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Andrea Pfeifer: AC Immune «mise surtout sur la prévention face à Alzheimer»

A l'occasion de la journée mondiale de la lutte contre la maladie d’Alzheimer, entretien avec Andrea Pfeifer, directrice générale de l’entreprise lausannoise AC Immune.

L’abandon de deux études de phase III sur l’anticorps monoclonal Crenezumab a été une très mauvaise nouvelle pour AC Immune mais l’avenir de l’entreprise n’est pas compromis.

Crédits: DR

Le 21 septembre, journée mondiale de la lutte contre la maladie d’Alzheimer, relève un constat alarmant. La maladie ne cesse de progresser. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 36 millions de personnes dans le monde sont atteintes de démence, dont une majorité de la maladie d’Alzheimer. Ce nombre devrait doubler d’ici à 2030 et tripler d’ici à 2050 à 115,4 millions si aucun traitement efficace n’est découvert dans les prochaines années.

Pourtant, à ce jour, aucun des 500 essais cliniques conduits depuis 2002 n’a été couronné de succès. Toutes les tentatives des sociétés pharmaceutiques en matière de lutte contre la maladie d’Alzheimer ont échoué. Parmi ces revers, celui de la société lausannoise AC Immune et son partenaire bâlois Roche qui ont annoncé en janvier mettre un terme à deux études de phase III (Cread I et II) sur l’anticorps monoclonal Crenezumab.

Andrea Pfeifer, directrice générale de l’entreprise lausannoise AC Immune, garde néanmoins espoir.

Après les mauvaises nouvelles de janvier que devient AC Immune?

L’abandon de deux études de phase III sur l’anticorps monoclonal Crenezumab a été une très mauvaise nouvelle pour AC Immune mais l’avenir de l’entreprise n’est pas compromis. Nous sommes toujours financés jusqu’au quatrième trimestre 2023. Nous cherchons désormais à intervenir le plus en amont possible, avant que la maladie ne se déclare.

Avez-vous abandonné définitivement la molécule Crenezumab?

Andrea Pfeifer.
Andrea Pfeifer.

Non, nous continuons à mener des études en Colombie sur la prévention de la maladie. Aujourd’hui, la majorité des groupes pharmaceutiques s’intéressent à la prévention plutôt qu’à la guérison. Avec Crenezumab, nous cherchons à éviter que la maladie ne se déclare.

Nous menons une étude - démarrée en 2013 et qui se terminera au 1er trimestre 2022- sur une population de 300 personnes réparties en trois groupes. Ces personnes ont toutes une mutation génétique familiale qui mène inexorablement à la maladie d’Alzheimer de manière très précoce, vers l’âge de 30 ans. Avec notre partenaire Roche/ Genentech, nous traitons préventivement ces personnes avec Crenezumab, un anticorps ciblant la protéine bêta-amyloïde. Cette protéine s'accumule et peut contribuer à l’émergence et à la progression de la maladie d’Alzheimer.

Indépendamment et en collaboration avec notre partenaire Janseen, nous menons des essais cliniques chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce (léger à modéré) afin de développer un vaccin thérapeutique ciblant une autre protéine, Tau, qui a démontré son implication dans le développement de la maladie. Dans le cadre de cette étude, nous envisageons de leur injecter ce vaccin une fois par an, au travers d’un vaccin thérapeutique - L’ACI-35. La vaccination avec des vaccins anti-TAU est devenue une stratégie importante pour le traitement de la maladie d’Alzheimer et d’autres tauopathies. Nous espérons que ce vaccin retardera, voire évitera le démarrage de la maladie.

Comment peut-on détecter les premiers signes de la maladie, avant qu’elle ne se déclare?

Le processus débute une dizaine d’années avant l’apparition des symptômes cliniques. Aujourd’hui, on utilise des biomarqueurs basés sur la neuro-imagerie et le liquide céphalo-rachidien pour diagnostiquer la maladie. Bientôt l’imagerie cérébrale permettre de connaître son risque de développer la maladie d’Alzheimer ou une autre maladie neurodégénérative. C’est important d’agir le plus tôt possible.

Pour traiter la maladie, une fois déclarée, seuls Biogen et Roche semblent encore en piste. Qu’en est-il de votre côté?

Aujourd’hui, nous misons surtout sur la prévention mais nous avons bien sûr encore des traitements en cours de développement qui cherchent à s’attaquer à la protéine tau. Nous avons notamment un anticorps en phase II.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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