"Nous avons gardé un niveau stable d'avions et équipages à travers le trimestre et avons recruté des personnels de cabine supplémentaires pour nous permettre d'augmenter notre service rapidement au deuxième trimestre avec la levée des restrictions" aux voyages, ajoute-t-il, ce qui a contribué à gonfler les coûts.

M. O'Leary note que le lancement des certificats de l'UE au premier juillet et l'élimination de la quarantaine pour les personnes vaccinées arrivant du Royaume-Uni à la mi-juillet ont généré un bond des réservations ces dernières semaines.

Spectre du variant delta


A la faveur des congés estivaux, la compagnie à bas prix anticipe un doublement du nombre de passagers de 5 millions en juin à 10 millions en août, "s'il n'y a pas de nouveaux problèmes liés au covid".

L'ombre du variant Delta, qui se propage rapidement en Europe et notamment au Royaume-Uni, pèse en effet sur le rétablissement du trafic espéré cet été.

La compagnie table à présent sur un trafic pour l'année entière de 90 millions à 100 millions de personnes et s'attend pour l'exercice à un résultat "entre une petite perte et l'équilibre".

Au-delà, le groupe compte se relever de la crise du Covid-19 en passant à 200 millions de passagers d'ici à l'exercice 2024.

Ryanair avait annoncé mi-juillet vouloir recruter plus de 2000 pilotes dans les trois ans.

L'aéroport d'Heathrow, qui a également fortement souffert de l'effondrement du trafic à cause de la pandémie, a pour sa part indiqué lundi avoir accumulé des pertes depuis le début de la pandémie de 2,9 milliards de livres.

"La demande de la part des passagers a rebondi de plus bas historiques, mais les restrictions aux voyages restent une barrière", et le trafic reste très déprimé comparé à avant la pandémie, commente l'aéroport londonien dans son communiqué.

Moins de 4 millions de personnes ont transité à travers ce hub lors du premier semestre, l'équivalent de 18 jours de trafic en 2019.

"Le Royaume-Uni émerge des pires effets de la pandémie, mais se retrouve dépassé par ses rivaux européens dans les échanges internationaux faute d'être trop lent à retirer les restrictions", a notamment dénoncé le directeur général de l'aéroport John Holland-Kaye.

L'aéroport estime que "les exigences de tests coûteux et les restrictions sur les voyages plombent la reprise au Royaume-Uni et Heathrow pourrait au final connaître moins de passagers en 2021 qu'en 2020".

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