Bilan

Anne Mellano, visionnaire de la mobilité

A 30 ans, la cofondatrice de la startup vaudoise Bestmile a mis ses idéaux de transports efficients dans une entreprise symbole du monde qui arrive.

Anne Mellano a cofondé une plateforme qui permet de gérer plusieurs véhicules sans pilote sur un même site.

Crédits: Christophe Chammartin

Agée de 30 ans depuis le 14 juin dernier, la cofondatrice de la startup vaudoise Bestmile incarne quelques-unes des évolutions de l’économie romande depuis 1989. Comme une certaine indépendance vis-à-vis des plans de carrière tout tracés, l’envie de créer sa boîte et la volonté de donner du sens à son activité professionnelle.

Excellente lors de ses années de gymnase à Genève, Anne Mellano a commencé par se dire que, quitte à être bonne en maths, autant les enseigner. Las, la mise en place de la réforme de Bologne aboutit à la suppression de la formation de prof de maths qu’elle avait entreprise. Elle s’inscrit du coup à l’EPFL, pas en maths, mais en génie civil. «J’avais besoin de concret», dit-elle aujourd’hui.

Ce concret, ce ne sera pourtant ni du béton ni des ponts, comme souvent dans cette filière, mais une vision du futur des systèmes de transports qu’elle explore sous la houlette du professeur Nikolaos Geroliminis. Son master en poche, elle n’est toujours pas très sûre de ce qu’elle veut faire. Elle rejoint le cabinet de conseil en urbanisme GEA à Lausanne pour s’occuper d’un projet un peu à part: le programme européen City Mobil 2, destiné entre autres à sélectionner six villes pour le test de navettes autonomes.

L’EPFL ayant été reconnue comme une «ville» dans ce cadre, elle se retrouve à la tête du projet avec un autre jeune diplômé du campus: Raphaël Gindrat. «Très vite, nous nous sommes rendu compte que ce qui manquait, c’était une forme d’intelligence collective. Tout le monde se concentrait sur l’intelligence des véhicules alors que ce qui comptera pour les futurs services de robots-taxis, c’est une plateforme globale capable de tout gérer: l’offre et la demande, la sécurité, le partage, l’interopérabilité…», explique-t-elle. 

Vers une mobilité «orchestrée»

De ce point de vue, les navettes autonomes – dont les expérimentations vont se multiplier dans la foulée de City Mobil 2 – constituent un formidable terrain d’apprentissage pour développer cette intelligence collective. Cette expérimentation de navettes autonomes les amène à fonder Bestmile en 2014 alors qu’un premier projet commercial se dessine, celui de CarPostal à Sion. 

Avec 8 personnes en 2016, Bestmile est encore une toute petite PME. Mais l’appétit vient en mangeant. Anne Mellano est persuadée que l’idée d’une plateforme indépendante de chaque constructeur ou de chaque flotte est l’avenir de la voiture autonome. Pour lui donner corps, il faut cependant de l’argent. Elle découvre alors les hauts et les bas de la levée de fonds. 

Mi-2016, Bestmile parvient à rassembler 3,5 millions de francs auprès de quelques entrepreneurs locaux, auxquels vont s’ajouter à la dernière minute deux investisseurs professionnels: Serena Capital et Partech Ventures. La machine est lancée et, tandis qu’Anne Mellano voit ses projets s’étendre du domaine des navettes autonomes à la mobilité en général, un nouveau round de 11 millions est annoncé en mars 2018 par des géants comme le groupe Aéroports de Paris et Airbus Ventures. 

Avec désormais 58 personnes âgées en moyenne de huit ans de plus qu’elle à gérer, Anne Mellano apprend sur le tas un métier de cheffe d’entreprise dans lequel elle ne s’était pas projetée. Car, au fond, sa vraie motivation est ailleurs: voir les logiciels de Bestmile «orchestrer» la mobilité pour en finir avec un monde de bouchons, de places de parc introuvables, de gaspillage et de pollution automobile. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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