Bilan

«Aptissen envisage une entrée en bourse»

La PME genevoise s’attaque à l’arthrose grâce à l’acide hyaluronique. Un marché qui ne connaît pas la crise. Sa directrice Carole Scheibli vise des ventes de 20 millions de francs d’ici à 2024.

Carole Scheibli: «La principale difficulté est liée aux nouvelles réglementations.»

Crédits: Dr

Rares sont les entrepreneurs qui tournent complètement la page lorsqu’ils ont vendu leur société. C’est le cas de l’équipe d’Aptissen à Plan-les-Ouates (GE), spin-off de la société Anteis, spécialisée dans l’acide hyaluronique esthétique. Celle-ci a été revendue en 2013 à Merz Pharmaceuticals. Entre la vente d’Anteis et le lancement de la nouvelle entité seulement quelques mois se sont écoulés. Gilles Bos, ancien directeur d’Anteis, est toujours président du conseil d’administration de la PME genevoise. Il a toutefois cédé la direction à Carole Scheibli, une juriste de formation qui a travaillé dix ans dans les cosmétiques et l’acide hyaluronique.

Anteis vendait de l’acide hyaluronique pour combler les rides. Aptissen commercialise également ce composé pour d’autres applications. Qu’en est-il?

Nous sommes spécialisées en rhumatologie et en orthopédie. C’est un marché en forte progression. L’ophtalmologie s’est intéressée en premier à l’acide hyaluronique, puis ce composé naturel a connu un grand succès dans l’esthétique. Désormais, il est utilisé pour réduire la douleur liée à l’arthrose. Ce type d’injection consiste en un traitement doux qui permet de retarder l’acte chirurgical et la pose d’une prothèse. Cela ne permet pas de traiter, mais de diminuer la douleur et faciliter la mobilité.

Comment se développe ce marché?

Face au vieillissement de la population et à l’augmentation du nombre de personnes en surpoids, il y a de plus en plus de personnes souffrant d’arthrose. Les sportifs sont également concernés. Actuellement, on compte 360 millions de personnes atteintes d’arthrose dans le monde, ce qui représente un marché de 3,5 milliards de dollars. Le marché croît d’année en année. D’ici à cinq ans, ce chiffre pourrait atteindre 7 milliards de dollars. Il y a actuellement une très forte demande, émanant notamment d’Asie et du Brésil.

Est-ce la même substance que celle utilisée en chirurgie esthétique?

Pour Aptissen, la molécule est la même mais formulée différemment avec l’ajout d’un antioxydant pour avoir des propriétés rhéologiques adaptées aux articulations. Nous avons ajouté du sorbitol, ce qui donne une structure très particulière, très proche du liquide synovial.

Où sont fabriqués vos produits?

Ils sont produits sur trois sites en Europe. La matière première provient de France. Depuis la création d’Aptissen, nous avons vendu 600 000 seringues chaque année. Notre chiffre d’affaires a progressé de 27% en 2019 par rapport à l’année précédente, et notre objectif est de réaliser des ventes de l’ordre de 20 millions de francs d’ici à 2024. Nous allons également doubler nos équipes. Actuellement, 30 personnes travaillent pour Aptissen.

La concurrence reste-t-elle la principale difficulté pour une PME comme la vôtre?

La concurrence existe avec Sanofi comme leader historique du marché. La société américaine Anika Therapeutics est également un acteur très important. Toutefois, la principale difficulté est non pas liée à la concurrence mais aux nouvelles réglementations dans les technologies médicales. Nous devons assurer la conformité de nos sites de production et consolider nos données cliniques, car la réglementation a changé. C’est très lourd pour une petite société comme la nôtre.

Votre société est-elle touchée par le Covid-19?

Dans une certaine mesure, car les cabinets médicaux ont réduit leurs activités durant le confinement. Toutefois, nous espérons finir l’année dans les chiffres noirs. Nous n’avons jusqu’à présent jamais levé de fonds externes. Pour accélérer notre croissance, nous envisageons une éventuelle entrée en bourse. Nous avions déjà bien avancé dans cette voie avant l’arrivée du coronavirus. Nous attendons de voir si ce chemin reste envisageable.

Quel est votre style de management?

J’ai beaucoup appris depuis que je suis à la tête d’Aptissen. Mon objectif est de travailler en équipe et de permettre à chacun de mener à bien un projet. Je mise sur l’intelligence collective et sur un management très humain.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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